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  • Val d'Oise : vaincre les solitudes

    Plusieurs sociétés caritatives ont organisé pour le Val d’Oise, le jeudi 1 er décembre 2011 à 20h30 à Sant Leu la Forêt, une réunion d’information permettant de présenter les moyens mis en place localement afin de lutter contre les solitudes. Ceci en conclusion d’une année d’actions mises au service de cette cause nationale 2011.

     

    A l’issue de cette soirée un document a été remis qui recense les adresses et téléphones utiles pour Vaincre les solitudes à Saint Leu, Taverny, Beauchamp, Le Plessis Bouchard, Franconville, Ermont, Eaubonne et Saint Prix.

     

    La salle de Saint Leu était pleine d’un public attentif aux interventions de qualité des six personnalités locales qui avaient acceptés d’apporter leur concours.

    Ont pris la parole Jean Pierre Bienvenu philosophe, le Docteur Odile Boudier généraliste, Dominique Grandpierre responsable départemental de la Société Saint Vincent de Paul, Marie Hommel psychologue, le Docteur Philippe Mabille psychiatre et le Docteur Annie Tuloup pédiatre. Alain Tuloup, économiste, coordonne les interventions successives.

    A noter la présence de la société Saint Vincent de Paul, représentée par son président du Val d’Oise, Jean François Rey.

     

    Cette soirée voulait porter un nouveau regard sur les personnes en grande difficulté de solitude, en s’ouvrant à mieux leur parler, en échangeant avec elles.

     

    En introduction, un DVD rappelait qu’en France une personne sur dix est seule, une sur quatre risquant de le devenir. La solitude est associée à une rupture dans un cas sur deux. La précarité économique multiplie par deux le risque d’isolement.

     

    Le philosophe Jean Pierre Bienvenu indique qu’il lui paraît que si la philosophie n’est pas directement thérapeutique, elle l’est certainement indirectement.

    Il évoque différentes solitudes : celle des vieux, celle des chômeurs, celle des immigrés, celle des clochards ; il mentionne encore la solitude des « fous » ; celle du père – ou de la mère – de famille qui divorce et est séparé de ses enfants.

    On pense moins à la solitude du prisonnier, du missionnaire. Au mythe de Robinson. A la solitude du fermier – monsieur Bienvenu signalant ses origines paysannes.

     

    Il y a la solitude volontaire des moines. La solitude involontaire des prisonniers.

     

    Il existe aussi des solitudes existentielles. Peut-on vaincre la solitude de l’adolescent qui se découvre un autre corps ?

    Peut-on éradiquer la solitude de l’amant éconduit ?

    Non.

     

    Le corps de chacun est unique. Et par mon corps je suis seul dans la souffrance et dans la jouissance. Par mon esprit je suis encore seul.

     

    Il y a confusion entre solitude et isolement.

     

    Monsieur Bienvenu évoque la désolation, l’esseulement présent dans les systèmes totalitaires

    des années 1950. Dans la société actuelle imprégnée de la religion de l’argent et de la technique quelque chose de cette désolation existe.

     

    Je suis seul par rapport aux autres. Ainsi l’amant n’arrête pas de penser à l’autre. On est toujours seul avec les autres ou avec le souvenir, l’imagination.

    Je suis isolé dans la foule, tel ce  monsieur montré dans le DVD qui a quitté la campagne pour la ville.

    Je suis seul quand je suis responsable d’une décision à prendre.

     

    Aujourd4hui, avec le téléphone portable et les réseaux sociaux, est-on moins seul ? Ou n’est-on pas davantage seul comme dans une foule ?

     

    Les individus seuls sont des individus abandonnés.

     

    Ne somme-nous pas parfois des producteurs de mise à l’écart ?

     

    Les religions, en reliant les individus, n’étaient-elles pas une manière de vaincre les solitudes ? Vis-à-vis d’autrui la charité pouvait se déployer envers cet autre qui n’était pas considéré comme dangereux. Aujourd’hui aucun moyen ne parait faire aussi bien que les religions pour lutter contre la solitude.

     

    Alain Tuloup remercie en soulignant que la solitude est aussi l’abandon, que dans cette situation la personne se sent inutile au monde et n’a pas d’intérêt pour la vie sociale.

     

    Le psychiatre Philippe Mabille expose la nécessité de la solitude car notre ADN est différent de celui des autres, même si on vit en collectivité. Il est nécessaire d’être seul.

    Le moi de Narcisse est bien là et il faut un moi personnel fort ; l’état de Narcisse dépend aussi du regard de l’autre car Narcisse ne vit pas seul. Et l‘imagerie cérébrale montre ce cerveau social qui réagit à l’autre.

     

    Trop de solitude nécessite en psychiatrie d’être accompagné, d’être au moins à deux pour en sortir. Car, dans le contexte de la maladie, être seul c’est souvent être mal, être réduit du point de vue de son activité, être retranché loin du monde c’est-à-dire en souffrance psychique par la maladie, l’isolement social.

     

    Lors d’une souffrance psychique, l’accompagnement est une aventure que tout le monde doit savoir faire. Il n’y a pas de modèle. Il s’agit simplement d’être proche, ouvert, à disposition. d’être fraternel pour pouvoir aider ; d’être présent à qui souffre. En quelque sorte il y a ensemble le malade qui dit « Je suis là » et l’aide qui dit aussi « Je suis là », deux personnes seules et différentes, en confiance. Accompagner c’est être inconditionnellement au service au service de quelqu’un.

    Il est important qu’un premier accompagnement ne soit pas raté.

     

    Philippe Mabille insiste : quand il y a souffrance psychique, pour accompagner, il faut au présent une présence réelle et accueillante.

     

    On aide en écoutant l’autre, en l’accompagnant, avec une éthique  morale comportant les trois points ci-après : le respect absolu de l’autre, la discrétion, l’importance de privilégier ce que dit l’autre car on n’est pas là pour donner des conseils.

     

    Alain Tuloup souligne l’importance de cet aspect moral , quasi théologique

     

    Le Docteur Odile Boudier expose les réalités qu’elle a rencontré dans la situation de solitude.

     

    On m’a demandé de m’exprimer sur la “situation de solitude” observée tout particulièrement chez des personnes “en grande précarité”. Ce sujet est complexe, car les solitudes sont multiples : les contextes sont divers et leurs expressions sont variées.

    Je ne vais pas me livrer à une étude sociologique ou économique, mais simplement vous partager mes observations et mon expérience.

    Depuis plusieurs dizaines d’années, j’ai rencontré de nombreuses personnes dites SDF. Je préfère utiliser le terme : “en situation de précarité”. D’après le dictionnaire, la précarité est “l’état de celui qui n’a rien de stable, d’assuré, état incertain et fragile”.

    Où et comment suis-je entrée en contact avec ces personnes ?

    A Paris, parallèlement à mon exercice médical, j’ai travaillé bénévolement des années dans une Communauté de Mère Thérésa, près de la République, qui accueille des femmes et des enfants qui sont à la rue.

    Dans le Val d’Oise, suite à des amitiés nouées dans un  groupe de prière, un SDF, notoirement connu pour son alcoolisme, m’a demandé de devenir sa marraine de confirmation : j’ai accepté avec joie. Il a fait sa préparation très sérieusement et de façon tout à fait officielle. Cet événement fut le début d’une amitié partagée avec les amis de mon filleul, lesquels sont SDF ou en situation précaire.

    Depuis plus de dix ans, nous avons vécu un long chemin d’échanges et de soutien mutuel. Le 13 décembre 2008, un jour de grand froid,  la mort brutale de l’un d’entre eux nous a rapprochés encore plus. Nous vivons une relation faite de respect mutuel, de vérité et d’affection ; ce qui n’exclut pas des événements ou des réflexions inattendues.

    Par exemple, ce 13 décembre au matin, j’avais rencontré cet ami qui est mort le soir. Il m’avait très amicalement conseillé de me couvrir la tête car il faisait très froid et il craignait que je tombe malade. Le soir même, il mourait brutalement ; son décès est pour une part du à une hypothermie.

    Nous commençons à découvrir la vérité de la parole de Jean Vanier, fondateur des Communautés de l’Arche : « la relation d’aide à un pauvre, un handicapé, un marginal, est en réalité la relation d’un pauvre avec un autre pauvre ; car nous portons tous en nous une fragilité, une pauvreté ».

    Etude de “situation de solitude” chez ces personnes en précarité : comment s’est constitué un état de solitude ?

    Les causes. Plusieurs causes existent et interfèrent. Citons :

    -La coupure avec la famille, associée parfois à un déracinement géographique.

    -La coupure des liens familiaux et amicaux après un séjour à l’hôpital psychiatrique ou à un “long séjour” en médecine. J’ai ainsi l’exemple d’une personne, maintenant âgée, qui avait fait un séjour de plusieurs années en sana et qui avait été “oubliée” par sa famille à sa sortie.

    -La sortie de prison est souvent à l’origine d’une solitude : la compagne s’est éloignée, parfois avec les enfants, les parents, les copains, les référents professionnels.

     Le vécu. Les personnes que j’ai rencontrées et écoutées, vivent souvent en groupe, mais ce sont des solitudes collées, agglomérées. Ils sont seuls avec leur échec personnel concernant leur vie professionnelle, affective, familiale. Cette mauvaise image d’eux-mêmes est renforcée par le regard des autres : méprisant ou indifférent. Certains peuvent exprimer la souffrance de se sentir “seuls et sales”. Quelque soit l’âge ou la situation sociale, l’hygiène et la propreté sont fondamentales pour la dignité de la personne.

    A ce sujet, je vous partage une petite anecdote. Un jour en fin de matinée, je croise l’un d’entre eux qui était appuyé sur le mur d’une église, seul et triste ; je m’approche de lui. Il me dit avoir eu des ennuis digestifs (diarrhée) et qu’il ne possède pas de linge de rechange. Je cours à la permanence d’un vestiaire qui était encore ouvert ; avec étonnement, la dame de la permanence me regarde me précipiter sur quelques slip d’homme et un jean (bravo pour tous les services rendus par ces vestiaires : Croix Rouge, Secours Catholique, Secours Populaire). Je repars en courant et dans ma voiture embarque mon protégé à Cora : car dans cette ville où eu lieu cet événement, les toilettes publiques étaient fermées par arrêté municipal ! A Cora, on dispose de toilettes correctes, d’eau, de savon et à l’occasion d’un employé de ménage sympathique.

    La perte de dignité entraine un repli sur soi et incite à une solitude de plus en plus profonde. Cette solitude est vécue plus intensément les jours de fête ; c’est vrai pour toutes les personnes isolées, surtout les personnes âgées.

    Au sujet de mes amis dits “SDF”, je vous partage une petite anecdote. Un certain 1er janvier, à la sortie de la messe de 11 heures dans une paroisse de la région, ils étaient venus nombreux sur le parvis souhaiter les vœux aux paroissiens ; seuls, deux faisaient la manche. A part deux ou trois personnes, les paroissiens se sont vite éloignés sans répondre à leurs vœux et souvent sans même les regarder. Ils attendaient un geste amical, une parole, une poignée de mains, un regard sympathique. Constatant leur déception, je suis allée acheter des baguettes de pain viennois encore bien chaudes et que nous avons partagées sur le parvis en nous souhaitant la bonne année. Il manquait le café, mais le cœur y était.

    On peut également observer un repli sur soi, une solitude devant les démarches administratives afin d’obtenir des aides alimentaires, un logement ou un reclassement professionnel. Dans ces diverses activités, ils rencontrent parfois de l’hostilité mais, le plus souvent, de l’indifférence : cette indifférence qui est le cancer de notre société.

    A ce stade Alain Tuloup propose que les solution soient présentées après les autres interventions.

     

    La psychologue, Marie Hommel, travaille en liens avec des associations.

    Du côté des enfants autistes, avec l’aide d’une équipe de bénévoles, il est possible d’entourer et de stimuler ces enfants par le jeu. L’important est d’arriver à accrocher le regard, à le capter les jeunes autistes étant fuyant. Un regard capté se révèle vital pour établir une relation car, alors, il y a échange. On est à deux.

    Les juges aux affaires familiales sollicitent la psychologue pour des couples en phase de séparation et qui n’échangent plus. Madame Hommel les écoute, prêtant une oreille attentive à tous : père, mère, enfants. Puis dans son rapport au juge, par des mots, la psychologue raconte l’histoire de la famille.

    Plus généralement, le regard et l’oreille permettent de rétablir l’estime pour elles-mêmes de personnes qui se sentent inutiles.

    Marie Hommel évoque ainsi une « grand-mère de cœur », coincée dans son appartement, que les petits frères des pauvres sont venus voir.

    Il est important de vaincre notre peur de l’autre, la peur de se faire envahir, la peur de la différence, la peur de quelque chose qui va toucher notre cœur.

     

    Puis c’est l’intervention du pédiatre Annie Morleix-Tuloup. Elle souligne, d’entrée de jeu, qu’à côté des grandes détresses dues au contexte économique, aux problèmes de logement, aux difficultés d’emploi, elle rencontre en consultation ce qu’elle nomme, à juste titre, les solitudes ordinaires des adultes. Précisément la solitude, l’abandon de la maman ou de couples seuls, situation favorisée par le déracinement familial ; par l’absence de grand-père, de grand-mère, l’absence de tissu familial.

    Cette perte de la solidarité familiale est de plus en plus marquée.

    Souvent aggravée par le comportement des entreprises – des circonstances auxquelles je ne pensais pas du tout. Certains employeurs, en effet, créent de la solitude physique et morale quand, par exemple, un conjoint est bouclé 10 jours à Orly pour un séminaire avec interdiction pendant cette période de lien avec sa famille, téléphone compris. Et peu importe qu’un enfant, laissé pendant ce temps à l’entière responsabilité de l’autre conjoint, soit malade. Cette situation de solitude est accentuée quand cette famille vit dans un immeuble où l’on ne se connaît pas. La fête des voisins cherche à ce que les personnes se rencontrent.

    Du côté des enfants, il y a des familles où l’habitude est d’aller vers l’autre, vers l’isolé ; où il est d’usage familial d’être compatissant. Au contraire, dans d’autres familles, c’est le renfermement sur soi qui prévaut avec n objectifs principaux la réussite personnelle scolaire, professionnelle et sociale. Cet égoïsme peut entraîner solitude, enfermement, frustration.

    On apprend à tout âge. A n’importe quel âge on peut manifester de la bienveillance à autrui, de l’empathie.

    Pour voir il faut regarder.

    Echanger est source de joie.

     

    Alain Tuloup conclut : « Dès le plus jeune âge, être un être social ».

     

    Dominique Grandpierre, responsable départemental de la société Saint Vincent de Paul pour le Val d’Oise, rappelle l’action de Frédéric Ozanam, les visites à domicile, les conférences.

    Pour rencontre l’autre, la structure Saint Vincent de Paul permet de rencontrer un personne seule, âgée ou avec un problème psychique ou encore socialement seule. Il y a de l’aide à la nourriture. De l’aide par le vestiaire en vendant à prix bas, la vente maintenant la dignité de l’acheteur et permettant d’entrer en relation et de parler à l’occasion de venues régulières.

    Dominique Grandpierre a été longtemps responsable national de cette société. Aujourd’hui il est présent localement, à l’écoute par son téléphone, son numéro en 06 diffusé par le bouche à oreille, son temps donné, l’aide d’internet – ce réseau permet de trouver rapidement là ce qui manque ici.

    On a tous les capacités requises pour entrer en contact avec l’autre.

    Le domicile peut être aussi la rue.

    Vaincre la solitude, nous y arriverons.

    Le Docteur Odile Boudier propose ensuite des exemples de solutions qui sont efficaces. Il s’agit de comment en sortir ou aider à en sortir ?

    Les causes de la solitude étant multiples, les propositions pour aider à en sortir seront très diverses. Il n’y a pas de remède-miracle.

    Quelles structures peuvent être impliquées dans ce combat ? En premier lieu, citons, la position et l’engagement du pouvoir politique : quel est l’engagement, en matière sociale, des institutions politiques sur le plan national, départemental, municipal ? Ce n’est pas mon rôle de répondre, ni de prendre position.

    A titre d’exemple, voici une réalisation municipale dans ce combat solidaire. A Eaubonne, une structure d’accueil a été créée en 1993 en partenariat avec l’hôpital d’Eaubonne et le 115. Sous la responsabilité d’un gardien, les personnes hébergées s’engageaient à respecter un règlement de savoir-vivre. Chaque soir deux accueillants (j’étais de service un soir) servaient le repas livré par l’hôpital et avaient le temps de bavarder avec les accueillis. Ces derniers pouvaient prendre une douche et se reposer dans des chambres de deux ou quatre lits. Malheureusement, cette structure a été fermée en avril 2010 pour non-conformité aux règles de sécurité. Voici donc une réalisation à connaître et à mettre sur pied dans une commune. Cet accueil a permis à de nombreuses personnes de combattre leur solitude, leur isolement et, pour certains, à remonter la pente en lien, avec le Service Social de la mairie.

    Voici un autre exemple d’une entreprise intéressante. C’est l’ouverture d’un service de bagagerie pour les SDF qui transportent leur misère dans un sac parfois très lourd et où se trouve toute leur richesse. Ils sont des “tortues de misère repérables à distance”. Comment, dans ces conditions, rechercher un travail ou se présenter à un employeur ? Une bagagerie existe dans le XV ème ; outre la salle avec ses casiers, le local comprend deux salles d’eau pour la toilette et une petite cuisine ; cela permet des échanges impromptus qui naissent autour d'un café et d'un biscuit, le but premier de la bagagerie étant d'accueillir, d'aider et de contribuer à la réinsertion des personnes qui laissent ici leur fardeau quotidien. Certains accueillis étant même devenus accueillants, une responsabilité de bénévole utile pour rafraîchir leur CV. Les fruits sont là : déjà sept personnes ont retrouvé une vie sociale normale.

    Et des propositions. Au niveau de chaque commune, quelques dispositions simples pourraient aider à lutter contre l’isolement et restaurer une dignité au sein d’un réseau social :

       ouverture des toilettes municipales

       veiller à l’information concernant les repas (restos du cœur, épicerie sociale, etc. …) et les vestiaires

       établir un réseau d’éducateurs de rue ou de travailleurs sociaux, car la confiance est longue à s’installer ; cela est vrai pour toutes les solitudes

       établir une relation suivie avec l’hôpital : que deviennent les personnes sortant après un long séjour ou une cure de désintoxication ?

    Voici encore un autre exemple de réalisation dans une commune : “les petits déjs du dimanche” où l’on peut partager un café et de l’amitié. Ceci est valable pour toutes les catégories sociales. On peut aussi citer “le goûter d’un dimanche après midi” par mois.

    “L’Anneau de l’Espoir” est une association caritative construite à l’origine autour de l’épicerie sociale puis rebaptisée “Marché des Familles”. Toutes les générations sont réunies ; des ateliers divers sont proposés : informatique, alphabétisation, peinture, etc. … Un tiers des bénévoles bénéficient eux-mêmes de l’aide de l’association : c’est une chaîne de l’espoir.

    Pour vaincre la solitude et redonner de l’Espérance, il existe des propositions d’ordre spirituel. Que l’on soit musulman, bouddhiste ou chrétien, se retrouver avec des personnes partageant la même foi peut être très bénéfique. Avec quelques personnes, j’ai personnellement vécu une expérience spirituelle et humaine qui fut intéressante lors de “café chrétien” : de préférence à la veille de grandes fêtes chrétiennes, nous nous réunissons avec quelques “amis de la rue” dans un café pour partager un passage de l’Evangile. Le texte est commenté par les uns et les autres ; parfois il survient un partage profond et authentique de la part de chacun, concernant sa propre vie à la lumière de la Parole de Dieu. Chacun repart avec le texte de la Parole de Dieu. Si les personnes présentes le souhaitent, elles disent le “Notre Père”. Bien sur, un non-chrétien peut assister à ce partage.

    Je peux témoigner que ce temps spirituel vécu dans l’amitié fraternelle et le partage d’une Parole de Dieu nous réchauffe le cœur, nous revitalise et nous redonne l’Espérance.

    Les textes proposés et partagés furent :

       la première lettre de saint Jean (chap. 4) : « tous ceux qui aiment, sont enfants de Dieu »

       l’évangile selon saint Jean (chap. 10) : la parabole du berger et des brebis

     

    En conclusion, voici une gerbe de propositions variées en vue de vaincre la solitude des « personnes en grande précarité”, mais aussi celles des autres personnes qui souffrent d’être seules, tout particulièrement les personnes âgées et parfois isolées.

    A nous tous, au niveau d’une structure ou au niveau personnel, ils nous convient d’être inventifs et constructifs afin de lutter contre la solitude et l’isolement.

     

    Le Docteur Boudier, après Goethe par « Traitez les gens comme s'ils étaient ce qu'ils doivent être, et vous les aiderez à devenir ce qu'ils sont capables d'être ! », conclut par Confucius disant « L’homme qui déplace une montagne, commence par déplacer les petites pierres ! »

     

    Des questions sont posées par l’auditoire.

     

    L’une concerne la consultation d’un psychiatre. Il y est répondu que l’on doit toujours être persuadé qu’on doit y arriver, même si quelquefois cela échoue. Quant à l’hospitalisation sous contrainte, c’est une des choses les plus difficiles.

    La psychologue indique que travailler en réseau permet de proposer des adresses, ce qui facilite le travail.

    Le pédiatre insiste sur la confiance de part et d’autre.

    Le philosophe parle d’un échec personnel auprès d’un élève qui redoute l’emprisonnement « chimique » ; ainsi que l’emprisonnement structurel. Il évoque un essai de vie de clochard durant 15 jours, en été en période de vacances afin d’appréhender des réalités ignorées des jamais clochards. Il évoque là le fait que les gens de la rue fuient les structures proposées pour les héberger, fuite qui a des raisons concrètes.

     

    A la question : comment devient-on SDF, le Docteur Odile Boudier rappelle que c’est suite à une rupture, cassure familiale, suite à la prison, à un long séjour à l’hôpital au cours duquel la famille « oublie » la personne. De plus, le chagrin qui s’ensuit est noyé dans le vin. Mais tous les SDF ne sont pas des alcooliques. Parfois de la drogue est consommée. Ais tous les SDF ne sont pas des drogués. Certains SDF ont reçu une &éducation très correcte dont ils parlent à l’occasion, évoquant leur papa, leur maman.

    Odile Boudier pense qu’il serait opportun d’inviter Médecins du Monde pour faire le lien entre hôpital et habitants de la rue. Elle insiste sur l’hygiène qui est le seuil minimum indispensable pour rester digne.

     

    Une troisième intervention souligne le rôle du politique pour lutter contre la précarité.

     

    Une autre personne met l’accent sur la capacité présente – ou non – à se débrouiller seul dans un logement.

     

    Est encore soulignée la tendance des SDF à fuir une relation qui se noue.

     

    Le pédiatre évoque l’abbé Pierre et sa première recrue, George, lequel avait besoin d’avoir une raison de vivre bien plus que les moyens de vivre. D’autres sont comme lui.

     

    Domice Boudier cite le cas d’une personne qui a eu besoin, alors qu’un appartement lui avait été fourni après sa sortie d’un long séjour en hôpital psychiatrique, de l’assistance d’une équipe de 10 personnes bénévoles pour qu’elle apprenne l’indispensable quand on vit seul. Elle ne savait pas faire bouillir de l’eau, laver son linge, se faire cuire un œuf dur, etc…

     

    Le philosophe développe, à titre d’exemple de création de mises à l’écart, celui des fumeurs. Avec la législation anti tabac, on a créé de nouvelles solitudes au nom de « Casse-toi, tu tues ! » Il ajoute : « Une des pires solitudes est d’être enfermé dans l’interdit de la parole. »

     

    Quelqu’un souligne l’importance de regarder l’autre et de montrer son visage. Sans que regarder soit vécu comme une agression.

     

    Le maire adjoint de Saint Leu la Forêt chargé de la santé expose comment, dans sa commune, la lutte contre la précarité est organisée, comment éviter d’arriver à la rue. Pour cela le maintien dans un logement, les prestations sociales et l’accompagnement sont importants. Actuellement la commune connaît un SDF. Le maire adjoint souligne la difficulté de l’hospitalisation d’office. Elle évoque les manifestations festives vers les personnes âgées, vers les aidants, le rôle de l’association France Alzheimer.

    Très important, une union départementale des CCAS  a été réalisée, dépassant les clivages politiques éventuels.

     

    Alain Tuloup demande à chaque intervenant de conclure son propos par une petite phrase qui lui paraît essentielle.

     

    Philippe Mabille, psychiatre : l‘accompagnement est quelque chose de très important dans la vie dès que quelqu’un en fait la demande. Je tiens au mot accompagnement.

     

    Jean Pierre Bienvenu, philosophe : aimez-vous les uns les autres, phrase qui concerne ses ennemis car, ses amis, on les aime naturellement.

     

    Odile Boudier, médecin généraliste et thérapeute : pour rencontrer l’autre dans sa fragilité, sa solitude, ses limites, j’ai pris un jour conscience de mes propres fragilités, solitudes, limites, de façon à être d’égal à égal quelque part et d’avoir fait la paix avec mes propres angoisses et solitudes. Autrement, je n’étais pas vrai.

    Regarder le visage de l’autre est essentiel. En maternelle, l’autre est aimable même s’il a une cicatrice d’opération de bec de lièvre ou s’il a un visage brûlé. Si on le leur suggère, les petits ne rechignent pas, pour faire plaisir à l’autre, à dispenser de gros bisous à des mamies sans dent, sans cheveu en maison de retraite ; l’autre, quel qu’il soit, peut être fréquenté.

     

    Dominique Grandpierre, association caritative : « J’ai aimé l’autre. Je l’ai aidé. Il a changé. Moi aussi j’ai changé. »

     

    Annie Tuloup, pédiatre : la société est fondée sur l’égoïsme personnel. Dans ce milieu égoïste il est important d’apprendre à voir, à regarder, à aimer.

     

    Marie Hommel, psychologue : dépasser nos peurs pour changer notre regard. Le regard d’amour de la mère vers son tout petit bébé est à garder présent devant les yeux.

     

    Cette riche rencontre se clôture par un verre de l’amitié où des échanges se poursuivent.

    contact: francoiseboisseau@wanadoo.fr