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toucher

  • La vue, le toucher et la mouche .

    ae4095a022d9057bd34d4a54d3a1d284.jpgQu'est-ce que la mouche ?

    C'est un insecte que l'on chasse, que l'on tape, que l'on supprime. Insecte qui agace. Qui dérange notre vue. Qui ose venir toucher notre peau.

    La mouche a été l'objet de nombreux écrits, en particulier d'un article très documenté d'Anne Beyaert, enseignante à l’Université de Limoges. Cet article appelé "Le monde de la mouche " est paru dans la revue : Protée, volume 30, numéro 3 , hiver 2002, Québec.

    Vue, toucher et mouche.

    ***Un anthropologue s'est essayé à repérer des distances d'approche successives, valables d'homme à homme ou d'homme à animal - insecte compris. Deux distances ont été retenues: la distance personnelle (entre 45cm et 1m 25), et - plus courte encore - la distance intime (moins de 45 cm). Dans les deux cas, tous les sens sont en alerte avec une mobilisation particulière pour le toucher.

    Dans l'îlot de la distance intime, c'est d'abord la vue qui prévaut. La rétine, excitée par une image aggrandie, fournit des détails ajoutant encore à la pression liée à la présence de la mouche.

    Puis, dans une relation qui se rapproche encore, le toucher prend place. L'observateur extérieur qui a vu une personne suivre du regard la mouche, découvre dans le prolongement de cet instantané la peau livrée au "toucher" de cet insecte qui se présente à l'identification des "capteurs tactiles de la peau".

    Et dans un tel espace visio-tactile, les sensations sont multipliées.

    Le toucher est un sens très personnel; et quand vue et toucher sont en même temps sollicités, il s'ensuit pour l'homme une extraordinaire expérience de l'espace.possédé dans sa plénitude.

    ***Rencontrer une mouche, c’est devoir subir passivement son contact… avant de réagir. La mouche vient "squatter" la sphère intime, là où la relation s'engage avec intensité, dans la protection ou dans l'agression, dans la connivence ou dans l'opposition, etc…8056224e725e759b54f7ae0955e168ef.jpg

    Michel Serres, philosophe, donne à l'épiderme ses lettres de noblesse en expliquant comment l’âme, comment la connaissance impriment l’épiderme d'un corps humain:

    "Nous sommes revêtus de cette cire molle, chaude, miroir terni, surface gauche rayée, piquetée, diverse, où l’univers se reflète un peu, où il écrit, où le temps trace son passage […]. La peau reçoit le dépôt des souvenirs, stock de nos expériences imprimées là, banque de nos impressions, géodésiques de nos fragilités. N’allez pas chercher loin, ni dedans la mémoire : la peau se grave tout autant que la surface du cerveau, tout autant écrite, peut-être de même façon. (Serres Michel [1985] : Les Cinq Sens, Paris, Hachette, 1998: 90)

    Pour l'auteur de ces lignes notre enveloppe, la peau, est la mémoire de notre existence, l'enregistrement visuel en 3 D dans notre chair des vécus successifs.

    En conclusion:

    Si la vue donne le signal d'alerte lors de l'invasion de notre distance intime par un être de petite taille, le toucher accourt immédiatement pour détecter l'"apeaussage" de la mouche (= la pause sur la peau, comme on utilise l'atterrissage ou l'amerissage) , l'épiderme ne se réduisant pas à une emballage passif protecteur mais étant une vraie interface entre l'inconnu extérieur et l'intimité du dedans.

    Parce qu'elle nous appelle à "jouer" avec elle et à sa façon "La mouche nous intègre au cycle de vie, nous oblige à nous penser comme chair (…..), nous met au contact de l'autre, procède à cet appariement de la chair et nous rappelle à une nature commune."5367f1b461647e438ba96256f427673e.jpg

    Ainsi Anne Ryvaert conclut-elle un écrit qui met en lumière, autrement, la relation entre 2 participants au cycle de la vie: l'homme et la mouche.

    Que dites-vous de tout cela ?

    contact: francoiseboisseau@wanadoo.fr