Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

thomas merton

  • Thomas Merton contempler

    La nuit privée d'étoiles. (suite et fin) Dans les mois qui suivent, Thomas Merton découvre la maison de l'Amitié à Harlem et y consacre du temps. Puis c'est une autre retraite à Notre Dame de la Vallée près de Providence. Au collège saint Bonaventure où il enseigne l'anglais, il réorganise sa vie, lisant des vies de saints : Jeanne d'Arc, Jean Bosco, saint Benoît, Jean de la Croix. En octobre, il a la joie de découvrir Thérèse de Lisieux, « une grande, une des plus grandes saintes ; une sainte extraordinaire ! Je lui dois toutes sortes d'excuses et de réparations publiques pour l'avoir ignorée si longtemps. La découverte d'un nouveau saint est une expérience extraordinaire qui n'a rien de commun avec la découverte d'une nouvelle star chez le fervent du cinéma. Que peut-il faire de sa nouvelle idole ? La contempler jusqu'au vertige ; sans plus. Tandis que les saints ne sont pas de simples objets inanimés agréables à regarder ; ils deviennent nos amis, et répondent à notre amitié, en nous donnant, comme gages évidents, les grâces qu'ils nous obtiennent. Il était donc inévitable que l'amitié de cette grande sainte commençât à influencer ma vie. (p 310)

    Thomas s'interroge : tout donner ? Pour connaître la volonté de Dieu, il décide d'une neuvaine. Il hésite beaucoup. Puis un soir, est « très nettement rempli de la conviction suivante : « Le moment est venu d'entrer à la Trappe. » D'où venait cette pensée ? Je savais seulement qu'elle m'était subitement venue... puissante, irrésistible, lumineuse. J'ouvris le petit livre que j'avais acheté à Gethsémani, La Vie cistercienne, et le feuilletai, comme si je devais en apprendre quelque chose : et il me sembla écrit en lettres de feu. » (p 320) Thomas hésite encore : il lui faut consulter le Père Philothée. Au préalable, il prie en marchant, « dans le silence du petit bois ». « Il faisait très noir autour de la statue de la Petite Sainte Thérèse : « Pour l'amour du ciel, aidez-moi ! » m'écriais-je ! Je revins vers le collège. « Bien ! Maintenant, je vais entrer lui parler pour de bon : voilà la situation, Père. Qu'en pensez-vous ? Dois-je devenir trappiste ? » A quelques mètres de la porte du Père Philothée, nouveau blocage. Thomas repart dans le petit bois silencieux, « sous les arbres trempés. » Il écrit : « Je ne crois pas avoir ressenti de ma vie une telle angoisse, si pressante et si particulière. Je n'avais cessé à aucun moment de prier, mais, en arrivant devant les autels, mes prières devinrent plus précises : « Aidez-moi, je vous en supplie. Que vais-je faire ? Je ne peux plus continuer ainsi, vous le voyez bien. Regardez l'état dans lequel je suis. Que dois-je faire ? Montrez-le-moi ! » Comme si j'avais eu besoin d'un signe quelconque, ou d'en savoir davantage ! Je dis cette fois à sainte Thérèse de l'Enfant Jésus : « Montrez-moi ce qu'il faut faire », ajoutant : « Si j'entre au monastère, je serai votre moine... Montrez-moi ce qu'il faut faire. » Cela devenait une façon bien précaire de prier – faire des promesses imprécises, sans trop les comprendre, et demander un signe. Tout à coup, ma prière à peine terminée, je pris conscience du petit bois, des arbres, des collines sombres, du vent mouillé et, dominant toutes ces choses réelles, je crus entendre la grande cloche de Gethsémani sonnant dans la nuit – la cloche de la grande tour grise, carillonnant, comme si elle se trouvait juste derrière la colline. L'impression que j'en ressentis me coupa le souffle, et je dus réfléchir à deux fois pour comprendre que c'était seulement en imagination que j'entendais la grande cloche de l'abbaye trappiste sonner dans la nuit. Je calculai par la suite que c'est vers cette heure que sonne chaque soir la cloche pour le Salve Regina, vers la fin des complies. Elle semblait m'indiquer la voie – m'appeler chez moi. Très décidé, je repris aussitôt la direction du monastère – par le chemin le plus long, l'autel de Notre Dame de Lourdes et le terrain de football. A chaque pas, je devenais de plus en plus résolu à finir avec tous ces doutes, hésitations et questions, à résoudre le problème et à entrer chez les trappistes auxquels j'appartenais.» (p 320, 321, 322)

    Il trouve le Père Philothée, seul. « Je demandai à lui parler, nous allâmes dans sa chambre ; et ce fut la fin de toutes mes anxiétés, de toutes mes incertitudes. Dès que je lui fis part de mes hésitations, et des questions que je me posais, le Père Philothée me déclara qu'il ne voyait aucun obstacle à mon entrée au monastère. (…) Le Père Philothée ne me posa qu'une question : « Etes-vous sûr de vouloir devenir trappiste ? » - Père, je veux tout donner à Dieu , lui répondis-je. Et je compris, par l'expression de son visage, qu'il était satisfait. Je me sentais ressuscité : je n'avais encore jamais ressenti le calme, la paix sereine et la certitude qui me remplissaient le cœur. Une seule question se posait encore : les trappistes seraient-ils d'accord avec le Père Philothée, et accepteraient-ils ma demande ? » (p 322,323)

    Thomas Merton écrit alors à l'abbé de la trappe de Gethsémani pour faire une retraite à Noël. A peine la réponse positive reçue, un courrier du Bureau de Recrutement le convoque pour un nouvel examen médical. Thomas fait un effort pour arriver à dire, à la chapelle : « « Que votre volonté soit faite... » J'étais cependant résolu à ne pas laisser s'écrouler ma vocation retrouvée. J'écrivis immédiatement au Bureau de Recrutement pour expliquer que devant entrer au couvent, je priais qu'on me laissât le temps de connaître la date et les conditions de mon admission ; puis j'attendis. » (p 323,324)

    Le dimanche 7 décembre 1941, second dimanche de l'Avent, après la grand-messe, il part avec des sandwiches se promener dans la campagne. Le soleil est là, les fougères sont brunes et desséchées, deux petites fermes sont groupées à l'entrée d'une vallée située près de l'Alleghany. « L'air était frais et paisible ; le silence n'était troublé que par le martèlement et les halètements d'une vieille pompe, dans les bois. Comment croire à la guerre dans ce coin paisible et intact ? Des lapins sortirent de leur terrier et se mirent à jouer parmi les fougères. C'était sans doute la dernière fois que je voyais ce lieu : où serais-je dans une semaine ? Où Dieu voudrait … Je ne pouvais que m'abandonner à Sa miséricorde, mais j'aurais dû savoir qu'Il désire infiniment plus s'occuper de nous et qu'Il peut infiniment mieux le faire, que nous-mêmes. C'est seulement lorsque nous refusons Son aide et résistons à Sa volonté que surviennent les conflits, les ennuis, les désordres, le malheur et la ruine. » (p 324) En arrivant au campus, le soir, il apprend que l'Amérique est en guerre.

    Le lendemain, 8 décembre , fête de l'Immaculée Conception, la réponse du Bureau de Recrutement est à la poste, sous ses yeux : un sursis d'un mois lui est accordé. Dans la foulée, Thomas demande et obtient de partir sur le champ, ses cours étant répartis entre ses confrères. Il donne la plupart de ses vêtements et de ses livres et part avec le minimum pour la trappe de Gethsémani. Durant le trajet assez long en train Thomas, tout en observant le paysage, laisse courir ses pensées. « Chose étrange, d'heure en heure mon désir d'entrer à la Trappe augmentait de façon incroyable... J'étais absorbé par cette unique pensée ; et cependant, paradoxalement, d'heure en heure augmentaient mon indifférence et ma paix intérieure. S'ils ne voulaient pas de moi ? Je serais soldat. Mais ce serait un désastre ? Nullement : si, après tout ce qui s'était passé, le monastère me rejetait et que je fusse recruté par l'armée, ce serait clairement la volonté de Dieu. J'avais fait tout ce qui dépendait de moi ; le reste était entre Ses mains. Et, malgré mon désir extraordinaire et de plus en plus intense d'être trappiste, la pensée que je me retrouverais peut-être dans un camp ne me troublait pas le moins du monde. 

    J'étais libre. J'avais retrouvé ma liberté. J'appartenais à Dieu, non à moi, et Lui appartenir, c'est être libre, libéré de toutes les anxiétés, les soucis, les chagrins qui sont le propre de cette terre et de l'amour des biens terrestres. Quelle différence y a-t-il entre un endroit et un autre, un vêtement et un autre, si votre vie est à Dieu, si vous vous abandonnez entièrement entre Ses mains ? La seule chose importante, c'est le sacrifice, le don essentiel de nous-mêmes, de notre volonté : le reste n'est qu'accessoire.

    Ce qui ne m'empêcha pas de prier de plus en plus ardemment le Christ, la Vierge Immaculée, et la litanie privée : saint Bernard, saint Grégoire, saint Joseph, saint Jean de la Croix, saint Benoît, saint François d'Assise, la Petite sainte Thérèse et tous les autres, de me faire entrer, par tous les moyens possibles, au monastère. » (p 327, 328) Il se rappelle son voyage précédent. Descendu du train, puis du car qui l'a conduit jusqu'à Bardstown, il trouve un homme qui le conduit en voiture jusqu'à la trappe. « Puis, j'aperçus la haute flèche familière. Je sonnai au portail. La cloche tinta, morne et grêle, dans la cour vide. Mon homme remonta dans son auto et repartit. Personne ne venait... J'entendais quelqu'un remuer à l'intérieur de la Porterie. J'attendis sans sonner ; bientôt la fenêtre s'ouvrit, et le Frère Mathieu, à la barbe grisonnante, me regarda de ses yeux clairs à travers les barreaux. « Hello, Frère ! » dis-je. Il me reconnut, jeta un coup d'­œil à ma valise, et me dit : « Venez-vous pour de bon, cette fois-ci ? » - Oui, Frère, si vous priez pour moi, répondis-je. Le Frère fit un signe d'assentiment et se prépara à refermer la fenêtre. - C'est ce que j'ai fait. J'ai prié pour vous. » (p 328,329)

    Le Père Maître des Novices vient rencontrer Thomas dans sa chambre et échanger avec lui. Ce « Père Maître était d'une simplicité, d'une douceur et d'une bonté impressionnantes ; et dès ce moment nous nous entendîmes parfaitement.  (…) Il s'assit et me demanda : «  Le silence vous effraie-t-il ? » Je tombai presque à la renverse tant je mis d'ardeur à lui assurer que non seulement il ne m'effrayait pas, mais me ravissait, et que je me sentais déjà au ciel grâce à lui.

    « N'avez-vous pas froid ici ? Pourquoi ne fermez-vous pas la fenêtre ? Votre sweater est-il assez chaud ? » Je lui affirmai, avec un courage parfait, que j'étais chaud comme un toast, mais il me fit cependant fermer la fenêtre. (…) «  Savez-vous le latin ? » me demanda le Père Maître. Je mentionnai Plaute et Tacite ; il parut satisfait.

    Puis, nous parlâmes de beaucoup d'autres choses. Savais-je chanter ? Parlais-je français ? Pourquoi voulais-je devenir cistercien ? Avais-je lu quelque livre sur l'ordre ? Avais-je lu la vie de saint Bernard, du Père Ailbe Luddy ? Etc...

    C'était une si agréable conversation que je me sentais de moins en moins disposé à décharger le lourd fardeau ténébreux qui me pesait encore sur la conscience, et à raconter à ce bon trappiste tout ce qui, avant ma conversion, m'avait amené à croire que je ne pouvais avoir la vocation religieuse. Je le lui expliquai cependant en quelques phrases. - Depuis combien de temps êtes-vous baptisé ? - Trois ans, Père. Il ne me sembla pas troublé. Il ajouta seulement qu'il appréciait ma franchise, et qu'il consulterait le Père Abbé à mon sujet : ce fut tout. (p 354, 355). Thomas et d'autres cirent des parquets ; puis c'est de « dernier repas » d'œufs brouillés, de fromage et de lait avant d'entrer au noviciat, précédée d'une rencontre avec le Père Abbé, Dom Frédéric « l'homme ayant autorité absolue, temporelle et spirituelle, sur le monastère et tous ses habitants. Ce prêtre, trappiste depuis près de cinquante ans, semblait beaucoup plus jeune que son âge tant il était vivant et énergique. Ces cinquante années de durs travaux, loin de l'user, semblaient au contraire avoir aiguisé et intensifié sa vitalité. Dom Frédéric était plongé dans la pile de lettres qui couvraient son bureau en même temps qu'une montagne de papiers et de documents divers. Et cet extraordinaire volume de travail n'arrivait pas à le submerger ; il était évident qu'il en était parfaitement maître. Depuis mon entrée au monastère, je me suis souvent demandé par quel miracle il réussit à le faire : mais il le fait.

    En tout cas, ce jour-là le Père Abbé se tourna vers nous avec autant d'aisance et de bonne grâce que s'il n'avait rien de mieux à faire que de donner quelques conseils à deux postulants sur le point d'entrer à la Trappe. « Chacun de vous », nous dit-il, « rendra la communauté meilleure ou pire . Tout ce que vous ferez influencera les autres en bien ou en mal. Cela dépend de vous. Notre Seigneur ne vous refusera jamais Sa grâce... » Je ne me souviens pas s'il nous parla du Père Faber qu'il cite volontiers. Nous baisâmes sa bague, il nous bénit, et nous ressortîmes. Le dernier trait qu'il nous lança fut d'être joyeux mais non dissipés, et de garder toujours sur nos lèvres les noms de Jésus et de Marie.

    Nous pénétrâmes dans une pièce située à l'extrémité d'un long vestibule sombre, dans laquelle trois moines tapaient à la machine, et remîmes nos stylos, nos montres et notre argent liquide au trésorier ; puis nous signâmes un documents nous engageant à ne pas réclamer aux moines le paiement des honoraires de nos heures de travail manuel, si nous quittions le monastère.

    Et nous entrâmes dans le cloître. »(p 336, 337)

    Au-delà du cloître, des moines sont au travail. « une odeur de pain frais flottait de la boulangerie qui se trouvait de ce côté. On rencontrait des moines portant leurs capuchons sur le bras, prêts à être mis au son de la cloche indiquant la fin du travail. Le tailleur prit nos mesures pour faire nos vêtements, puis nous entrâmes dans le noviciat. Le Père Maître nous indiqua la chapelle du noviciat et nous nous agenouillâmes un instant devant le saint sacrement. La chapelle était nue, blanchie à la chaux ; je remarquai d'un côté de la porte la statue de mon amie sainte Jeanne d'Arc, et de l'autre celle de la Petite sainte Thérèse » (p 337, 338)

    « Du point de vue liturgique, l'avent est le temps le meilleur pour devenir moine. (…) L'âme du moine est un Bethléem où va naître le Christ, puisqu'Il naît là où la grâce façonne l'âme à sa ressemblance. » Au noviciat, Thomas apprend à voir de l'intérieur la vie du monastère. « Je me trouvais maintenant en face de moines appartenant à la réalité froide et inéluctable, non de moines de rêve ou de quelque roman médiéval. La communauté, que j'avais vue agissant comme un tout, dans toute la puissance de son anonymat liturgique impressionnant et solennel, m'apparaissait maintenant divisée en ses parties constituantes, dont je pouvais observer de près tous les détails, bons ou mauvais, agréables ou désagréables.

    Dieu m'avait donné, à ce moment déjà, assez de bon sens pour comprendre que l'un des aspects les plus importants de toute vocation religieuse, en même temps que l'épreuve la plus élémentaire de son authenticité, est la docilité à accepter la vie en commun avec des êtres plus ou moins imparfaits. Bien que ces imperfections soient beaucoup plus insignifiantes et banales que les défauts et les vices des laïques, on a tendance à les remarquer et à en souffrir davantage, car elles sont agrandies par les responsabilités et l'idéal de la vie religieuse à travers lesquels on les considère... Des âmes peuvent perdre leur vocation en s'apercevant qu'un homme peut passer quarante, cinquante ou soixante ans dans un monastère en gardant son mauvais caractère. En tout cas, maintenant que je faisais partie de Gethsémani, je me mis à tout observer. » (p 338 à 341)

    A cette période, l'âge moyen de la communauté est autour de trente ans. Lors d'une confession avec le Père Odo, ce prêtre lui dit : « Qui sait combien d'âmes comptent sur votre persévérance à votre vocation ? Dieu a peut-être voulu que de nombreuses âmes, dans le monde, soient sauvées, grâce à votre fidélité. Pensez à elles, si vous êtes tenté de partir, ce qui arrivera sans doute. Souvenez-vous de toutes ces âmes ; vous en connaissez quelques-unes : les autres, vous ne les connaîtrez peut-être jamais, avant de les rencontrer au ciel. D'ailleurs vous n'êtes pas entré ici seul... » » (…)  Thomas n'aura jamais le désir de rentrer dans le monde. Etant novice, il n'est jamais préoccupé par la pensée qu'il aurait pu choisir un autre ordre. «  Je me souviens qu'un jour le Père Maître m'interrogea sur ce sujet. J'admis donc avoir toujours aimé les chartreux ; qu'en fait, si j'avais pu, je serais entré chez eux plutôt qu'à la Trappe... mais que la guerre ne l'avait pas permis. » (p 343)

    « Lorsque je pensais devenir franciscain, j'avais passé des heures à essayer de choisir un nom ; maintenant j'étais prêt à accepter ce qu'on me donnerait : j'étais trop occupé d'ailleurs pour me tracasser de choses aussi futiles. .. Je reçus le nom de Frater Louis. » (p 344)

    « En janvier les novices travaillaient dans les bois (…) Un moine au travail ne doit pas s'arrêter pour prier : chez les trappistes américains, la notion de contemplation ne va pas jusque-là ; il doit, au contraire, faire un acte d'intention pure et se lancer dans le travail jusqu'à être en sueur, jusqu'à l'épuisement. Pour changer ce travail en contemplation, il peut de temps à autre murmurer entre ses dents : « Tout pour Jésus ! Tout pour Jésus ! »  Mais il lui faut travailler sans relâche. 

    Le moment était venu de me préparer à recevoir l'habit de novice, qui me rendrait canoniquement membre de l'ordre et me lancerait officiellement sur la route des vœux. » (p 345) La prise d'habit de Thomas a lieu le premier dimanche de Carême. Le voici vêtu officiellement de la robe blanche, du scapulaire et du manteau de vrai novice de ordre.

    « J'apportai ouvertement au monastère tous mes instincts d'écrivain ; je ne les passai pas en fraude ; et le Père Maître ne se contenta pas de me permettre, il m'encouragea à écrire des poèmes, des réflexions et tout ce qui me venait à l'esprit ».(p 349)

    « Depuis six ans, les jours de fête, à l'aube, je n'ai lu que trois ou quatre livres... Les Commentaires de saint Augustin sur les Psaumes, les « Moralia » de saint Grégoire le Grand, les Commentaires de saint Ambroise sur les Psaumes ou ceux de Guillaume de Saint-Thierry sur le Cantique des Cantiques. Parfois je parcours les Pères de l'Eglise ou je lis simplement l'Ecriture. Et dès que j'eus pénétré dans le monde de ces grands saints, me reposant dans le Paradis de leurs œuvres, je perdis tout désir d'employer cette heure à écrire moi-même. (…) Après les poèmes que j'écrivis le premier Noël, puis un ou deux en janvier, un à la Purification, et un autre pendant le carême, je fus ravi de me reposer. L'été est trop rempli pour écrire.

    Au début du temps pascal, nous semons les pois et les haricots ; à la fin nous les récoltons. En mai, on coupe la première récolte d'alfa dans le champ de saint Joseph et à partir de ce moment, les novices s'en vont, matin et après-midi, en longue file indienne, chapeau de paille sur la tête, avec des fourches, faner aux quatre coins de la ferme. (…) Les grandes charrettes chargées, deux ou trois d'entre nous retournent pour aider à les décharger dans les greniers des étables et des écuries ; c'est un des plus durs de nos travaux. Vous entrez dans le vaste et sombre grenier, la poussière commence à tourbillonner, tandis que ceux qui ont sur la charrette vous jettent, très vite, le foin que vous essayez d'entasser. En deux minutes, le grenier commence à devenir une très bonne imitation du purgatoire, car le soleil chauffe impitoyablement le toit de tôle, transformant la pièce en un vaste four noir et étouffant. » (p 350, 351)

    Jean-Paul, son frère, devenu aviateur, arrive un jour à la Trappe. Jean-Paul est alors baptisé. Les deux frères communient tous les deux avant que Jean-Paul reparte. Le jour de la fête de saint Thomas Thomas Merton, devenu frère Louis, prononce ses vœux en particulier devant le Révérend Père, environ un an avant de faire sa profession publique. Lors du Carême 1943, pas de courrier en temps de Carême de même que lors de l'Avent. « Dès ce carême 1943, j'eus du travail à faire à la maison, car le Révérend Père m'avait donné des livres et des articles à traduire du français. » (p 362, 363)

    Pâques est le 25 avril 1943. Jean-Paul s'est marié et remplit des missions. Le mardi suivant Pâques, Thomas apprend que son frère est porté disparu depuis le 17 avril. Par la suite, il apprend que son avion a été abattu le 16 avril et qu'il est décédé peu après. Frère Louis écrit un poème en hommage à son frère.

    La nuit privée d'étoiles s'achève sur un épilogue. « A cette époque, j'aurais dû ne plus avoir d'incertitude sur ma vraie nature : j'avais déjà fait ma profession simple et mes vœux auraient dû ne rien laisser subsister de mon identité. Mais il y avait cette ombre, ce double, cet écrivain qui m'avait suivi au monastère. Il continue à me suivre .. Il monte parfois sur mes épaules. Je ne peux pas le perdre... Il se nomme toujours Thomas Merton. Est-ce un ennemi ? Il est soi-disant mort ; mais il se tient sur le seuil de toutes mes prières, et me suit à l'église ; il s'agenouille avec moi derrière le pilier, ce Judas, et me chuchote à l'oreille... C'est un homme d'affaires. Il est rempli d'idées, de théories et de projets nouveaux ; il engendre des livres dans le silence qui devrait être rempli doucement de l'obscure et infiniment fertile contemplation...Et le plus grave, c'est que mes supérieurs sont avec lui et refusent de le chasser ; je ne peux donc m'en débarrasser... (…) Parfois, j'ai mortellement peur : il y a des jours où il semble ne rester de ma vocation, de ma vocation contemplative, que quelques cendres... et on me dit calmement :« Votre vocation, c'est d'écrire. » (..) Lorsque me vinrent les premières idées de livres, j'en fis part au Père Maître et au Père Abbé, avec ce que je crus être de la « simplicité ». Je m'imaginais être « ouvert » envers mes supérieurs, et je suppose qu'en un sens, je l'étais. Mais bientôt l'idée leur vint de me faire traduire et écrire. C'est étrange. Les trappistes, dans le passé, se sont parfois opposés de façon absolue, et même exagérée, aux travaux intellectuels. » (p 373) Il se trouve que Thomas, frère Louis, a rejoint un monastère plein de vitalité, avec de nombreux novices et postulants, qui créait une filiale en Atlanta en 1944 – les noms des moines désignés pour cette première filiale étant lus en la fête de saint Joseph le jour de la profession simple de frère Louis, puis autre création en Utah, puis à New Mexico, ces développements créant des besoins de « livres, en anglais, sur la vie cistercienne, la spiritualité de l'ordre et son histoire.  En dehors de cela, d'ailleurs, Gethsémani est devenu une fournaise de flamme apostolique ; l'été, chaque week-end ramène des foules de retraitants à l'hôtellerie ; ils prient, se battent avec les mouches, essuient la sueur qui les aveugle, écoutent les moines chanter l'office et les sermons qu'on leur fait dans la bibliothèque, mangent le fromage fabriqué par le Frère Kevin dans l'ombre humide et propice du cellier... Et Gethszmani publie des quantités de brochures. (…) ces brochures commencent par ces mots : «  Un trappiste déclare... », « Un trappiste affirme... », « Un trappiste supplie... » , « Un trappiste assure... » (…) Et l'une de ces brochures concerne même la vie contemplative... Il est facile de comprendre que cette situation est favorable à mon double, mon ombre, mon ennemi Thomas Merton. S'il suggère des livres sur l'ordre, on l'écoute ; s'il a des idées de poèmes à publier, on l'approuve ; il n'y a pas de raison qu'il ne se mette à écrire pour des revues...

    Au début de l'année 1944, au moment de ma profession simple, j'écrivis un poème pour la fête de sainte Agnès ; puis je sentis qu'il m'était totalement indifférent de ne jamais plus écrire de poèmes... A la fin de cette année là, lorsque parurent les Trente Poèmes, j'eus encore la même impression, plus marquée encore. (…) Mais un jour, en 1945, en la fête de la conversion de saint Paul, allant solliciter la direction du Père Abbé, sans même que je pensasse à ce sujet, ou y fisse allusion, il me dit tout à coup : « Je désire que vous continuiez à écrire des poèmes. » (p372, 373)

    « Tout est très calme. Je pense à ce monastère, qui m'abrite, à ces moines, mes frères, mes pères. Il y en a qui ont mille choses à faire. Quelques-uns s'occupent de la cuisine, d'autres des vêtements, certains réparent les tuyaux, d'autres le toit ; il y en a qui peignent la maison, qui balaient ou lavent le carrelage du réfectoire. Le visage masqué, un moine part recueillir le miel des abeilles. Trois ou quatre autres, assis à des machines à écrire, répondent du matin au soir aux lettres de gens malheureux. D'autres encore réparent ou conduisent les tracteurs et les camions. Les frères luttent avec les mules pour les harnacher, s'occupent des vaches aux pâturages, s'inquiètent des lapins...L'un sait réparer les montres. L'autre dresse les plans du nouveau monastère d'Utah. (…) Au son de la cloche, je cesserai de taper à la machine, et fermerai les fenêtres de la pièce où je travaille. » (p 376)

    « Maintenant, mon Dieu, je ne peux plus parler qu'à Vous, personne d'autre ne peut comprendre... (…) Vous m'avez fait parcourir ces allées ombragées, me répétant sans cesse : « Solitude, solitude... » Puis, changeant d'avis, vous avez jeté le monde à mes pieds. Vous m'avez dit : « Quitte tout et suis-moi! » et vous me faites traîner la moitié de New York comme un boulet. Vous m'avez fait m'agenouiller derrière un pilier, l'esprit bruyant comme une banque. .. Est-ce cela la contemplation ? C'est, du moins, ce que je pensais avant de faire mes vœux solennels, au printemps dernier, en la fête de saint Joseph, en la trente-troisième année de mon âge, étant clerc mineur. Il me semblait que Vous me demandiez presque de renoncer à tous mes désirs de solitude et de vie contemplative... Vous me demandiez d'obéir à des supérieurs qui vont, j'en suis moralement sûr, me faire écrire, ou enseigner la philosophie, ou me charger de responsabilités matérielles autour du monastère, pour finir comme Maître des Retraites, prêchant quatre sermons par jour aux laïques... Et même sans aucune mission spéciale, je devrai courir de deux heures du matin à sept heures du soir...

    N'ai-je point passé un an à écrire La Vie de la Mère Berchmans qui fut envoyée au Japon, dans une nouvelle fondation trappiste, désirant avant tout être contemplative ? Et que lui arriva-t-il ? Elle dut être en même temps tourière, hôtelière, sacristine, cellérière et maîtresse des sœurs converses... Et on ne la soulagea d'une ou deux de ces charges, que pour lui en donner une plus lourde, celle de maîtresse des novices... Martha, Martha, sollicita eris, et turbaberis erga plurima...

    Au début de ma retraite, avant ma profession solennelle, j'essayai de me demander si ces vœux me liaient à quelque état bien défini ; si, ayant la vocation contemplative, on ne m'aidait pas à la remplir , mais qu'on m'empêchât plutôt de le faire... qu'arriverait-il alors ? Or,avant même de commencer à prier, je dus abandonner ce genre de spéculations... Après avoir prononcé mes vœux, je compris que je ne savais plus très bien ce qu'était un contemplatif, une vocation contemplative, ma propre vocation ou la vocation de cistercien... En réalité, je n'étais plus sûr de rien savoir ou comprendre, sinon que je croyais faire Votre volonté en prononçant ces vœux, dans cette maison, ce jour-là, pour des raisons que Vous seul connaissiez, et que tout ce qu'on attendait de moi ensuite, c'était de suivre les autres, d'obéir et que tout s'éclaircirait. (…) Les humains m'apprennent que Vous êtes loin d'eux, bien qu'en eux. Vous les avez créés et votre présence soutient leur être, et ils vous dissimulent à mes regards. Aussi voudrais-je vivre seul, loin d'eux. O beata solitudo ! Je savais que c'était seulement après les avoir abandonnés que je pourrais venir à Vous : c'est pourquoi j'ai été si malheureux, lorsque Vous avez eu l'air de me condamner à rester au milieu d'eux. Maintenant mon chagrin est passé, et la joie va m'envahir : la joie qui déborde, au milieu des peines les plus profondes. Car je commence à comprendre. Vous m'avez enseigné, et consolé,et j'ai recommencé à espérer et à apprendre. » (p 377, 378, 379)

    En ce vendredi, premier mai 2015, fête de saint Joseph, il me semble avoir mieux saisi le trajet de Frère Louis, né Thomas Merton, dont l'autobiographie rapportée dans son livre "La nuit privée d'étoiles" peut guider beaucoup de personnes.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr

  • Thomas Merton moine oecuménique

    La troisième partie de « La nuit privée d'étoiles » s'ouvre, en septembre 1939, par l'affirmation d'un certain Dan Walsh qui donne des conférences sur saint Thomas et déclare un soir, dans la nuit fraîche étendue sur Park Avenue, à Thomas Merton : « La première fois que je vous ai vu, j'ai pensé que vous aviez la vocation religieuse. » (p 221) Dan propose à son interlocuteur, en recherche de où et comment devenir prêtre, plusieurs pistes d'ordres religieux, dont les franciscains que Thomas connaît bien par le collège saint Bonaventure. Thomas précise : « Toutes les règles monastiques me faisaient plutôt peur, et mon entrée au monastère ne se présenta pas tout de suite à moi comme une démarche normale à effectuer. Mon esprit, au contraire, était plein d'appréhension au sujet du jeûne, de la clôture, des longues prières, de la vie en commun, de l'obéissance, de la pauvreté monastique » (…) « Tout ceci, naturellement, était basé sur mon état de santé déficient ou que je croyais tel » (p 222) (…) « Or, je découvris finalement qu'ayant commencé à jeûner, à me priver de certains plaisirs, à consacrer du temps à la prière, à la méditation, aux divers exercices de la vie religieuse, je surmontai vite ma mauvaise santé et devins sain, fort et infiniment heureux . Mais, ce soir-là, j'étais convaincu de ne pouvoir suivre que la plus simple des règles monastiques. » (p 224,225) Dan est plein d'enthousiasme pour les cisterciens - autrement dit les trappistes – ayant fait une retraite à Notre-Dame de Gethsémani dans le Kentucky. Thomas lui réplique que la vie des cisterciens n'est pas pour lui en raison, notamment, de la privation de viande la moitié de l'année en raison des jeûnes.

    Thomas pense entrer en février 1940 au noviciat franciscain avec les autres, en groupe. Il va tous les jours à la messe et communie, travaille à un roman, fait un chemin de croix dans une église l'après-midi ce qui lui demande un effort mais lui apporte la paix. Il passe un mois sur les Exercices spirituels de saint Ignace à raison d'une heure par jour. Par ailleurs il donne des cours d'anglais.

    Remis d'une opération de l'appendicite, il se rend à Cuba pour faire un pèlerinage à Notre-Dame de Cobre dont la basilique dorée s'adosse « à des falaises et à des pentes à pic couvertes de jungle ». Thomas écrit : « Vous voici Caridad del Cobre ! C'est pour vous que je suis venu ; demandez au Christ de m'accepter pour prêtre, et je vous donnerai mon cœur ; si vous m'obtenez la prêtrise, je me souviendrai de Vous à ma première messe, tellement qu'elle sera vôtre, offerte, par Vos mains, en actions de grâces à la Sainte Trinité qui, par Votre amour, m'aura valu cette insigne faveur. » (p 243) Notre-Dame del Cobre est une « joyeuse petite Vierge Noire, ceinte d'une couronne et habillée de vêtements royaux : la Caridad, Reine de Cuba. » (p 243, 244) De retour à l'hôtel, la Caridad del Cobre lui inspire une poésie qu'il écrit de suite ; d'autres suivront. Autre surprise à la Havane, dans l'église saint François lors d'une messe ; à la consécration, alors que le prêtre élève l'hostie puis le calice les voix des enfants cubains éclatent en « Creo en Dios… je crois en Dieu, Père Tout Puissant, Créateur du ciel et de la terre  » Ce cri joyeux et subi fait que « se forma dans mon esprit la conscience, la compréhension, la vision nette de ce qui venait de se passer à la consécration : la perception de Dieu descendu sur l'autel aux paroles de la consécration d'une façon qui le rendait Mien. Cette compréhension, impossible à définir, me frappa comme un coup de tonnerre, lumière si intense qu'elle n'avait aucun rapport avec la lumière visible, si profonde et si intime qu'elle semblait annihiler toute moindre expérience. Et cependant, je fus surtout frappé par ce que cette lumière avait, en un sens « d'ordinaire » ; elle n'avait rien d'étrange ou de fantastique, et, chose étonnante, était à la portée de tous : c'était la lumière de la foi, approfondie et réduite à une clarté extrême et subite comme si j'avais été soudain éclairé par la manifestation de la présence de Dieu qui m'aveuglait ; elle m'aveuglait parce qu'il ne pouvait rien y avoir en elle qui fût tributaire de l'imagination ou des sens. » (…) «  La première pensée distincte qui me vint à l'esprit fut : « Le ciel est ici, devant moi : le ciel, le ciel ! » Tout ceci ne dura qu'un instant, mais me laissa une joie paisible, une paix et un bonheur purs qui durèrent des heures et demeurèrent inoubliables. » (p 246) Ceci étant « La plupart du temps ma prière était moins une oraison qu'une anticipation, pleine de désir et d'espoir, de mon entrée au noviciat franciscain ; j'imaginais ce qui se passerait, de sorte que souvent je priais moins que je ne rêvais... » (p 247)

    Pourquoi ce choix des franciscains ? « Il était évident que j'avais la vocation religieuse. » (…) « J'avais choisi cet ordre, croyant pourvoir suivre sa Règle sans difficulté, parce que la vie d'enseignement et d'écrivain qu'il m'offrait m'attirait, et encore plus pour le milieu dans lequel j'aurais à vivre. Dieu accepte très souvent des dispositions qui ne valent pas mieux que celles-là, et sont mêmes parfois bien pires, et Il les change en son temps en vraie vocation. Il ne devait pas en être ainsi pour moi : il me fallait être conduit par un chemin incompréhensible, suivre une voie que je n'aurais pu choisir : Dieu rejeta mes goûts, mes imaginations, mon choix, pour les détacher de leurs vieilles ornières, de leurs vieilles habitudes, et les diriger vers Lui, par Lui. » (p 252, 253) « La vérité est simple : devenir franciscain, surtout à ce moment précis de l'histoire, ne représentait, pour moi, aucun sacrifice. » (p 254)

    La lecture du Livre de Job le trouble ; le doute arrive et il se pose la question : « « Ai-je réellement la vocation ? » (p 257) Il consulte le père Edmond et suit le conseil donné : retirer sa demande pour le noviciat.

    Alors que son frère Jean-Paul pense s'engager dans l'armée, Thomas va essayer de vivre comme un religieux tout en enseignant. (p 262) Le jour de la fête du curé d'Ars il essaye, dans le train, de réciter l'office alors qu'il se rend au collège saint Bonaventure pour y enseigner l'anglais. En ces jours-là, Londres est bombardée.

    Il a 27 ans en janvier 1941. En février il envisage une retraite lors de la semaine sainte et Pâques à Notre-Dame de Gethsémani, le monastère trappiste du Kentucky. Le jeûne du début de carême le libère. Suite à l'arrivée d'un courrier du Bureau de Recrutement, Thomas décide qu'il sera objecteur non combattant : brancardier ou infirmier, par exemple. Puis, lors d'un premier examen médical, il est refusé. Arrivant en retraite à la trappe, le moine qui l'accueille lui dit : « Etes-vous venu définitivement ? » ; question qui le terrifie car « elle ressemblait trop à la voix de ma propre conscience. » (p 279) Au fil des jours, le monastère se remplit. « Mais je m'entretins surtout avec un père carme qui avait parcouru le monde encore plus que moi. Si j'avais envie de me renseigner sur les monastères, il en avait vu des centaines dont il pouvait me parler. Nous nous promenions au soleil, dans le jardin de l'hôtellerie, en regardant les abeilles se démener dans les riches tulipes jaunes, tandis qu'il me parlait des chartreux de Parkminster, en Angleterre.

    Il n'existe plus de purs ermites ou anachorètes dans le monde ; mais les chartreux sont ceux qui ont fait le plus de chemin et sont montés le plus haut sur la montagne de solitude qui les élève au-dessus du monde et les cache en Dieu. » (p 285) « Je ne me demandais pas quel ordre m'attirait le plus, mais lequel me torturait le plus par sa solitude, son silence et sa contemplation qui ne seraient jamais pour moi. (…) Mais comme les chartreux étaient loin, c'est ce que j'avais sous les yeux qui me torturait le plus. L'ordre des chartreux était peut-être pour moi plus désirable ; mais la guerre, et ce que je croyais être mon manque de vocation le rendait doublement hors d'atteinte.

    Si j'avais eu le moindre jugement surnaturel, j'aurais compris que cette retraite était le meilleur moment pour saisir ce problème par les cornes et le résoudre, non par mes propres efforts, mais par la prière et les conseils d'un prêtre expérimenté. Et où aurais-je pu trouver plus d'expérience de ces choses que dans un monastère de contemplatifs ? » (p 286,287)

    Lors des cérémonies, Thomas observe la transformation des moines, en toute simplicité, chacun, en tant qu'exécutant, devenant « perdu, ignoré, oublié . (…) Ici, l'excellence est en rapport avec l'obscurité ; le meilleur étant celui qui est le moins regardé, le moins distingué ; seules les fautes et les erreurs attirent l'attention sur l'individu. La logique de la vie cistercienne est donc en opposition absolue avec la logique du monde, dans lequel les hommes se poussent en avant, de sorte que le plus excellent semble être celui qui se met le plus en valeur, qui domine les autres, qui attire l'attention... » (p 289) Longue promenade dans la nature lors de l'après-midi du vendredi saint ; Thomas pense. Etre moine... «La nature humaine cherche toujours des arguments spécieux pour satisfaire sa lâcheté et son manque de générosité ; aussi maintenant étais-je en train d'essayer de me persuader que la vie contemplative et cloîtrée n'était pas pour moi, parce qu'elle manquait d'air frais... » (p 290) Le soir, le maître des retraites raconte l'histoire d'un homme venu à Gethsémani sans se décider à devenir moine ; finalement, lors d'un chemin de croix, à la quatorzième station, la dernière, il demande à mourir dans l'ordre. Une heure plus tard, il s'effondre et a juste le temps de faire sa demande d'admission dans l'ordre avant de décéder. Le maître des retraites d'ajouter : « on dit qu'on obtient toujours ce qu'on demande à la quatorzième station. ». Thomas, avant de repartir dans le monde, fait le chemin de Croix et demande «  bouleversé, à la quatorzième station, la grâce d'une vocation de trappiste, si c'était la volonté de Dieu. » (p 290,291)

    De retour au collège saint Bonaventure, les interrogations continuent quant à sa vocation. Que faire ? Consulter ? Et si on lui répondait qu'il n'avait pas la vocation, son rêve serait brisé. Ceci se compliquant avec le rêve des chartreux, aucun monastère chartreux n'existant en Amérique. Thomas prie, ouvre un livre saint au hasard, pose le doigt et regarde : «  Voici que tu seras silencieux. » parole, dans l'évangile de saint Luc, de l'ange à Zacharie, père de Jean-Baptiste. Le silence, c'est la trappe du Kentucky. (p 293) Le soir, il aimerait se souvenir du Salve Regina, la belle antienne chantée le soir par les moines à la Mère de Dieu.

    Thomas se lance alors dans l'écriture d'un nouveau livre, est occupé par les cours d'été à préparer et « la question de ma vocation de trappiste passa au second plan, sans que je puisse, toutefois, l'oublier tout à fait. » (p 295)

    contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr (à suivre)

  • Thomas Merton : La nuit privée d'étoiles

    Je relis "La nuit privée d'étoiles" de Thomas Merton, chez Albin Michel 1961, dont une première lecture m'avait enchantée. Cette seconde lecture me fait voir que, dès l'enfance et ensuite, le regard de Thomas Merton se pose sur des abbayes, en activité ou en ruines, comme un écho visuel à sa vocation future de moine.

    Thomas Merton est un homme « polyculturel ». Il est né en France à Prades dans les Pyrénées le 31 janvier 1915. La famille de son père est originaire d'Ecosse, et sa mère est américaine. En 1918 naît son frère Jean-Paul. A 6 ans la maman décède d'un cancer de l'estomac. La scolarité de Thomas est en dents de scie, soit auprès de son père, peintre souvent en déplacement, soit auprès de ses grands-parents vivant aux USA. Thomas Merton a toujours beaucoup aimé la France, « heureux d'être né » sur son sol. Jean-Paul est confié un temps à ses grands-parents américains, Thomas suivant alors son père et écrivant plus tard ceci « Corruptio optimi pessima : le plus grand mal est la corruption de ce qu'il y a de meilleur ; en France, la spiritualité est devenue cynisme et légèreté ; l'intelligence, l'art du sophisme ; la dignité et le raffinement, un étalage de mesquine vanité ; la charité, concupiscence charnelle ; la foi, sentimentalité ou athéisme pur ». (p 38) Le jeune Thomas se souviendra toujours de monsieur et madame Privat, leurs hôtes, couple de Murat dans le Cantal, « de leur bonté, de leur calme et de leur parfaite simplicité. Ils inspiraient le plus profond respect ; c'étaient des saints, de cette sainteté si efficace et si fructueuse qui consiste à mener une vie ordinaire d'une façon entièrement surnaturelle, si bien que l'obscurité, les talents moyens, les devoirs courants, la routine sont transformés par la grâce surnaturelle intérieure, par l'union habituelle de l'âme à Dieu, par la foi profonde et la charité ». (p 40)

    « Qui sait ce que je dois à ces êtres d'élite ? Je suis moralement sûr que leurs prières m'ont obtenu de nombreuses grâces, peut-être même celle de la conversion et de la vocation religieuse. Je le saurai un jour, et il m'est doux de garder l'espoir de les revoir pour pouvoir les en remercier ». (p 42)

    Plus tard c'est l'Angleterre, chez tante Maud et oncle Ben, et des séjours en internat où Thomas se met au niveau scolaire des jeunes de son âge. En 1929, son père souffrant d'une tumeur au cerveau, c'est Tom, parrain de Thomas et médecin à Londres - Harley Street, qui prend en charge le jeune homme en 1930. De son côté, le grand-père américain assure à chacun de ses deux petits-fils une pension annuelle pendant une dizaine d'années. Après le décès du papa, Thomas séjourne aux USA chez ses grands-parents. Puis retour en Angleterre et passage par Cambridge. Suit un voyage à Rome où il prie pour la première fois de sa vie, récitant le Notre Père dans l'église de sainte Sabine. Fin 1934, départ définitif pour les USA : « On trouvera peut-être que la Providence joua un jeu ironique et cruel, en me laissant choisit les moyens qui furent miens pour sauver mon âme ; .mais la Providence, c'est-à-dire l'amour de Dieu, agit avec sagesse en se détournant de la volonté propre des hommes, en les laissant livrés à eux-mêmes, sans vouloir intervenir tant qu'ils sont décidés à se gouverner eux-mêmes, pour leur montrer jusqu'au fond de quels abîmes de souffrance et de vide leur impuissance peut les entraîner ». (p 96) Ensuite c'est Columbia avec « une sorte de vitalité intellectuelle authentique dans l'air » (p 105) En 1935, après ses vingt ans, c'est la rencontre d'un maître exceptionnel, Mark Van Doren, qui enseigne la littérature anglaise : « il a été pour moi un instrument de la Providence ; son esprit calme et sincère, sa façon de traiter un sujet objectivement, sans évasion, me préparaient de loin à recevoir le bon grain de la philosophie scolastique ». (p 107,108) Pendant que Jean-Paul est élève à Cornell. Thomas mène une vie à tout le moins agitée. En 1936 le grand-père américain décède, puis bonne maman son épouse. Là s'achève la première partie du livre, p 133 Albin Michel.

    En début de seconde partie, en 1937, est rapportée l'histoire étonnante de Bramachari, un moine boudhiste hindou venu de son lointain pays jusqu' USA avec la complicité charitable du ciel, y vivant cinq ans, donnant des conférences, et repartant pour son monastère ayant donné à Thomas le conseil suivant : « « Les chrétiens ont écrit de nombreux livres mystiques admirables ; lisez les Confessions de saint Augustin et l'Imitation de Jésus-Christ » ». (p 160)

    Thomas commence à prier de temps en temps. Par ailleurs, le sujet de sa thèse est : « « La nature et l'art chez William Blake ». C'était, en somme, une étude sur la lutte de Blake contre tout ce qui, dans l'art, était prosaïque, ou d'un réalisme étroit et classique ; son idéal, à lui, étant essentiellement mystique et surnaturel ». (p 164) Thomas ajoute : « Très jeune, j'avais compris qu'il y a une analogie naturelle entre l'expérience artistique la plus élevée et l'expérience mystique ». (p 164) Il précise « Au début de septembre 1938, j'étais prêt à commencer la rédaction de ma thèse, et les bases de ma conversion étaient plus ou moins jetées ». (p 166) Il note qu'une conception saine de la vertu est nécessaire au bonheur et à la joie, cette vertu étant « l'habitude qui coordonne et canalise nos énergies naturelles vers l'harmonie, la perfection et l'équilibre, l'unité de notre nature en elle-même et en Dieu ; tout ce qui doit, à la fin, constituer la paix éternelle ». (p 166) Thomas examine « les possibilités de l'expérience religieuse ». « Je ne me contentai pas de l'accepter intellectuellement ; je commençai à la désirer d'une manière efficace, prenant les moyens nécessaires pour obtenir cette union, cette paix : je voulais consacrer ma vie à Dieu et à Son service. Désir encore vague, obscur et ridiculement peu pratique : je rêvais d'union mystique, d'observer les règles morales les plus élémentaires. J'étais cependant convaincu de l'existence du but, et avais confiance de pouvoir l'atteindre ; je suis sûr que Dieu excusa, dans sa miséricorde, la présomption qui se mêlait peut-être à ma confiance, vu ma stupidité, mon impuissance, et parce que je commençais vraiment à vouloir faire tout ce que je croyais être Sa volonté, pour aller à Lui.

    Que j'étais aveugle, faible et malade encore, bien qu'apercevant le but et entrevoyant le chemin à faire pour y parvenir ! Les notions claires que nous trouvons dans les livres nous trompent parfois, en nous faisant croire que nous comprenons des choses dont nous n'avons aucune connaissance pratique. Je me souviens avec quelle science et quel enthousiasme je pouvais parler, pendant des heures, de mysticisme et de la connaissance expérimentale de Dieu, en entretenant le feu de la discussion avec du whisky-soda ! ». (p 167)

    Un jour, Thomas décide d'aller à la messe suite à une « impulsion douce, forte, agréable, pure » (p 168), avec une voix « qui semblait m'inspirer, cette ferme conviction intérieure grandissante de ce que je devais faire ». (p 168) Cette voix « me fit avancer avec sérénité dans une direction déterminée. Mes sentiments ne lui cédèrent pas sans peine : j'avais vraiment un peu peur d'entrer dans une église catholique, délibérément, avec d'autres, de m'asseoir et de m'exposer aux mystérieux périls de cette cérémonie bizarre et puissante appelée « messe » ». (p 169) Cela se passe finalement un beau dimanche, à New York, dans « la petite église en brique du Corpus Christi » (p 169), une église neuve, étincelante, gaie, propre. Une église pleine, avec des hommes, des femmes, des enfants, « des gens ordinaires », de toutes les classes de la société, « plus conscients de Dieu que de leurs voisins ». (p 170) De la chaire un prêtre parla de Jésus-Christ qui « n'est pas seulement un homme bon, un grand homme, le plus grand prophète, un guérisseur merveilleux, un Saint : tous ces termes pâlissent devant ce qu'Il est : Il est Dieu ». Il est « vraiment aussi un homme, né de la chair de la Vierge très pure, formé de sa chair par le Saint-Esprit. Et ce qu'il fit, dans sa chair, sur terre, Il ne le fit pas seulement comme Homme, mais comme Dieu. Il nous a aimés comme Dieu, Il est mort pour nous comme Dieu » (p 172) « Personne ne peut croire par le simple fait qu'il le désire ou qu'il le veut » (…) C'est Dieu qui donne la Foi, et personne ne vient au Christ si le Père ne l'attire ». (p 172) Après cette expérience, Thomas ajoute un Ave Maria à ses prières du soir.

    En 1938 les Allemands occupent la Tchécoslovaquie. « Je haïssais moi-même la guerre et tout ce qui y mène » (…) Je n'étais qu'un individu, et l'individu avait cessé d'exister... Je ne signifiais plus rien, en ce monde, sinon en tant que numéro sur la liste d'appel ». (p 177) Un soir, suite à une lecture, répondant à un appel intérieur, Thomas se lève, met son imperméable, le cœur chantant, et se rend au presbytère de l'église du Corpus Christi ; là ; dans un petit parloir, Thomas se lance avec un « Mon Père je voudrais devenir catholique ». (p 179) A partir de cet entretien, il reçoit l'instruction nécessaire et son baptême est prévu le 16 novembre, jour de la sainte Gertrude. Ce jour lumineux et froid, plein de vie, un jour « fait pour de grands commencements » (p 185) le baptême a lieu avec la cérémonie de l'exorcisme ; suit une confession, une messe où l'hostie est élevée avec les mots « Voici l'Agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde ». Lors de cette cérémonie, Thomas Merton ressent l'envie d'entrer dans un séminaire, vocation religieuse qu'il écarte. Après tout ce chemin parcouru, «au lieu de devenir un catholique fort, ardent et généreux, je me glissai tout simplement dans les rangs des millions de chrétiens tièdes, languissants, apathiques et indifférents qui mènent une vie semi-animale, luttant tout juste pour maintenir en vie, dans leur âme, le souffle de la grâce. J'aurais dû commencer à prier, à prier vraiment ». (p 193) (…) « L'un des plus grands défauts de ma vie spirituelle au cours de cette première année, fut mon manque de dévotion envers la Mère de Dieu. Je croyais toutes les vérités que l'Eglise enseigne sur Elle, je récitais l'Ave Maria, mais c'était insuffisant. On ne se rend pas compte de l'extraordinaire puissance de la Bienheureuse Vierge ; on ignore qui elle est et que c'est par Ses mains que passent les grâces, Dieu ayant voulu qu'elle participe ainsi à Son œuvre de salut des hommes. Je le compris par expérience». (p 193,194) Thomas indique son assistance à la messe le dimanche et parfois en semaine, des confessions et communions régulières, des lectures spirituelles fréquentes, et parfois aussi un chemin de croix à l'église. « Tout ceci, suffisant pour un catholique ordinaire, appuyé sur toute une vie de pratique fidèle de sa religion, ne pouvait l'être pour moi. Un homme qui sort de l'hôpital où il a failli mourir, ouvert sur la table d'opération, ne peut immédiatement recommencer une vie de travailleur normal ; après la mutilation spirituelle que j'avais subie, je ne pourrais jamais me passer des sacrements chaque jour, de beaucoup de prières, de pénitence, de méditation, de mortification ». (p 194, 195)

    En novembre 1938, Thomas se met à écrire des vers « Mon principal souci était de me faire publier ». (…) « Je croyais fermement au succès, à la renommée »(…) « Mais comment aurais-je pu mener la vie surnaturelle à laquelle j'étais appelé, ayant l'esprit absorbé par tout cela ? Comment aurais-je pu aimer Dieu, tant que toutes mes actions étaient pour moi, non pour Lui, tant que je ne me fiais pas à Son aide, mais m'appuyais sur mes propres lumières et sur mes talents ? » (p 199, 200) Thomas constate que ses amis sont plus chrétiens que lui. Par la suite, il achète le premier volume des œuvres de saint Jean de la Croix. Il accepta que « la sainteté est accessible à ceux qui la désirent, et la classai dans mon esprit avec tous mes autres principes, sans rien faire pour la mettre en pratique. Quelle malédiction était sur moi, qu'il m'était impossible de traduire mes croyances en actes, ma connaissance de Dieu en tentatives concrètes pour le posséder. Lui que je savais être le seul vrai bien ! Je me contentais de méditer et de discuter, sans doute parce que mes connaissances étaient surtout le fruit de réflexions intellectuelles et naturelles ». (p 206) Au sujet de la méditation, Thomas met en garde sur ce qui peut être, parfois, « une sorte de gloutonnerie intellectuelle et esthétique », voire une forme « vertueuse d'égoïsme. Mais si cette méditation n'amène aucun mouvement de la volonté vers Dieu, aucun amour réel, elle est stérile, morte, et peut même parfois devenir, dans certaines circonstances, un péché ou au moins une imperfection ». (p 206) Autre mise en garde : « si on ne fait pas attention, on en arrive bientôt à démontrer qu'il est vertueux d'aller au cinéma, de jouer, de s'enivrer à demi... Je connais d'autant mieux la question que c'est la façon dont j'essayais encore de vivre alors ». (p 207)

    En août 1939, Thomas attend le sort de son premier livre, priant pour être publié... ce qui n'a pas lieu. Dieu lui rend sa vocation. Thomas, à cette période, se disait : «  «  Je suis moi-même responsable de tout. Mes péchés ont tout fait. Hitler n'est pas seul responsable de la guerre : j'ai également ma part de responsabilité... » » (p 213) Le premier vendredi de septembre, Thomas communie dans l'église saint François d'Assise près de la gare de Pennsylvanie. Son désir d'entrer dans un monastère et de devenir prêtre se fait plus fort. Un autre jour, un soir, entrant dans l'église saint François-Xavier, illuminée où le Saint Sacrement est exposé, il prend cela comme un signe, une dernière chance. « Maintenant donc, la question se posait : « Veux-tu vraiment être prêtre ? Si oui dis-le. » (…) Je fixai l'hostie, connaissant maintenant Celui que je regardais, et je dis : « Oui, je veux être prêtre, je le désire de tout cœur. Si c'est Votre volonté faites de moi un prêtre - faites de moi un prêtre ». Lorsque je les eus prononcés, je compris vaguement ce que ces cinq mots avaient fait – quelle puissance j'avais mis en mouvement en ma faveur, quelle union existait irrévocablement, de par ma décision, entre cette puissance et moi ». (p 218) Ces lignes concluent la seconde partie de la nuit privée d'étoiles.

    Tel est le parcours de Thomas Merton jusqu'à sa décision de l'été 1939. Devenu moine cistercien avec le nom de Père Louis, il décède le 10 décembre 1968 à Bangkok en Thaïlande. Une sœur qui l'a beaucoup côtoyée lors de son séjour à Bangkok dit de Père Louis né Thomas Merton : « J'ai été frappée par ses yeux d'enfant pur ».

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr