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st exupéry

  • GIGN: Jean-Luc CALYEL

    En préalable, vous trouvez sur la page intitulée "index thèmes blog" les thèmes qui me paraissent les plus importants avec les jours où les trouvez, non classés pour l'instant en alphabétique       

    Le 22 juillet je parlais ici du livre du livre de Jean-Luc CALYEL, un du GIGN : «  A l’épreuve de la sélection ».gign calyel.jpg

    Le 23 juillet je notais que c’était  pour la 1ère fois, depuis un an que vit ce blog, qu’un article suscitait aussi vite des commentaires si positifs.  Ce que j’ai signalé au Cherche Midi afin que cela remonte jusqu’à l’auteur du livre, Jean-Luc CALYEL.

    Ayant relu très attentivement le dernier chapitre, ps 331 à 335, j’ai saisi là la pensée d'un humaniste actif. Voici donc ce chapitre, « écrit un jour particulier », ce jour où Jean-Luc  met un terme de lui-même au contrat qui le lie au GIGN, du moins pour ce qui est de participer physiquement tel jour telle heure tel endroit à une action demandée à ce groupe d’élite.

    Car on ne quitte pas le GIGN. On a pu y accéder  car on disposait d’un ensemble basal de qualités – physiques et mentales - indispensables pour les missions à accomplir. Qualités qui demeurent après cessation du contrat « papier ».

    « Ma carrière défile dans ma mémoire. Vingt ans. Vingt ans de service dont plus de quatorze ans consacrés, pour mon plus grand bonheur, au groupe d’intervention de la gendarmerie nationale. GIGN. Quatre lettres qui ont toujours eu le don de me faire rêver. De me faire croire que rien n’est impossible à l’homme dès lors qu’il entreprend avec conviction. Quatorze ans déjà. J’ai grandi. J’ai grandi. J’ai enfin mûri. Ces dernières années se sont écoulées en un éclair. Sans même l’avoir réalisé. J’en ai pris plein le coeur et l’esprit. Ma route a très souvent croisé celles du désespoir et de l’insouciance. Celles de vies plus faciles aussi. Bien que la réflexion ait été longue à mener et la décision difficile à prendre, l’évidence s’impose à moi comme un nouveau chemin de vie. Malgré la richesse des hommes et les émotions vécues, je me décide aujourd’hui à mettre un terme  mon contrat. Le coeur n’y est plus. L’engagement non plus. Cela pour deux raisons. La première : La situation ne change guère. Bien que tout évolue autour de nous, la vieille dame s’obstine à rester scellée dans des initiatives bridées et des responsabilités contrariées. C’est bien dommage. Car, au sein de notre unité, la volonté humaine et la connaissance technique ne sont pas le fruit d’une équation à deux inconnues. Si je peux me permettre, madame, avec tout le respect que je vous dois, notre compétence et notre capacité sont depuis toujours connues et reconnues de tous. Alors, pourquoi tant de prudence ? Pourquoi tant de réticence ? L’excès n’est jamais bon. Seul le juste équilibre compte. Je vous rassure, la détermination des hommes reste pleine et entière. Comment ? Par la passion qui les anime et le défi à relever. La discrétion qui vous caractérise, et  bien souvent vous honore, vous dessert aujourd’hui à mes yeux fatigués. J’ai dit, vénérable dame.

    L’unité GIGN ? Elle est peut-être là notre seule et véritable réussite. Chaque âme représente un petit monde. Un monde qui, mis bout à bout, forme un tout. Une fusion des êtres qui ne font qu’un. Un comme l’unité. D’ailleurs, à bien y réfléchir, je réalise aujourd’hui que la vieille dame a sans doute toujours refusé l’idée que le monde ne forme qu’un tout et un seul. Je suis navré de ne pas constituer ce tout avec elle si nécessaire à notre sauvegarde. Ce n’est pas faute de l’avoir invitée.

    Ma laisse est devenue trop courte. Elle réduit mon champ d’action à un simple mouchoir de poche. Bien que je continue à me reconnaître dans le GIGN, je me perds désormais dans cette entité qu’est la gendarmerie. Force est de constater que l’attachement que je garde pour elle n’évitera pas la désunion désormais annoncée. Alors, ne m’en veuillez pas. La patience s’érode. J’en ai fini de lutter. Rien de grand ne se fait sans risque. Rien de grand ne peut se faire sans l’union des hommes. J’espère que la vieille dame le réalisera bien assez tôt avant qu’il ne soit trop tard. Je sais ce que je veux et surtout ce que je ne veux plus. Je n’en peux plus d’attendre que les choses bougent.

    Je suis conscient que je ne pourrai jamais seul refaire le monde et que, seul, je serais, comme chacun de nous, voué  l’échec. Alors, n’avançons plus et prenons plutôt de la hauteur. Elevons-nous au pus haut des cieux pour faire l’état des lieux de notre belle planète bleue et de toutes ses institutions. Donnons. Donnons plus encore. Offrons plus de temps. Plus d’écoute et de soutien à l’homme qui souffre ici ou là. Il en va de notre sécurité, de notre pérennité et celles de nos enfants. C’est bien la seule valeur sûre qui nous reste encore aujourd’hui. L’amour de nos enfants…

    Tout comme la montgolfière délestons-nous de ce qui pourrait être profitable à l’autre ou trop lourd à charrier. Ainsi nous prendrons de l’altitude. Notre champ de vision en sera modifié. Donner. Donner sans retour. Donner sans attendre. Ce qui est valable pour l’homme l’est aussi pour tout un pays. Pour tout un continent. Pour toutes les terres émergées que compte notre planète. Arrêtons. Arrêtons d’attendre. N’attendons pas que quelqu’un vienne nous délivrer. Ne plaçons pas les responsabilités d’une paix possible entre les hommes sur autrui. Et si l’éventuel libérateur s’impatientait lui aussi de voir la démonstration de notre volonté de paix enfin s’affirmer ? L’aide ne viendra pas de l’extérieur. Elle viendra d’abord de l’intérieur. Le monde se transformera lorsque l’un cessera d’attendre l’autre. L’homme n’a qu’une seule chose à changer pour être le témoin du grand bouleversement : lui-même.

    Au-delà de ce constat, il y a une autre raison qui explique ma décision. Une cause tout aussi importante à  mes yeux embués. La disparition de mon ami Antonio. Il m’a quitté trop tôt. Trop jeune. Au large d’Agay. Une plongée de plus. Une plongée de trop. Pour la première fois une plongée sans moi. Plongeurs émérites, lui et Eric m’ont quitté il y a quelques mois. Lors d’un après-midi de novembre. Le voilà à tout jamais parti vers un nouveau monde. Ce qui me rassure, c’est que j’ai eu le temps de tout lui dire. De tout lui promettre. Aujourd’hui, j’ose croire qu’il est encore parmi nous. A défaut de pouvoir atteindre la lune, il aura au moins touché les étoiles. Comme tous mes frères d’armes tombés pour la vie. Juste une petite confidence, Antonio : Je suis sûr que dans les prunelles de tes enfants, devenus grands aujourd’hui et sans doute pères demain, se reflète maintenant le regard d’un  fantôme très heureux. Bon vent, mon ami…mon frère…

    C’est idiot, mais si je devais refaire le chemin à l’envers, je crois que je l’accomplirais de nouveau assorti de mon  plus beau sourire. Même si j’ai toujours voulu viser la lune sans jamais pouvoir l’atteindre, j’estime aujourd’hui avoir vécu, l’espace d’un instant, dans les étoiles…C’est extraordinaire !

    Quelqu’un qui admire ceux qui ont fait de l’homme la priorité absolue…. » 

    Jean-Luc CALYEL  « GIGN. Les secrets d’une unité d’élite » p. 331 à 335, publié au Cherche Midi  en avril 2008. 

    Il nous éclaire, Jean-Luc. Il apporte ce qu’il a vécu, ce qu’il vit, ce qu’il voit. En prenant de la hauteur pour y voir plus clair.  

    De la hauteur comme  Yann Arthus-Bertrand, du côté des vivants, qui regarde en la photographiant la terre de haut mais d’assez près pour dire : prenez garde ! Ne détruisez pas notre mère la terre.

    De la hauteur comme Saint-Exupéry, du côté de ceux qui nous ont quittés, en pensant à l’homme dans l'avion de Vol de Nuit ou encore à l’occasion d’une panne en plein désert avec le Petit Prince et son « Apprivoise-moi ! … », prélude à une paix possible entre les hommes. 

    Les jeunes, méditez bien ces pages écrites par un homme qui a vécu au quotidien  les missions en urgence demandées à ceux du GIGN. Lisez et regardez bien le monde dans lequel nous vivons. Comme l’auteur, faites votre part personnelle du côté de  « ceux qui ont fait de l’homme la priorité absolue… »

    Allez voir les commentaires suscités par le billet du 22 juillet 2008 par le livre de Jean-Luc CALYEL sur le GIGN. Ils ont été rapides et denses. Très positifs aussi.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr