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  • Serre-Ponçon: un barrage d'exception

    Vous trouvez sur la page intitulée "index thèmes blog" les thèmes qui me paraissent les plus importants avec les jours où les trouver. Merci

    Mon beau-père, un ardéchois à la tête bien faite et bien pleine, ingénieur Arts et Métiers a été le super chef nécessaire à la réalisation du barrage de Serre-Ponçon. J’ai toujours beaucoup admiré cet homme qui disposait de la carrure indispensable du côté compétences pour mener à bien une telle tâche. Il a réalisé en France et à l’étranger bien d’autres grands chantiers avec, pour le métro de Marseille, une mise à jour mémorable de mammouths interrompant quelques jours le chantier. Pour « faire » Serre-Ponçon, il s’était installé à Gap. L’été dernier je suis passée là-bas dans les Hautes Alpes et ce jour me livre à domicile un excellent article sur ce barrage original à l’environnement de toute beauté. Signé Patrick Philipon, il est paru dans le numéro d’octobre 2008  de Vacances Bleues Magazine n°42, 60 rue Saint Jacques, 13006 Marseille, www.vacancesbleues.com, , infovb@vacancesbleues.com.

     

    « Serre-Ponçon, le géant des Hautes-Alpes  

    Soudain, il apparaît, au détour d’un virage. Une montagne de rocaille qui domine la route de ses 120 mètres de haut et 600 mètres de long. De l’autre côté de la vallée, tout en bas, on distingue l’entrée bétonnée de l’usine souterraine de production d’électricité Tout est démesuré à Serre-Ponçon : le barrage, l’usine, le lac, le chantier de construction, l’histoire. Sans doute parce qu’il fallait dompter une rivière elle aussi exceptionnelle, la Durance, l’ »eau vive » de Giono, alimentée par la fonte des neiges au printemps, capable de crues emportant tout sur leur passage comme de sécheresses désespérantes. Les crues catastrophiques de 1843 et 1856 inspirent les premiers projets d’aménagement. L’agriculture en pleine expansion et l’industrie naissante ne peuvent plus s’accommoder des humeurs de la Durance. Il faut un barrage pour retenir les eaux de printemps et les relâcher en fonction des besoins.

    Ivan Wilhelm, ingénieur des Ponts et Chaussées arrivé à Gap en 1893, y consacre une bonne part de sa vie. Dès 1909, il trouve le site idéal. En aval du confluent avec l’Ubaye, la vallée se resserre entre deux promontoires rocheux, Serre-Ponçon et Serre de Monge – ici, « serre » signifie « rocher ». Mais la rivière a accumulé un lit alluvial de 100 mètres d’épaisseur au fond de la passe. Il est impensable de construire un mur de béton sur une base aussi instable, d’autant que la région est sujette à des secousses sismiques. Le projet piétine durant des décennies. Après la Seconde Guerre mondiale, EDF nouvellement créée reprend les études. La solution technique vient des Etats-Unis, qui ont construit au Tennessee un barrage massif…en terre. Un matériau suffisamment meuble pour résister aux secousses et aux tassements. La question de l’étanchéité sera résolue en deux temps. En premier lieu, un mélange de ciment et de bentonite est injecté dans le lit alluvial jusqu’au soubassement de roche. Quant à la digue elle-même, c’est une sorte de « sandwich » comprenant une tranche d’argile emprisonnée entre deux tranches de terre et de roches alluviales. Le projet est déposé et accepté en 1951, les travaux proprement dits démarrent en 1955. Le gigantesque chantier, actif 20 heures par jour, occupera plusieurs milliers d’hommes durant six ans. Il faudra d’ailleurs créer des cités pour les loger. Tout d’abord on détourne la Durance par deux galeries creusées dans la roche de Serre de Monge. Puis commence la noria des Euclid, monstrueux engins américains emportant 60 tonnes d’argile, de pierres ou de terre à chaque voyage. Lentement, la digue monte. Epaisse de 650 mètres à sa base, elle exigera 30 millions de tonnes de matériaux !

    Dans le même temps, il faut construire les ponts, routes et voies ferrées nécessaires pour rétablir les communications interrompues par le futur lac. Quant à l’usine de production électrique, elle ne peut être installée dans une digue meuble. On adopte donc une solution radicale : creuser trois énormes galeries dans le roc de Serre de Monge, au pied du barrage. L’une pour les vannes d’arrivée d’eau, l’autre pour les turbines et alternateurs, la troisième pour les transformateurs. L’ensemble de l’installation peut résister aux plus violents tremblements de terre comme à un bombardement.

    La mise en eau durera de novembre 1959 à mai 1961. Deux hivers et deux printemps pour remplir un lac aussi grand que celui d’Annecy, contenant 1,3 milliard de mètres cubes d’eau. Et ce n’est qu’un début puisque le barrage de Serre-Ponçon constitue la tête de l’aménagement de toute la vallée de la Durance, achevé en 1992. Sur 250 kilomètres, jusqu’à l’étang de Berre, un chapelet de barrages et de centrales électriques peut aujourd’hui mobiliser en quelques minutes une puissance équivalente à deux réacteurs nucléaires. Et irriguer toute la Provence.  

    Patrick Philipon »

     

    Cet article peut vous inciter les jeunes à aller y voir de plus près. Via d’autres publications ou carrément sur place pour un tête à tête avec le plus grand barrage en terre d’Europe. Sur place où vous aurez aussi la possibilité de voir ce qui a été englouti sous les eaux et comment c’était avant. Le Muséoscope du lac à Rousset vous montrera la vie d’avant dans des vallées heureuses, la souffrance du départ forcé, la lutte, l’expropriation. Les villages actifs de cette zone agricole vivante, la gare de Prunières vont disparaître sous le lac. Avant la mise en eau, villages et arbres seront détruits pour ne pas gêner la navigation lors des basses eaux. Il ne reste, dominant le lac, que la chapelle Saint Michel. Passer sous les eaux d’un barrage a été le cas pour d’autres villages de France, Tignes par exemple. Quant au barrage des Trois Gorges pour  rester branché sur la Chine il a enfoui sous les eaux des modes de vie et des merveilles.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr (illustrations: en haut le barrage, en bas la chapelle Saint Michel)