Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

serge tribolet

  • Loi, sanction, peur, par Serge Tribolet

    Je relis ces jours-ci « L’abus de « psy » nuit à la santé » de Serge Tribolet, psychiatre, psychanalyste et docteur en philosophie, livre paru aux éditions Le Cherche Midi en 2006.

    Voici quelques pages que je vous propose, car on les a tous vécues en direct ou comme témoin.

    « Imaginez un monde dans lequel les citoyens se mettraient à appliquer totalement la loi, appliqueraient la totalité des lois. Quelles formes prendrait une telle société ? Quels seraient les rapports entre les hommes ? Cela commencerait par un arrêt total de toute activité, de tout échange, de toute initiative. Chacun serait figé dans l’application infinie des codes, des lois, des décrets, des notes ajoutées, des principes de précaution, des règles de prévention. Mais un deuxième temps succéderait à cette période de paralysie sociale : le temps de la guerre, le renversement du Pouvoir, de toute forme de pouvoir. En effet, les citoyens d’une telle société ne connaîtraient plus la peur lancinante d’être pris en flagrant délit de non-application totale de la loi. Cette peur est présente plus ou moins consciemment chez chaque citoyen de notre société, nous sommes à tout moment « sanctionnables », nous sommes des coupables potentiels, des hors-la-loi en puissance. Nous savons que la loi doit être appliquée et dans un même temps nous voyons bien que nous ne pouvons entièrement l’appliquer. Nous faisons « comme si »; nous feignons de l’appliquer tout entière et nous vivons avec cette épée de Damoclès par laquelle le Pouvoir nous indique notre faiblesse. Parce que la loi n’est pas toute applicable, nous n’osons lever la tête, et nous avançons en rasant les murs. Exemple pratique : il fait beau, promenade un dimanche à la campagne, vous roulez en voiture en respectant les limites de vitesse, permis de conduire et carte grise sont valides, vous n’avez rien à vous reprocher. Deux motards de la gendarmerie nationale vous stoppent pour un contrôle de papiers. Une inquiétude naît en, vous. Ils regardent vos pièces d’identité, ils font le tour du véhicule. Silence. Vous avez peur. Votre coeur palpite. Revenus à votre niveau, ils vous rendent les papiers, vous saluent et vous laissent repartir. Vous sentez votre gorge se desserrer, vous soufflez comme si vous aviez caché quelque chose, comme si vous veniez de sortir d’un piège, comme si vous étiez coupable d’un méfait qu’ils n’ont pas détecté…C’est tout le génie de la Loi : vous ne pouvez pas manquer de respect aux représentants de la force publique parce qu’ils ont la possibilité de vous sanctionner pour mille raisons : mille preuves que vous n’êtes pas en parfaite légalité (pneu sous-gonflé, détail technique non conforme, détail administratif incertain, etc.). Sachant que vous ne pouvez appliquer toute la loi, il ne vous reste plus qu’à la respecter. Rien de plus mais rien de moins. Il suffit de « faire semblant » tout en étant respectueux : deux modalités de survie dans la société du spectacle ». Le mot « respect » appartient au vocabulaire du spectacle (latin re- et spectus, participe passé de specere « regarder »), il signifie un regard en arrière, un regard sur la scène où se joue notre condition. C’est le grand théâtre du monde, « El Gran teatro del mundo » où « la vie tout entière n’est qu’une série de représentations ». (p.106-109)

    Serge Tribolet est responsable d’une unité d’hospitalisation et a publié plusieurs ouvrages. Mais il nous enseigne que c’est la philosophie qui lui a le plus appris sur l’homme.

    A l’heure du beaucoup sécuritaire, du multiple réglementaire, voilà des lignes à méditer les jeunes.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr

  • Serge Tribolet « L’abus de psy nuit à la santé »

    psy tri.jpgMon cadeau pour cette année 2010 est le choix, très réfléchi, de ce livre de Serge Tribolet paru en septembre 2006 et dont le titre interpelle. L’auteur « pouvait le faire », étant lui-même psychiatre. Il est paru aux éditions Le Cherche Midi http://www.cherche-midi.com où l’ami Arash Derambarsh est directeur du département politique et personnalités publiques. Arash vient de représenter excellemment la France au Qatar en participant au Salon international du Livre de Doha qui s’est tenu du 30 décembre 2009 au 10 janvier 2010, intervenant à double titre comme envoyé spécial de BSC News http://www.bscnews.fr/ et comme éditeur.

    Comment est présenté cet ouvrage de Serge Tribolet, veilleur et acteur bienveillant, travaillant comme psychiatre, formé à l’analyse et à la philosophie ? Il a un Doctorat acquis en Sorbonne.

    Voici ce qui est proposé sur la 4 ème page de couverture de son récit.

    « Et si la psychologie, la psychanalyse et la psychiatrie étaient devenues, par un étrange retournement, les symptômes de notre société ? Et sitribolet.jpg le scandale ne portait pas tellement sur l’usage exagéré des psychotropes, antidépresseurs et anxiolytiques, mais plutôt sur l’usage abusif de la psychiatrie elle-même ?

    Douze mille psychiatres, cinquante mille psychologues, sans compter les psychanalystes et les para-médicaux qui sont légion, une armée entière au service de tous, travaillant exclusivement pour notre bonheur et intervenant sans cesse dans les médias pour dire la norme et expliquer les règles d’une vie heureuse. Voilà le nouvel opium du peuple, l’arme d’abêtissement massif, le nouveau despotisme…

    Dans un essai qui devrait « marquer les esprits », Serge Tribolet veut montrer clairement les dangers d’une telle dérive et affirmer que le recours systématique aux « psys » est en soi, une maladie ! ».

    Cela pour 15 euros en 176 pages.

    La table indique une Préface de l’auteur, suivie d’un Eloge de la science. Un chapitre Idéologies arrive, puis un autre appelé Obscénité. L’antipsychologie n’est pas oubliée, suivie de L’abêtissement, pour conclure par une dernière partie Les petits hommes.

    C’est une mine que ce livre.

    Sans doute en raison du parcours de l’auteur qui souligne avoir appris, certes, avec la médecine, mais avoir appris davantage sur l’homme par la philosophie que par l’enseignement médical. Il est un ausculteur bienveillant et amical de l’humain, disposant aussi d’une grande culture. Et il a les pieds sur terre.

    Serge Tribolet, psychiatre, analyste et philosophe, dénonce dès le début de « L’abus de « psy » nuit à la santé », les excès en psy de notre époque. Le pouvoir des psys enserre tout !

    Le ton est donné dès les pages 12 et 13 : « L’omniprésence de ce pouvoir se mesure au nombre de citoyens impliqués dans une aide psychologique, au nombre des offres de soutien psy, aux prescriptions de soins psy dans la plupart des événements de la vie (traumatismes, échecs, accidents, perte d’un proche…), au marché que représente le psy dans les domaines des « nouvelles médecines » dites douces, des théories et des techniques psychothérapeutiques en tout genre, des stages de bien-être, des cellules de soutien…Il est à craindre que les paroles de Tocqueville, lorsqu’il imaginait les traits d’un pouvoir immense et tutélaire élevé au-dessus des peuples, ne correspondent plus désormais à une prévision mais à une description factuelle : il parlait d’un pouvoir qui se charge d’assurer la jouissance des citoyens et de veiller sur leur sort. (…)

    Je pense que cette espèce d’oppression, pour laquelle Tocqueville ne trouvait pas de nom approprié, est un effet de la science et se dissimule aujourd’hui sous le masque du psy. Du psy dans tous ses états à l’étatisation du psy…il est temps de lever le masque ! »

     

    Et puis quelques petits cailloux en découverte semés tel un Petit Poucet à l’heure du Net.

    Des extraits de L’Eloge de la science d’abord. « Pendant mes études de médecine, la science m’a toujours entouré, nourri, entretenu. J’ai suivi le mouvement comme l’âne suit la carotte.» (p. 29)

    «  Grâce à vous mes amis je sais ce que jamais la science ne me dira, j’ai gardé en mémoire ce que vous m’aviez appris ». (p 30)

    « Je reste devant les portes closes, les portes par lesquelles la science enferme ce monde. (…) J’ai appris qu’il ne faut pas exiger de la médecine ce qu’elle ne peut donner. La médecine n’apprend pas l’homme, elle apprend l’organe, elle ne fait pas l’homme de l’art, elle forme des hommes de science. La médecine n’est plus un art, elle est une « technicité surveillée » par des techniciens de la santé qui comptent parmi eux des statisticiens, des économistes, des administrateurs en tout genre et parfois quelques médecins » (p. 31)

    « Malgré la concordance entre les arguments de l’antipsychiatrie et certaines de mes déceptions, je ne me suis jamais considéré comme un antipsychiatre… »(…) je n’ai jamais été convaincu par l’idée (toutefois séduisante) selon laquelle ce n’est pas le malade qu’il faut soigner mais la société. Ma motivation est restée intacte pour poursuivre la voie de mon exercice hospitalier, au cœur même de " l’institution psychiatrique " (...).

    L’auteur a « en permanence la ferme volonté de servir ceux qui souffrent, diminuer la douleur morale, être présent dans les situations extrêmes de rejet, de violence, de délires hallucinatoires, de mélancolie, d’angoisse, d’effondrement de la réalité, etc… » (p. 34 - 37)

    Est venue sa rencontre avec la psychanalyse : Freud et Lacan.

    Au chapitre Idéologies que nous dit–il ?

    « Toute idéologie participe d’un même idéal : l’exclusion du sujet. (…) Le sujet est l’individu même. Il représente un échec pour la science qui use de toutes ses armes pour en venir à bout, elle voudrait en faire un objet manipulable à souhait. (…) Psychologie et psychiatrie sont des systèmes idéologiques, à ce titre elles sont les lieux d’enfermement de la pensée. » (p. 50-51)

    L’auteur a les mots qu’il faut quant à la folie. De même quand il parle de la foi et de l’art.

    L’obscénité, c’est quoi ?

    « L’obscénité est le plancher sur lequel se joue la « société du spectacle ». (p.75)

    Qu’est-ce que L’antipsychologie ?

    « La psychanalyse se présente comme une antipsychologie. (…) Tandis que la psychologie va tout mettre en œuvre pour comprendre votre souffrance, circonscrire votre symptôme, saisir les liens de causalité entre chacune des parcelles de votre quotidien, la psychanalyse choisit une voie opposée. Elle ne prend pas le chemin de la compréhension. « Gardez-vous de comprendre », répétait inlassablement Lacan tout au long de son enseignement; » ( p. 86-87)

    « La bonne morale est essaimée et assénée aujourd’hui dans les médias par les psychiatres et psychologues. Le normal et le pathologique sont devenus le bien et le mal dans le domaine moral. » (p. 94)

    « L’incompréhensibilité des propos de mes patients schizophrènes tient justement au fait que le délire tente l’expression d’un savoir qui échappe à la compréhension. Cette dernière étant l’apanage de la science, ses limites sont celles de l’objectivation et du rationnel, elle ne passe pas les frontières du monde des objets, objets matériels, objets-concepts, objets rêvés ou fantasmés, objets mathématisés… Mais au-delà de ce monde, au-delà des phénomènes objectivés, il y a quelque chose qui échappe à la compréhension, donc à la science, donc à la psychologie ». (p.111)

    « L’abêtissement du citoyen est une étape de l’évolution de notre société soumise aux lois de la science. (…) Ce que j’observe n’est pas un rapprochement des hommes entre eux mais un rapprochement entre l’homme et la technique. (…) La médecine ne soigne plus, elle répare. La psychologie considère le psychisme comme un système de fonctions cognitives, de conditionnements, de circuits réflexes; elle intègre l’homme tout entier dans un affligeant modèle bio-psycho-social, véritable tarte à la crème proposée par les techniciens de la psyché : les comportementalistes, les cognitivistes, les biologistes, les « psychiatristes »

    L’abêtissement à l’œuvre dans notre société trouve son meilleur ferment dans la vie de couple. » (p. 124-125)

    Ce couple « plus facilement manipulable que le citoyen isolé » (p.131)

    Et ceci, en point d’orgue à ce chapitre : « J’affirme que la folie est un bienfait pour l’humanité parce qu’elle est le lieu d’un savoir, elle dit sur l’home plus que toute sa science ne lui permettra jamais d’entendre. Seuls les petits hommes redoutent ce qu’elle peut dire ». (p.147)

    On découvre Les petits hommes, chapitre qui affronte la santé mentale, le droit à la santé, les droits sociaux, la recherche pharmacologique avec ses coûts et conséquences. Et l’inversion du « principe hippocratique » qui « est devenu : à tel traitement correspond telle maladie » (p.165).

    Avec cette réflexion : « Véritable logique surréaliste : nous ne donnons plus un traitement au patient mais un patient au traitement ! » (p.164)

    Au nom des erreurs commises au nom du consensus, Serge Tribolet conclut son livre par cette phrase : « Puisse mon livre ne jamais devenir consensuel ». p.175)

    J’espère ne pas avoir trahi l’esprit de cet ouvrage.

    Pour information Serge Tribolet, confrère très à l’écoute des réalités de l’existence, n’en est pas à son premier ouvrage. Cet auteur intéressant a publié dès 2003 aux Heures de France « Le guide pratique de psychiatrie » coécrit avec Christophe Paradas. En 2004 il a offert « La folie, un bienfait pour l’humanité » édité chez Santé, en 2004, suivi en 2006 d’un constat « L’abus de "psy" nuit à la santé ». En 2008 ce fut « Freud, Lacan, Dolto enfin expliqués », paru aux éditions L’Esprit du temps. Il a apporté, en octobre 2009, aux côtés de Marc Menant, un regard inédit sur le surnaturel aux « phénomènes inexpliqués ou inexplicables » (4 ème de couverture) dans « Bien réel le surnaturel et pourtant …. » édité chez Alphée-Jean-Paul Bertrand. Tous ces livres témoignent d’une grande ouverture d’esprit.

    Outre sa responsabilité d’une unité d’hospitalisation à l’hôpital Maison Blanche à Paris, il est présent à la télévision dans des émissions grand public, C dans l’Air par exemple.

    Je connais des psychologues, des psychiatres, des psychanalystes que je peux qualifier de « raisonnables ». Ils n’hésitent pas à le dire : si un jeune n’a pas besoin d’eux, le bilan étant correct, pas de suivi, surtout pas !

    Aussi pour veiller vous-même, les jeunes, faites-vous offrir ce livre de Serge Tribolet ou réclamez-le à votre bibliothèque. A une époque où aux USA - dans certains états pas tous - fleurit la mise sous contrainte médicamenteuse de millions d’enfants qui n’ont pas besoins d’être ainsi « drogués », à une époque où les « psythérapeutes » – formés ou autoproclamés – envahissent la vie quotidienne, c’est à vous, moins de 18 ans, qu’il convient de rester l’esprit clair pour aujourd’hui et demain afin de demeurer libres.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr (illustration : à gauche couverture du livre « L’abus de psy nuit à la santé »; à droite Serge Tribolet).