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  • L'Occident est-il encore chrétien ?

    Suite aux objectifs proposés par Arash Derembarsh, Président de Facebook, un sujet proposé en avril 1993 par la mairie de Paris pour un concours administratif m'a re-interpellée. Le titre de cette épreuve m'avait laissée dubitativecar il s'agissait de répondre à la question ci-après: l'Occident est-il encore chrétien ?

    De 1993 à 2008, en 15 ans, la vie a bougé comme tout ce qui concerne le vivant mais à un rythme accéléré. Ce qui était vrai en 1993 peut le demeurer en 2008. Je veux dire par là  pour certains une vie plus facile, plus confortable ... du côté des objets possédés et des assurances diverses de tranquillité, alors que pour une partie de plus en plus élevée de la population se multipliaient les heures de chômage, le logement dans la rue, les délabrements sans fin du côté de la santé, la mal bouffe ou la non bouffe ...

    Dans ce contexte de souffrances, en 2008, l'Europe était toujours en cours de construction, cette Europe que Charlemagne avait su constituer et tenir dans ses mains. Une Europe différente de la région Europe définie par l'O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé) qui inclut la Russie.

    Avec ou sans Russie - resté pays d'icônes et d'orthodoxie - qu'était-ce qu'être chrétien en occident ?(être chrétien c'est croire en Christ, ce qui englobe catholiques, protestants, ...). Si l'on se tient à la France et aux repères des seuls catholiques romains, qui suivent le pape "régnant" sur la Cité du Vatican à Rome en Italie, cela donnait ce qui suit.

    Durant de nombreux siècles il a existé en France une alliance entre l'Eglise et le pouvoir civil. Etre chérétien induisait au plan du comportement visible une intrication profonde entre vie laïque et vie religieuse, ce qui s'exprimait par des actes posés au long de la vie, au long de l'année, au long de la semaine, cela de façon individuelle et collective.

    Au long de la vie avaient cours un certain nombre de cérémonies ou de sacrements, avec éventuellement accompagnement de réjouissances profanes. Ainsi le baptême religieux suivait de près la venue au monde d'un nouveau-né; ensuite confession et communion prenaient place; puis la confirmation; à un âge souvent plus avancé le mariage religieux ou encore une consécration religieuse ( prêtrise, vie religieux ou religieuse consacrée) - les célibataires "endrucis" ne se voyant rien proposer de particulier; le sacrement des malades (viatique) ou l'extême- onction pour les mourants; l'enterrement religieux les cimetières étant souvant accolés à l'église.  

    Au long des années, le cycle liturgique se déroulait rituellement avec la messe du dimanche; les fêtes dites d'obligation (Noël, Pâques, Ascension, Assomption, Toussaint) et de nombreux jours de fête qui étaient autant de jours chômés - mais pas au sens du "chômage" actuel; la confession et la communion - au moins pour "faire ses Pâques" - obligation majeure parmi les obligations; le jeûne durant le Carême - période précédant la fête de Pâques (= résurrection du Christ) avec abstinence le vendredi où la viande - interdite ce jour tout au long de l'année en mémoire de la mort du Christ ce jour là - était remplacé par le poisson sur les tables; avec la venue du Printemps les processions des Rogations 3 matins de suite dans la campagne pour bénir les futures récoltes; le mois de Mai, objet de prières adressées à la mère de Jésus était nommé "le mois de Marie"; l'aumône, la prière, des pénitences avaient aussi cours. 

    Au long de la semaine: le "sou" donné aux pauvres ( aujourd'hui on parle de l'Euro), la bonne action quotidienne,la prière du matin et la prière du soir, la récitation du chapelet, l'angélus - qui rythme la journée en rappelant l'annonce faite à Marie par un ange de devenir la mère de Jésus dit encore Christ; etc...     

    Que restait-il de cette manière d'être chrétien en 1993 ou en 2008 ? Le côté formel de pratiques multiples sans que le coeur y soit toujours présent a été l'objet de critiques nombreuses. En particulier l'intrication du pouvoir politique avec le pouvoir religieux

    Ceci étant dans la France de 2008 une grande partie de la population est encore baptisée et est l'objet d'un enterrement chrétien. Même si, comme il est annoncé ces jours-ci, pour la première fois le nombre de naissances hors mariage a dépassé celui des nouveaux-nés dans un cadre d'épousailles.

    Pour le reste, au long de la vie, le baptême religieux subsiste à la naissance mais il est bien moins systématique. Il y a actuellement un nombre croissant de baptêmes d'adultes qui sont préparés à cela. La communion précédée de confession a encore lieu. Mais l'accès à la confirmation régresse. Le mariage religieux est encore présent mais un peu moins fréquent, le mariage civil étant lui-même objet d'un certain délaissement. Il y a moins de prêtres dans les campagnes - à l'inverse de ce qui est observé sur le continent africçan qui déborde de vocations - donc moins de messes proposées; les couvents religieux se vident, remplacés deci-delà par d'autres formes d'engagement en collectivité. On ne parle plus beaucoup de viatique ou d'extême onction. Les mois de Marie s'estompent. Les églises se vident. L'enterrement religieux reste encore assez présent.

    Au long de l'année, la messe du dimanche - ou la messe anticipée du samedi - est de plus en plus délaissée, exception faite pour Noël et Pâque, occasions pour lesquelles le églises sont pleines; ou bien, à Paris, certaines messes avec un public portugais ou espagnol atteignent un taux de fréquentation remarquable, les traditions étant respectées. La confession individuelle (= aveu individuel de ses fautes) n'a quasiment plus lieu par manque de candidats et de prêtres. Les communions au corps du Christ par le moyen de l'hostie consacrée ou du vin consacré sont moins fréquentes. Les processions des Rogations ont quasiment disparu. Le chapelet à Marie du mois de Mai s'estompe. Le jeûne physique est remplacé par le jeûne de la télévision, de sorties, etc...L'amône, la prière subsistent se faisant plus discrètes.

    Au long de la semaine les "pratiques" ont diminué. L'Angélus n'est plus sonné pour ne pas déranger. La prière devient oubliée et il y a une désaffection d'ensemble pour toutes les pratiques antérieurement observées et respectées  dans un monde de plus en plus stressant, pressé, suroccupé par le matériel et qui court sans fin.

    Pourquoi cela ? comme le monde a évolué, l'église - je veux dire l'ensemble des chrétiens - connaît aussi de multiples changements en parallèle.

    Il peit y avoir une inadaptation pratique ; ainsi les processions des Rogations, aisées dans un univers sans véhicule et rural sont devenues impossibles à réaliser en ville au milue de la circulation automobile - à moins de fermer des rues quelque temps. Encore faudrait-il qu'outre le sens d'un tel événement il y ait assez de personnes pour une vraie procession et non une caricature. Ceci étant il existe une foule de bénédictions pour nombre de choses: de la voiture outil de travail à la demeure nouvelle dans laquelle on s'installe.

    Autre indaptation: celle qui entraîne dans une course sans fin, à commencer par les très jeunes qui, outre l'obligation scolaire, sont presque soumis à une obligation "d'avoir des activités" ou "de faire des activités", perdant au fils des ans leurs capacités à créer, à rêver, à inventer sauf dispositions leur permettant de s'évader malgré tout hors des carcans qui leur sont imposés.

    Inadaptation en un monde de consommation de biens matériels, consommation en quantité où s'installe l'habitude de consommer aussi, sur la lancée du quotidien, du temps de prêtre aux pôles de l'existence - naissance et mort - avec éventuellement le mariage quand il a lieu religieusement  après la cérémonie à l'hôtel de ville.

    Bien d'autres phénomènes rendent la pratique chrétienne un peu ringarde. L'attraction de sectes nouvelles multiples  vantant à coup de publicité parfois tapageuse une vie de bonheur assurée à 100% après cette vie, les membres étant convaincus de cela par leur chef ou "gourou"; désir d'un au-delà de délices dans lequel certains se hâtent parfois précipitemment par le moyen de suicides collectifs organisés. 

    Attraction par l'Islam qui ne craint pas de s'afficher, lui, à l'inverse de la frilosité acquise au fils des siècles par un monde chrétien sans secousses. Attraction par un Islam respectueux du message laissé par son prophète, Mahomet, et soucieux de ne pas se diluer en terre chrétienne.

    Attraction de pensées philosophiques diverses, en particulier du boudhisme, du taoïsme, etc...

    Attraction non nouvelle des paradis artificiels générés par une consommation de drogues illicites ou licites.

    Ce qui me semble le pire en ce monde où prévaut le matériel est l'abandon par chaque être de sa partie spirituelle, oubli majeur conduisanrt au déséquilibre personnel et aux déséquilibres collectifs... car tout le monde n'a pas la chance d'être relié, fût-ce sans le savoir, à sa vie spirituelle par l'un des canaux multiples et puissants de l'art, ce langage universel jailli de la création. Des fractures se produisent, insidieusement d'abord, de manière plus prégnante ensuite, entre le comportement individuel et collectif. Les chrétiens abandonnent en premier leurs pratiques collectives, se ratatinent sur une religion de plus en plus personnelle d'où la prière ou la pensée spirituelle disparaît au fil du temps. Il n'y a plus de temps pour le Christ, il n'y a plus de temps pour Dieu et il finit par ne plus y avoir de temps...même pour le voisin de palier.

    Si l'on prend le temps de regarder attentivement par-delà cette apparente régression du comportement chrétien en occident, n'apparaît-il pas une nouvelle façon de la manière d'être encore chrétien en Occident ?

    Si la France chrétienne de 2008  semble en régression, il y aurait malgré tout le surgissement d'axes neufs capables de concurrencer la recherche d'un aillleurs par des chemins sans issue. Il y aurait jaillissements innovants par des hommes et des femmes porteurs de renouveau et capables d'être porteurs de générosité, d'enthousiasme, capables d'entraîner une jeunesse toujours ardente à apporter à la vie quotidienne ce qu'elle a de meilleur pour le bien de tous et le mieux être de chacun. Jeunesse qui ne craint pas l'effort ni le dépassement, ni l'atteinte d'un but difficile mais que des adultes découragés découragent en éteignant le feu propre à ces vies toutes neuves. Jeunesse qui n'est pas écoutée, qui est maintenue en laisse, et dont ces mêmes adultes, porteurs d'éteignoirs de flamme,  ne vont pas manquer de décrier la moindre initiative!

    Il reste, bien sûr, une façon traditionaliste d'être chrétien; et cette minorité n'est pas forcément hypocrite. Seul Dieus connaît le fond des coeurs.

    Il est certain de nombre d'églises sont désertées, fermées, proposées à la vente pour une reconversion permettant de garder un certain patrimoine historique et architectural.

    Les lieux de culte qui restent ouverts et fréquentés le sont par une minorité plus sincère et plus fervente qui sont une petite fraction plus et mieux agissante. Une ouverture de ces lieux se fait AUSSI vers l'extérieur, conviant voisins non pratiquants ou éventuellemnt d'une autre religion à participer à des repas c ollectifs ou à des moments festifs. Les verres de l'amlitié fleurissent. 

    En dehors des églises édifices il se fait de grands rassemblements de jeunes autour de leaders naturels - laïcs ou religieux/religieuses. Ainsi en est-il du pélerinage des étudiants à Notre Dame de Chartres. Ainsi en est-il des journées du FRAT en région parisienne et de nombreux autres événements. Des journées mondiales de la jeunesse ont été lancées par le Pape. Des mouvements de Renouveau se déploient.

    A Paris, la tradition de la procession de la chasse de sainte Geneviève à l'occasion de sa fête début Janvier a été remise à l'honneur avec participation des édiles municipaux et sous leur impulsion; cette procession s'est rendue debut 2008 jusqu'à la statue de la patronne de Paris réalisée par Landowski.

    En France de nombreux lieux de pélerinage sont fréquentés: la chapelle de la rue du Bac à Paris, Lourdes, La Salette, Paray le Monial,etc... Au Portugal, Fatima est un lieu très important et en Espagne Saint Jacques de Compostelle est le but de marches pélerines, y compris celle accomplie en famille en août dernier par Jean-Pierre Raffarin - également habitué de l'abbaye de saint Martin de Ligugé près de Poitiers. 

    La lecture de la Bible a été mise à l'ordre du jour par l'église catholique romaine; et cela peut aider à un certain oecuménisme.

    Des associations de bénévoles chrétiens apportent leur aide pour le service des plus démunis (logement, aide alimentaire, soutien familial, visites aux personnes âgées isolées, visites aux malades, etc...).  

    Il se passeraitr donc quelque chose de moins formel et de moins guindé qu'avant, de plus sincère sans doute, avec une quantité moindre de personnes mais de qualité meilleure, une foi plus vive, un dynamisme qui est de celui qui peut faire déplacer les montagnes et qui rayonne de joie au niveau de certains groupes ou de certaines personnes. Des chrétiens qui ont troqué morosité et frilosité contre un allant positif et sans juger les autres, ces non chrétiens ou ces athées affirmés qui sont tout aussi capables d'apporter aide et assistance à qui en a besoin et qui le font au nom de ce qu'ils pensent être une élémentaire humanité.

    Ne pas juger. Ne pas condamner. Ne pas craindre. Oser monter ce qu'ils sont sans choquer personne ni provoquer, chrétiens allant à contrecourant d'un laxisme général, d'un laisser aller sympathique qui peut devenir esxcessif.

    Les actes autant que la Foi semblent la marque dees chrétiens en Occident aujourd'hui. C'est autre chose que ce qui semblait être la manière d'être chrétien jadis - où les actes pouvaient être absents ou formels ou discrets.  

    La manière d'être chrétien en cette période a, elle aussi, évolué avec les changements du fond socio-cuolturel. S'il y a une moindre fréquentation quantitative et formelle des cérémonies religieuses, il se peut que le petit nombre soit constitué de chrétiens plus authentiques, vrai "ferment dans la pâte", et que sur des bases apparemment plus réduites mais intrinséquement plus solides, un mode de vie authentiquement chrétien dans l'axe de l'Evangile soit en train de se constituer. Ce qui permet de penser que l'Occident est encore chrétien et peut le rester.

    Cette réflexion sur la question: l'occident est-il encore chrétien ? me laisse finalement plus perplexe en 2008 qu'en 1993.

    A titre de rappel, avant l'élection présidentielle de 2007, chaque candidat avait donné sa situation quant à la religion dans le numéro 3214 de La Vie paru le 5 avril. Dont Nicolas SARKOZY, notre Président de la République.

    Et vous les jeunes ? chrétiens ou pas ? branchés ou non sur une religion ou une philosophie ? A part la présence de magnifiques cathédrales et chapelles, celle de monastères à la vie mémorable ? comment répondriez-vous à cette question? 

    contact: francoiseboisseau@wanadoo.fr