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muriel bloch

  • Mahura, un conte pour tous les âges

    Vous trouvez sur la page intitulée "index thèmes blog" les thèmes qui me paraissent les plus importants avec les jours où les trouvez . Merci.      20 septembre: 75 visites, 218 pages;

    Mahura, la fille qui travaillait trop 

    En ce temps là, le Ciel vivait sur la Terre. Ses fils, les Nuages, tourbillonnaient et roulaient au ras du sol, s’accrochant aux branches d’acacias. Sa fille, la Pluie, adorait arroser le monde du haut des grands palmiers et son plus grand plaisir était de se mêler aux eaux joyeuses des fleuves. D’ailleurs, en bons voisins, le Ciel et la Terre se rendaient de menus services. Par exemple, quand la sécheresse sévissait, la Terre s’adressait directement au Ciel pour arroser ses champs et abreuver ses bêtes. Et le Ciel lui envoyait la fille la Pluie…

     

    Mais un jour, la Terre eut une fille, Mahura. Aussi intelligente que belle et très attachée à sa mère, Mahura n’avait qu’un défaut : elle travaillait trop.

     

    Chaque soir, à la même heure, Mahura sortait son grand mortier de la case maternelle et pilait (note personnelle : le conte peut se situer en Afrique où l’on pile le mil), écrasait, broyait les grains de mil et les racines de manioc. Elle pilait, pilait, inlassablement. Masi le pilon était long, si long, que chaque fois qu’elle le soulevait, il venait cogner douloureusement le front du Ciel.

     

    « Oh ! pardon, Ciel ! »  s’excusait-elle. « Veux-tu te pousser un peu ? Je n’ai pas assez de place pour mon pilon.» 

     

    Et le Ciel, maugréant et se frottant la bosse qu’il avait au front, se baissait un peu.

     

    Mahura poursuivait sa besogne. Un, deux, trois coups de pilon !

     

    « Ah ! pardon, Ciel ! » s’exclamait la jolie fille toute à son ouvrage. « Pousse-toi encore, veux-tu ? » 

     

    Et le Ciel de se hausser encore, aussi furieux qu’embarrassé : que faire, en effet, contre une fille qui travaille avec tant d’ardeur ?

     

    Mahura, quant à elle, pilait toujours. Et plus elle pilait, plus le pilon s’allongeait, s’allongeait, et heurtait le Ciel qui s’éloignait chaque soir un peu plus, emportant avec lui ses fils , les  Nuages facétieux, et sa fille, la Pluie, qui pleurait, pleurait …

     

    Tous les jours, la même scène se renouvelait. Il n’en pouvait vraiment plus, le Ciel ! Son front était tout bosselé et tuméfié par le pilon de Mahura.

     

    Uns soir, il résolut d’en finir. Il venait de recevoir tant de coups qu’il se fâcha !

     

    « Ah, tenez, je vous abandonne. Prenez-la donc, votre Terre, et gardez-la pour vous ! Là où je vais, foi de Ciel, jamais pilon ne m’atteindra ! Adieu ! »

     

    Rappelant alors à lui les myriades de petits nuages et la Pluie désolée d’abandonner fleuves et marigots, le Ciel s’en alla si haut, si haut, que la Terre s’en inquiéta : et s’il allait disparaître ?

     

    Mahuré, elle resta près de sa mère avec son pilon, son mortier et ses grains. Un jour pourtant, le Ciel lui manqua. Les Nuages la saluaient de trop loin à présent, et la jolie Pluie n’avait plus aucune conversation tant elle était fatiguée en tombant de si haut.  Alors, Mahura voulut se faire pardonner : dans l’eau du fleuve elle trouva une énorme pépite d’or et au fond d’une caverne elle ramassa un beau caillou d’argent. A la pépite, elle donna le nom de Soleil et au caillou celui de Lune. Puis elle les expédia bien vite là-haut, tout là-haut, avec des messages d’amitié pour le Ciel.

     

    Si vous ne croyez pas cette histoire, levez donc la tête un soir d »té : vous vous apercevrez alors que les étoiles, si brillantes au firmament, ne sont que les cicatrices des coups portés par Mahura au front du Ciel !

     

    D’ailleurs ne dit-on pas de la Lune qu’elle brille comme de l’argent, et du Soleil qu’il est d’or ?

     

    365 conte pour tus les âges de Muriel Bloch. Editions Gallimard Jeunesse. Giboulées.  

     

    Dégustez ce conte ! Quel que soit votre âge, écrivez-en si ça vous dit et faites-les connaître !

    Contact: francoiseboisseau@wanadoo.fr