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magistrat

  • Philippe Bilger,Arash Derambarsh, et Etats d’âme et de droit

    Il y a sur la page intitulée "index thèmes blog" les sujets récapitulés avec les jours où les trouver. Merci.

      

    C'est fait. Il est entre mes mains. Je le feuillette. Je le lis.arash der.jpg

    bilgerEtats.gifBilgerPhil.jpgCelui par qui cet ouvrage est arrivé se nomme Arash Derambarsh et est directeur du département politique et personnalités publiques au  Cherche Midi  http://www.cherche-midi.com. Cet ami ne cache pas son admiration pour ce « modèle », l’avocat général Philippe BILGER, auteur d'« Etats d’âme et de droit » paru en mars 2009 aux Editions Le Cherche Midi. Dans ce neuvième livre, il se dévoile, servi par une écriture claire, simple ponctuée parfois de naïveté – c’est lui qui l’indique. 

     

    Il mérite le respect ce magistrat passionné, apte à la polémique, qui a su garder sa liberté de penser au sein de l’institution judiciaire et réalise un blog à l’écriture limpide. 

      

    Sans lien particulier de proximité avec la justice – ma parentèle est plutôt truffée d’ingénieurs -,  j’ai attaqué ce livre par la partie famille - Voyage au fond de soi - qui occupe, à elle seule, environ le cinquième de l’ouvrage  (42 pages sur 222). Le petit garçon devenu grand et avocat général à la cour d’appel de paris est pétri d’attachement familial. Il m’a émue par ce qu’il révèle de son parcours familial. Je l’ai mieux compris, alors.

     

    Après trois pages de bilan sur La France en manque, on aborde la question de la nouvelle atmosphère française par un chapitre intitulé Un président en rupture. Il s’agit de Nicolas Sarkozy qui, par la manière dont il ressent la fonction de Président de la République, impose tout naturellement un style qui lui est propre. Sont regardées, sur fond général de société, des manifestations telles que celle du salon de l’Agriculture de 2007, un Bernard Kouchner saisi les pieds sur son bureau ou encore un DSK (Dominique Strauss-Kahn) pris en faute comme un gamin. On l’a compris : l’auteur ne goûte guère la déliquescence de « la courtoisie et de l’élégance » (p.24). Comme Philippe Bilger ne perçoit pas la possible réalité d’une séparation entre vie publique et vie privée, cette perte de tenue s’étale de la vie privée à la vie publique. Montrant ce que l’on voit. Or, pour l’auteur - et j’en suis d’accord -, «Tout se tient, du privé au public, et les leçons que l’autorité dispense, elle ne peut pas se permettre de les violer dans le cours ordinaire des jours ». (p. 30)

     

    Après cette mise en bouche, on accède à une étape importante dans la vie du magistrat avec L’homme est un blog. En novembre 2005 « Justice à l’écoute  » voit le jour pour arriver, en matière de justice, à « une communication libre et spontanée avec le peuple ». (p. 35) On imagine la suite : des satisfactions, des déceptions, au final un bilan positif avec une transformation assez rapide du nom en «Justice au singulier » www.philippebilger.com mieux adapté. J’ai découvert dans ce chapitre comment le rédacteur rendait possible la rencontre entre le contenu de ses billets et « L‘obligation de réserve du  magistrat » (p.42). Lequel nous parle ensuite des médias traditionnels, de certains « people ». L’essentiel pour l’auteur ressort, à la fin, où il affiche sa fierté de : « ne jamais transiger avec la dénonciation, même dérisoire, des importants et avec la sauvegarde des petits ». (p.53)

     

    Un regard sur Rachida Dati se révèle être un chapitre particulièrement intéressant en raison de l’honnêteté intellectuelle et de l’intégrité morale de Philippe Bilger. On suit parfaitement  la trajectoire du Garde des Sceaux. Les modulations relationnelles avec le Président de la République - dont l’omission par le Ministre de la Justice de « changer de braquet  puisque le président avait modifié sa propre allure ». (p. 69) ». Les attaques renouvelées à plusieurs reprises contre le Ministre de la Justice et le moment où l’avocat général se démarque de cette magistrature excessive tombée « dans le cirque des slogans, des pancartes et des vulgarités » (p. 72). C’est à partir de la manifestation du 23 octobre 2008, alors que sont présents sur les marches du Palais de Justice de Paris tous les personnels judiciaires, que Philippe Bilger rompt avec les autres. Sur son blog il analyse le pourquoi de cette hostilité et exprime son refus d’être présent à une telle manifestation. Il précise : "Enfin, je n’étais pas obsédé par la nature de la relation qui nous unissait, nous opposait au garde des Sceaux car j’étais beaucoup plus préoccupé par le rapport dégradé,  le délitement de la confiance et de l’estime entre le peuple et la magistrature » (p.73).

    Quelques jours plus un appel téléphonique du Garde des Sceaux le convie à un petit déjeuner en tête à tête le 11 novembre. Il découvre alors « une femme acharnée à se défendre et à convaincre, consciente de certaines de ses faiblesses mais persuadée aussi qu’une part de la magistrature, pour ne pas parler des manipulations médiatiques, lui était foncièrement hostiles » (p.74).

    La fronde de 534 magistrats qui, le 17 novembre, réclament des «excuses publiques du garde des Sceaux » (p.75) n’est pas passée sous silence. L’avocat général prend plus encore ses distances, exprimant ceci : « Nicolas Sarkozy  (…) ne laissera jamais Rachida Dati, « son » symbole, son inconditionnelle et sa battante, sur le sable de la vie publique. Il y aura toujours quelque chose pour elle» (p. 79-80). Et cela : « ce qui permet d’évaluer la réussite d’un ministre, c’est ce qu’on lui a demandé et ce qu’il a accompli. A cette aune, Rachida Dati, vaillant petit soldat, doit être inscrite au tableau d’honneur. Presque toute seule » (p.82).

     

    Je ne m’attarderai pas sur La justice en vrac me contentant de faire deux citations :

    « Durant la campagne présidentielle j’avais été frappé, en dépit de l’intense travail accompli par l’UMP dans ses conventions, par la rareté des thèmes judiciaires véritablement traités dans les discours et les entretiens du candidat. Comme s’il avait voulu s’emparer dans le vivier mis à sa disposition des seules propositions fondamentales qui seraient forcément approuvées par l’opinion publique » (p. 83)

    « Il ne faudrait pas se méprendre sur l’apparence et laisser croire que le corps judiciaire, parce qu’on parle beaucoup de lui et qu’il lui arrive de protester, est enfin arrivé dans la cour des grands.

      En réalité, l’incompréhension aigre du monde politique à son égard n’a pas diminué. La même inculture phénoménale chez les parlementaires laisse pantois ceux qui s’étonnent qu’on puisse être législateur sans avoir une culture de base dans le domaine dont on s’occupe. Pour la justice et son vocabulaire, que d’ignorances et, pire, que d’indifférences » (p. 103).

     

    A mi-parcours de l’ouvrage se place le chapitre familial évoqué au début, avec l’importance du parcours du papa, une mère admirable, une fratrie – sœur et frères - solide, une bonne éducation. Avec la conclusion en page 156 : « Depuis des années, je sens l’homme public, qu’a été mon père, en moi. Je me regarde et je perçois sa force, son instinct, la violence nue de sa parle, sa rusticité, son audace. Il vit, parle et agit en moi. (…)

     Et si ma passion professionnelle m’a conduit à affronter les accusés, à les écouter, peut-être à

    les comprendre, c’est évidemment parce que mon père a été accusé, qu’il a été condamné et

    qu’on ne chasse pas aisément son père de soi.

     C’est même impossible » (p.156).

     

    Arrive La cour d’assises à nu. C’est un chapitre plus technique avec un état des lieux.

    «Dans cet échange entre le ministère public d’hier et l’accusateur d’aujourd’hui, il y a bien plus qu’une différence de caractère, plus qu’une autre manière d’exercer la même mission, plus que le passage du temps. Il y a une société qui hier avait confiance en nous et qui aujourd’hui se défie de nous. Ce qui allait de soi pour elle, nous avons à l’établir. Les évidences d’antan sont devenus  plus que des interrogations et presque des mensonges» (p.164-165).

    Certaines figures sont évoquées. Ainsi Eric Dupont-Moretti, ce maitre « terreur » des palais. Le changement des jurys qui de « notables » avant 1978 sont passés à des jurys ordinaires, à  partir des listes électorales. Ce qui donne que : « Chaque citoyen et donc chaque juré n’éprouve plus qu’une obsession et une envie : celles de montrer qu’il existe, qu’il est libre et, par conséquent, volontiers opposé à ce qui manifeste le plus ostensiblement le conformisme et les certitudes ancrées : l’autorité et la loi » (p. 173).

    Dans ce contexte, la qualité du président est essentielle. Ce n’est pas si fréquent. Seuls deux sont cités.  

    On peut frémir ensuite quand Philippe Bilger rend compte du « mépris subtil des « petits » » (p. 180) et autres moqueries ou désinvoltures. Ensuite c’est « la préparation des audiences, des listes de témoins et d’experts » (p.188) qui semble faite trop à la va-vite.

     

    Recherche intellectuels désespérément. Le cri du cœur de l’avocat général qui dit nettement ce qu’il pense de personnes très présentes à nos oreilles. Plus préoccupées de pouvoir, d’agitation, de paillettes.

    Que manque-t-il ? L’intégrité. Une intégrité sans faille. La morale également fait défaut.

    Ce défaut de vrais intellectuels, dignes du respect des autres, engendre ces paroles en avant-dernière page : « « Le fait accablant, le constat morose de l’absence d’intellectuels à la hauteur de l’espérance que morale et intelligence alliées ne peuvent qu’engendrer, c’est notre malédiction, c’est un immense vide au cœur de la société. C’est la permission donnée au pouvoir de se croire seul maître de notre destin. Ce sont des temps égarés faute de boussole » (p.230).

    Cela me fait peur ce pouvoir qui serait seul maître des citoyens ! Où allons-nous ?   

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    Par un prêt en bibliothèque ou pour 17 euros, ces pages d’une lecture agréable vous révéleront beaucoup les moins de 18 ans. Dans ce que vous vivez au quotidien sur le plan médiatique. Par l’observation du parcours du Garde des Sceaux, Rachida Dati, dont ce magistrat a pris la défense quand cela devenait évident eu égard à la fonction qu’elle occupe. Dans le domaine des Assises. Et plus généralement dans ce qui dérange cet homme au niveau du laisser-aller qu’il constate en France. Quand Philipe Bilger conclut en exprimant sa désolation vis-à-vis de l’absence d’intellectuels qui feraient office de  guides moraux, on peut lui répliquer que lui-même, à travers ce livre, joue déjà ce rôle.

     

    Contact: francoiseboisseau@wanadoo.fr (Photo: en haut à gauche: couverture du livre « Etats d'âme et de droit » paru au Cherche Midi et son auteur Philippe BILGER sur Google images; à droite Arash Derambarsh, de sa collection personnelle)