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les monette

  • René et les Monette

    Né le 28 novembre 1908 à Saint Cierge la Serre, René - Louis en second prénom, le 800 ème anniversaire de la naissance de Saint Louis y convie - a pu voir passer sous ses yeux, à un moment de son existence, les « Monette », récits des actions spontanées d'Yvonne Beauvais auprès des habitants de la banlieue rouge, le Père René Marie de la Chevasnerie parlant de « Monette et ses pauvres » dès le 29 novembre 1931 à Radio Paris. L'adolescente, auteur de ces actes, est devenue en 1931 Yvonne-Aimée de Jésus au monastère de Malestroit. Aujourd'hui, il peut arriver que l'on trouve Monette sur la toile et, à ce jour, les éditions Téqui semblent proposer, réécrits, des épisodes de cette Monette toujours bien vivante par les actes généreux, spontanés, venus du cœur qu'elle sut accomplir il y a un siècle.

    C'est par hasard que les Monette ont vu le jour. Le Père de la Chevasnerie, jésuite, avait donné à Malestroit une retraite spirituelle, rencontrant alors sœur Yvonne-Aimée. Revenu en 1931 à la clinique des sœurs Augustines de Malestroit comme convalescent, il fut désigné pour donner chaque dimanche au micro de Radio Paris une causerie religieuse. Son prédécesseur à Radio Paris, le Père Lhande, par son livre « Le Christ dans la banlieue », avait révélé « la misère déshumanisante » des bidonvilles parisiens. Quand il su qu'Yvonne-Aimée, jeune fille, s'était mise au service des « pauvres de Bobigny et des « forfif » », le Père de la Chevasnerie pensa : « Pourquoi ne lui livrerait-elle pas les souvenirs qu'elle en gardait ? »

    Au départ, la supérieure de Malestroit et sœur Yvonne-Aimée furent opposées à ce projet. Mais Monseigneur Picaud, de passage à Malestroit, fut d'un autre avis, expliquant : « Si je comprends bien : pour éviter un mal particulier, celui d'être mal jugée, etc..., vous empêchez un bien général, car je suis sûr que ces souvenirs feront énormément de bien ». Obéissant, Yvonne-Aimée exigea que ni son nom, ni les lieux ne soient révélé, son pseudonyme étant Monette. Ce qu'elle obtint.

    Et du 29 novembre au 27 décembre 1931, le Père de la Chevasnerie sur Radio Paris cita « Monette et ses pauvres », insérant dans sa causerie l'invocation d'Yvonne-Aimée : «O Jésus, Roi d'amour, j'ai confiance en votre miséricordieuse bonté ». Le 29 novembre 1931 était paru le livre « Monette et ses pauvres », un avant propos du 29 novembre précisant : « Dans l'auditorium de Radio-Paris, devant ce micro, d'où sont partis tant de vibrants appels pour la « zone », je me suis souvenu d'une des premières apôtres de la banlieue rouge. Car Monette a bien réellement existé. Elle a vécu chacun des épisodes qu'on va lire, choisis parmi les succès et les souffrances d'un énergique apostolat de six années ». Et Yvonne-Aimée remerciait le 22 décembre par écrit le Père de la Chevasnerie pour Monette et pour la prière « lancée à tout l'univers » pour y semer paix, confiance et amour. Le succès étant là, sœur Yvonne-Aimée écrivit « Monette en pension » et « Monette petite fille »

    La première édition de « Monette et ses pauvres » fut tirée à 100.000 exemplaires. « Selon des témoignages, des âmes de jeunes furent touchées en profondeur, apprirent, par l'exemple de Monette, le don de soi-même sans réserve, dans la gaieté et l'entrain ». Yvonne-Aimée écrivait au Père de la Chevasnerie le 6 février 1932 : « Dans Monette, tout ne peut pas être imité, c'est entendu ; néanmoins on peut imiter sa générosité dans l'ensemble... Vous pouvez, dans une prochaine édition, mettre que si Monette a reçu un secours spécial de la grâce, cette grâce peut être donnée à toute âme de bonne volonté... »

    « Au cours d'un voyage à Paris, pour les affaires du monastère, Soeur Yvonne-Aimée s'entendra, un jour, recommander par la vendeuse d'une librairie les trois volumes de Monette : - « C 'est très intéressant...Cela se vend beaucoup en ce moment...On sent que c'est une histoire vraie ». Sœur Yvonne-Aimée jeta un coup d'oeil amusé à sa compagne et lui dit en sortant : - « Je n'avais pas du tout l'impression que la petite vendeuse parlait de moi.... C'est tout à fait comme si Monette m'était une personne étrangère. » » (La compagne était sœur Saint-Louis de Gonzague Mordret, son témoignage fut recueilli vers 1973 par Paul Labutte)

    Ce qui concerne Monette est extrait du chapitre 10 Les « Monette » (p 417 à 422) du livre de Paul Labutte « Yvonne-Aimé de Jésus , »ma mère selon l'esprit »  Témoignage et témoignages »

    « La vraie « Monette », à propos de « Monette et ses pauvres » écrivit sur son carnet : 13 juillet 1931 Puisse ce livre, Seigneur, écrit à Votre Gloire faire beaucoup de bien. Vous savez que si ce livre paraît, c'est seulement à cause de cela. Bénissez le Père, il a bien travaillé. Tout cela, c'est pour Vous faire aimer davantage ».

    Toujours au Père de la Chevasnerie, Yvonne-Aimée écrit le 6 février 1932 « Plus un livre fait du bien, plus il est combattu, c'est normal et c'est juste. Si Dieu travaille, le diable se remue en conséquence et ceci doit vous donner confiance ». Le Père de la Chevasnerie ne croyait pas sœur Yvonne-Aimée quand elle lui avait confié entendre « des bruits d'enfer ». Or, un jour où ils revoyaient ensemble le texte des Monette, le Père « entendit, soudain, un fracas de chariot en fer passant à toute vitesse, suivi d'un hurlement sauvage. « Je tressaillis d'épouvante, témoigne le Père de la Chevasnerie. Mon sang se glaça...j'eus la sensation que les pores de ma peau se soulevaient et que mes cheveux se dressaient...Revenant à moi , je vis Sœur Yvonne-Aimée qui souriait d'un air narquois et qui me dit : - « Alors, mon Révérend Père, vous y croyez maintenant ? »

    Yvonne, en quelque sorte, avait assuré un service social. Je cite à nouveau le livre de Paul Labutte, page 295 du chapitre 19 « Le service des pauvres et la vie à Paris 1923-1927 ». « Le Père de la Chevasnerie, dans l'un de ses livres à l'usage de la jeunesse, évoque les aventures de Monette qui, en réalité, était Yvonne : Les iris jaunes. En arrivant à Bobigny, Yvonne entend les cris d'un enfant tombé dans le canal de l'Ourcq et qui se débat dans l'eau et la vase. Yvonne réussit à le sauver au prix d'efforts acrobatiques. Un verre par la figure. Dans une famille misérable, le père est ivrogne ; il lance un verre à la tête d'Yvonne venue secourir la femme et les enfants. Le couteau. Yvonne découvre une jeune fille dans une mare de sang, un couteau planté dans la clavicule. Le suicide. Yvonne aide à rechercher une autre jeune fille qui a fait une fugue et la retrouve, pendue, dans un grenier. Yvonne la dépend et camoufle le suicide pour ne pas ajouter au désarroi de la famille. Sous la neige. Un après-midi d'hiver dans la zone, Yvonne baptise un bébé moribond ; s'efforce de régulariser un faux ménage ; secourt deux vieillards malades, sans chauffage et sans nourriture. En rentrant sur Paris, elle découvre un enfant blessé à la tête et qui gît dans la neige. Elle le sauve. La vache. C'est le cadeau d'Yvonne à une famille de la zone qu'elle a relogée à la campagne. Le gosse. Yvonne se trouve au chevet d'une femme mourante. Le père et le fils qui sont ivres se battent avec des couteaux. Yvonne prend le bébé qui pleure et le place entre les deux furieux, ce qui les désarme, car tous les deux aiment le petit. Réconfort. Yvonne joue du violon pour faire plaisir à une malade solitaire et déprimée. Une nuit chez les chiffonniers. Yvonne est inviter à souper et loger – car il se fait tard – dans une famille pauvre qui veut la recevoir pour la remercier. »

    Pour aider il fallait aussi de l'argent. Yvonne travaillait, faisant des ménages, jouant de la musique, dessinait des images, etc...Pour Noël, ses jeunes protégés recevaient des jouets neufs. C'est très jeune, chez ses grands-parents au Mans, qu'elle avait commencé à secourir à sa façon de petite fille, avant de faire ce que ferait Monette plus grande.

    Je conclus par ce paragraphe de la page 296 : « « Les pauvres d'Yvonne et les pauvres de Jésus » appartenaient, pour la plupart, à la classe ouvrière, au prolétariat, au sous-prolétariat. Yvonne eut aussi à secourir « de nouveaux pauvres » des carrières libérales, d'apparence aisée, des prêtres, isolés et proches de la misère. Elle leur apportait « du ravitaillement » mais aussi sa considération, son respect, son amour, sa bonne humeur, son esprit pratique, son goût de la vie, c'est-à-dire une présence personnelle, pacifiante et chaleureuse. » René, ce proche, aurait apprécié de la rencontrer.

    contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr