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  • 11 novembre 1914 : Yvonne Aimée de Jésus, mon père et d'autres

    Yvonne, Jeanne, Delphine Beauvais, née le 16 juillet 1901, future Mère Yvonne Aimée de Jésus au couvent des augustines hospitalières de Malestroit, a été « expédiée » le 18 juillet 1914 par sa mère - elle découvre seulement sur le bateau sa destination - à un pensionnat à Abbey-Wood près de Londres. Yvonne, orpheline de père depuis le 17 octobre 1904, a beaucoup souffert en tant qu'élève à sainte Marie de Neuilly. Ce changement majeur, avec des classes alternant avec le sport, sera bénéfique pour cette enfant de treize ans, souffrant d'anémie. Le 10 juin 1914, Raymond Poincaré étant président de la République depuis le 17 janvier 1913, Yvonne, voilée de blanc, a renouvelé sa Communion solennelle, dans l'église du collège sainte Marie de Neuilly fondé par madame Daniélou, agrégée de lettres. Pour ce voyage vers l'Angleterre Yvonne est accompagnée de sa grande sœur Suzanne qui ne pourra rejoindre sainte Marie de Neuilly où leur maman est économe de l'établissement que vers la Toussaint 1914. Yvonne restera en Angleterre jusqu'en août 1916 où elle accostera au Havre. Pour mémoire, le Président Poincaré était en visite chez le tsar à saint Petersbourg en juillet 1914 et il retrouve l'Elysée le 29 juillet. Le contexte conduit à la mobilisation générale de l'armée russe le 30 juillet. En France la mobilisation générale est fixée au 2 août à 16 heures. Et l'après-midi du 4 août Poincaré parle de « l'union sacrée » de tous les fils de la France. Pour la défendre.

    Mon père, né le 16 septembre 1890, enfant unique, incorporé au 65ème Régiment d'Infanterie à Nantes le 1er octobre 1911, a été rappelé à l'activité le 2 août 1914, quittant la commune de Thouarsais Bouildroux dans sa Vendée natale le 3 août 1914 pour rejoindre le front, très précisément les Ardennes Belges. Il y est blessé, au niveau pulmonaire, le 28 août à Bulson. Et, gardant la balle reçue - c'est sa propre décision qui le sauve et me permet d'écrire – il est évacué sur l'hôpital de Doué la Fontaine dans le Maine et Loire du 1er septembre 1914 au 29 septembre 1914, puis à l'hôpital Broussais à Nantes du 16 octobre 1914 au 13 novembre 1914. A cette date, il y a un siècle, il rejoint le 65ème Régiment d'Infanterie à Nantes. Nommé caporal le 2 décembre 1914, passé au 91ème Régiment d'Infanterie à Rezé près de Nantes le 27 décembre 1914 il part au front le même jour pour la crête des Eparges dans la Meuse, vers Metz, à 22 kms de Verdun. Le lieutenant Henri-Alban Fournier, l'auteur du Grand Meaulnes, a été tué aux Eparges avec ses 20 compagnons d'arme le 22 septembre 1914 ; inhumés à 40 cms de profondeur, ils seront retrouvés et pour la plupart identifiés en mai 1991 après de longues recherches, un monument étant inauguré le 26 septembre 1993. Mon père survivra à cette guerre, la balle reçue dans la région pulmonaire étant extraite sans difficulté le 11 avril 1917 à l'hôpital de Meaux.

    Ma mère, sa future femme, est née à une cinquantaine de kilomètres de Thouarsais à Châtilllon sur sèvre le 25 octobre 1900. Elle est la benjamine et seule fille d'une fratrie de trois. C'est une bonne élève , qui aime chanter et a le sens des affaires, remplaçant dans la mesure du possible les trois hommes de la famille – père dont elle est la « chouchoute » et ses deux frères partis pour la guerre. Cette Marie, Gabrielle, Adélaïde rencontrera notre – car j'ai un grand frère – père, au doux prénom d'Aimé, lors d'un mariage. En août 1914 c'est l'été, un bel été ensoleillé, sur lequel s'abat la nouvelle de la août mobilisation générale. Ma mère ne me parlera pas des affres de la guerre. Mais elle évoquera les bombardements de Nantes du 16 septembre 1943, ville commerçante où elle est est venue pour la journée avec mon jeune frère, tous deux épargnés alors qu'ils se trouvent sous les feux de ceux-ci Place Royale, au cœur de la ville.

    Le Père Daniel Brottier, en août 1914, a 38 ans. Non mobilisable du fait d'intenses maux de tête, il crée un corps d'aumôniers volontaires en 1ère ligne, les aumôniers militaires demeurant dans les hôpitaux, à l'arrière. Le Père Brottier est avec la 26ème Division d'Infanterie sur le front ouest, de la Marne à Verdun, à partir du 26 août 1914. Montant à l'assaut avec les soldats il est sans arme, portant sa croix de prêtre et un brassard de la Croix-Rouge. Il réconforte, brancarde, joue aux cartes... N'aimant pas le sang, il surmonte sa sensibilité. C'est lui qui créé l'Union Nationale des Combattants que Clémenceau soutiendra. Jamais blessé, il pense que cette protection vient de Thérèse de Lisieux a qui il a été confié. C'est en novembre 1923 qu'il prendra la direction des orphelins apprentis d'Auteuil, édifiant le sanctuaire sainte Thérèse en remerciement et pour lui confier les jeunes dont il a la charge.

    Il est nécessaire de mentionner, à propos des combats de 1914, le rôle d'un militaire, un homme respectable : le général Lanrezac (1852-1925). Cet homme doué et excellent stratège, estimé des adversaires de l'autre côté de la frontière, prévoit ce qui va se passer. Il a, en effet, pris la peine de se rendre sur place, arpentant le terrain en mai 1914, ayant été mis par Joffre dès avril 1914 à la tête de la 5ème armée française, pour remplacer Galliéni touché par l'âge. Joffre souligne dans ses mémoires les qualités de Lanrezac : « hautes qualités d'intelligence, d'activité, d'initiatives, de sens de la manœuvre dont il avait fait preuve au cours des travaux sur carte et des exercices sur le terrain. Nul ne sembla mieux préparé que lui au commandement de la 5ème armée, celle dont la manœuvre serait la plus délicate mener, celle à laquelle il serait dévolu un rôle essentiellement variable selon les circonstances ». En conséquence, il fera au mieux le moment venu, à 1 contre 3, sauvant la 5ème armée française (290.000 hommes, 100.000 chevaux) prise en tenaille à Charleroi, du 21 au 23 août 1914, par une retraite que Lanrezac décide seul au bon moment. Cette décision permettra le succès de la bataille de Guise - encore dite bataille de saint Quentin - dans l'Aisne le 29 août 1914, puis celui de la première bataille de la Marne. Le premier choc de cette bataille de la Marne a lieu au nord de Meaux, sur l'Ourcq, avec la 6ème armée française commandée par Michel Maunoury, laquelle armée a pu quitter Paris, un Paris visé initialement par les armées allemandes et qui n'est plus exposé. Charles Péguy, lieutenant de réserve, est mobilisé en août 1914 dans la 19ème compagnie du 276ème Régiment d'Infanterie. Il est une des victimes de l'Ourcq, atteint au front par une balle, le 5 septembre. Charles a fait en 1912, un pèlerinage de 144 kms jusqu'à la cathédrale de Chartres du 14 au 17 juin, accompagné sur une partie de ce chemin par l'auteur du Grand Meaulnes, Alain Fournier. Il est dit que, la nuit précédent sa mort, Péguy aurait fleuri la statue de la Vierge Marie dans l'église du village où était son unité.

    La bataille de la Marne de septembre 1914 a été marquée le 9 septembre 1914 par la reprise, dans la soirée, d'un site stratégique, celui du château de Mondement, au nord- est de Sézanne, par l'action des soldats du 77ème Régiment d'Infanterie de Cholet et les zouaves de la division marocaine qui ont ainsi stoppé l'avance allemande. A Cholet, ville marquée par la guerre de Vendée lors de la Révolution, je fis mes études secondaires pour des raisons de proximité.

    Le 3 septembre 1914 le général Joffre a limogé le général Charles Lanrezac, le démettant de ses fonctions et le remplaçant par Franchet d'Esperey. En 1917, désabusé, Lanrezac refusera le poste de major général des armées. Le 3 juillet 1917, Lanzerac est fait grand officier de la Légion d'Honneur au motif ci-après : « A commandé, au cours des premières opérations de la campagne, une armée qui a eu à supporter le choc de masses ennemies très supérieures en nombre. Par sa science militaire et l'habileté de son commandement a réussi à exécuter une manœuvre des plus difficiles au cours de laquelle il a remporté des succès marqués et a rendu au pays les plus éminents services. » Le 29 août 1929 Lanzerac est grand-croix de la Légion d'Honneur. Il est l'auteur, en 1920, de l'ouvrage « Le plan de campagne français et le premier mois de la guerre (2 août – 3 septembre 1914 », paru chez Payot. Le général Lanrezac eut le minimum de pertes humaines.

    Les grands-pères de Claudine, Jules Napoléon grand-père paternel né le 9 novembre, et Alexandre grand-père maternel né le 11 août, sont partis, eux aussi, appelés pour cette 1ère Guerre Mondiale. Le grand-père de Jules était originaire de Bouillon et Alexandre a demandé à sa petite fille Claudine un travail honorant sa mémoire et celle de tous les combattants de cette guerre. Avec Claudine il nous est donné beaucoup de synchronicités, pour cette guerre et autour au pays de Bouillon, celui de Godefroy de Bouillon source d'autres synchronicités personnelles.

    En ce matin du lundi 10 novembre 2014 où j'écris ce texte, j'ai sous les yeux deux phrases proposées il y a peu par Rosita – Rosita sera reconnue par certains – phrases qui sont : le soir avant sommeil « J'aime être ce que je suis. » et le matin au réveil : « Je consacre cette journée à mon propre bonheur. » Dans le contexte des combats et des tranchées de la guerre 1914-1918 auraient-elle pu être dites ? J'ai à ce sujet quelque doute. A moins d'une spiritualité exceptionnelle. Mais je peux me tromper.

    Bonne journée à tous et toutes en ce 11 novembre 2014, loin des blessures et décès de 1914, mais sans oublier la générosité et le sens de l'honneur de nombre de ces êtres !

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr