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jeanne siaud-facchin

  • Jeanne Siaud-Facchin : « surdoué » ?

    Publié dans Les dossiers de l’Actualité de Juin 2010 les questions réponses d’un entretien avec cette psychologue au sujet des personnes qualifiées de « surdouées ». Le titre retenu est « Ils vivent avec ce sentiment de différence qui leur est douloureux ».

    Cet entretien se situe avec les articles évoqués ici le 15 juin 2010 par « Enfants doués, « précoces », « surdoués » ».

    Contrairement aux idées reçues, il n’est pas facile d’être surdoué, mais si l’on est ainsi, peut-on être heureux ?

    Jeanne Siaud-Facchin : Bien sûr, on peut arriver à avoir une vie épanouie, à condition d’être conscient de ses particularités de fonctionnement et de parvenir à transformer en force ce qui, pour certains, est une fragilité. Être surdoué n’est pas une pathologie.

    Qu’est-ce qui caractérise la personne dite surdouée ?

    C’est surtout sa pensée, non pas linéaire comme dans la plupart des cas, mais en arborescence. C’est comme si la personne disposait d’immenses capteurs capables de percevoir l’invisible et l’incompréhensible et de lui faire anticiper sur un enchaînement de conséquences logiques, par rapport à telle ou telle décision. Pour cette personne, il s’agit d’utiliser comme il faut chacun des axes de cette forme ramifiée afin de réaliser des projets de vie importants qui lui tiennent à cœur. Le fait de posséder un tel mode de pensée permet, grâce à l’afflux d’informations que l’intéressé pourra traiter simultanément, d’avoir une intelligence très fulgurante et intuitive. D’où une plus grande rapidité dans la compréhension des problèmes, que pour ceux qui parviennent au même résultat par la pensée linéaire classique.

    Ces gens vous expliquent que, dans l’entreprise par exemple, lorsqu’ils participent à une réunion, au bout de quelques instants, ils ont capté tellement d’informations que, pour eux, la solution est déjà trouvée, sauf que, dans un premier temps, ils n’ont pas les moyens de démontrer ce dont ils ont la certitude. Aussi vont-ils être obligés de trouver une stratégie pour que les autres aient confiance dans leur expertise et leur analyse. La pensée en arborescence procure une immense puissance, car la voilà propulsée à des niveaux qui souvent décalent beaucoup la personne surdouée par apport aux autres. Et c’est pourquoi elle fait souffrir.

    Un spectre si large de la pensée n’est-il pas un obstacle à la concentration ?

    Oui. D’où la nécessité de bien comprendre son propre mode de fonctionnement. Car la difficulté, c’est que, souvent, les surdoués ont l’impression d’en avoir plein la tête, mais ils ne savent pas pourquoi. Alors ils croient que leur pensée est défectueuse, que leur manière de comprendre est trop différente, que ce sont les autres qui ont toujours raison. Ils vivent avec ce sentiment de différence qui leur est douloureux.

    Comment se distinguent ces adultes surdoués qui sont des gens plutôt discrets ?

    Plus que de posséder de visibles et exceptionnelles composantes intellectuelles et affectives, une personne ainsi dotée se distingue par sa manière d’être au monde et de le percevoir. Cet « être au monde » se caractérise par un regard extrêmement acéré et d’une très grande lucidité. Or, il est épuisant de passer sn temps sur tous les écrans de contrôle de sa vie et de son environnement. Car, alors, vous enregistrez des informations qui se produisent de mille et une façon tout autour de vous que nul n’a captées sauf vous-même, et vous entrez cela dans votre incroyable machine à penser et à ressentir.

    Du même coup, vous allez vous inquiéter, parce que vous pourrez toujours percevoir l’arrivée d’un danger, alors qu’objectivement il ne se passe rien. Et comme les personnes surdouées sont, en plus, très empathiques, car elles ressentent fortement les émotions des autres, elles vont s’ajuster sur ces émotions. La perméabilité à ce qui se joue en permanence dans le monde et la lucidité sont les deux traits les plus marquants de ces personnalités.

    Comment apaiser ces personnes au cerveau en perpétuelle ébullition ?

    Sûrement pas en leur disant de lâcher prise, mais au contraire en leur recommandant l’hyperconscience sur un détail, une odeur, n bruit, afin de canaliser leur pensée sur un stimulus sensoriel, ce qui a pour effet de mettre en marche le système parasympathique en vue d’apaiser la pression cérébrale.

    Recueilli par L.C.

    Le dernier ouvrage de Jeanne Siaud-Facchin est paru en 2009 chez Odile Jacob « Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué » 321 pages, 21,90 euros.

    Un encadré au centre de cet entretien souligne que 400.000 enfants en âge de scolarité seraient surdoués en France, soit 4 % de la population.

    Mais seuls 3 % à 5 % de ces 400.000 seraient détectés.

    Ce qu'exprime Jeanne Siaud-Facchin est une ligne générale, laquelle ne concerne pas tous les "précoces". Ainsi se centrer sur un stimulus sensoriel ne sera pas ressenti comme nécessaire par tous.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr