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fondation chirac

  • Faux médicaments : tous en alerte !

    bénargou.jpgArte, le 3 novembre 2009 au soir, a délivré un reportage instructif. A faire frémir. Suffisamment convainquant pour que ceux et celles qui seraient encore tentés de passer commande sur le Net de médicaments y renoncent.

    Le risque est grand d’avoir affaire - dans le pire des cas - à des produits toxiques, avec effets secondaires indésirables ou graves ou entraînant carrément des décès.

    Au mieux les acheteurs auront payé pour une crème dermatologique, obtenue par le Net, qui n’est rien d’autre que de la vaseline, donc un produit sans aucun effet pour soigner une peau malade.

    Il y a des faussaires de talent. Des circuits mafieux. Avec ou sans blouse blanche.

    Le faux médicament peut rapporter autant que le commerce de drogues dures, avec beaucoup moins de risques.

    Un médecin américain a ainsi dirigé tranquillement, jusqu’à son interpellation à Lyon en 2008, un réseau; incarcéré en Sarre il a depuis lors regagné les USA pour y être jugé.

    J’ai sursauté – intérieurement – avec le rappel filmé d’une affaire qui avait résonné dans l’actualité de début 2008. Une mauvaise héparine avait alors failli coûter la vie à des patients au bloc opératoire en pleine chirurgie cardiaque. Comme plusieurs patients, en cours d’opérations, se trouvaient mal dans les mêmes conditions - en gros la minute suivant l’injection d’héparine - les chirurgiens allemands – l’Allemagne a su éviter la mort pour ces patients là – ont magnifiquement réagi au quart de tour, décidant d’utiliser une autre héparine. Il s’est avéré que le matériel de base de fabrication de l’héparine incriminée était contaminé. La fabrication de l’héparine se fait pour l’essentiel en Chine, à partir d‘intestins de porc. Il s’est avéré après enquête que le problème était l’adjonction à l’héparine de sulfate de chondroïtine, substance toxique capable de mimer, lors des tests de contrôle, l’effet anticoagulant attendu de l’héparine.

    Toujours en Allemagne cette même héparine, employée lors de dialyse rénale, a failli être cause d’autres catastrophes. Là encore les médecins allemands ont été bons.

    Aux USA, par contre, il y a eu plus de 80 décès à déplorer pour la même héparine.

    Certains n’hésitent pas, à propos des fabricants faussaires qu’ils dénoncent, à parler de « tentative de meurtre à grande échelle ».

    Evidemment Interpol est sur le coup. A chaque saisie des douanes – des saisies aléatoires- il y a toujours quelque chose de trouvé.

    Il est montré que la découverte par certains de « faux » médicament et leur dénonciation leur a valu des menaces des faussaires, et de devoir redémarrer à plus de 50 ans une vie professionnelle.

    Le documentaire a été réalisé par Walter Harrich et Danuta Harrich-Zandberg et est accessible quelques jours sur Arte.

    Un débat associe ensuite les invités suivants : Hendrik Jan De Jong : Président Commission Européenne de Pharmacopée, Philippe Bernagou : Directeur Général de la Fondation Pierre Fabre, Günter Hanke : Président de l’Ordre des pharmaciens du Bade-Wurtemberg. Il est disponible aussi quelques jours.

    Un des trois responsables – l’un parlait allemand, les deux autres français – est Philippe Bernagou – Directeur Général de la Fondation Pierre Fabre qui a apporté de la clarté par quelques évidences simples. La traçabilité des médicaments était plus facile à suivre quand il n’y avait qu’une ou deux fabricants pour une substance active donnée. Quand on passe de 1 à 2 à 60 ou 70 on augmente la difficulté du suivi. La multiplication des intermédiaires – du fabricant, au grossiste en médicaments, jusqu’à l’officine augmente aussi la possibilité d’inclusion de « faussaires ».

    L’Europe, pour chaque principe actif, dispose d’un cahier des charges, une monographie par médicament qui permet pour les fabricants qui le respectent d’assurer sécurité et qualité basiques, quels que soient ces fabricants.

    Malgré les verrous européens de protection, il est toutefois impossible, nous dit-on, de disposer d’une garantie de sécurité à 100%. Y compris au niveau des officines, répond un responsable allemand, le risque étant cependant ultra faible.

    Le prix, élevé, des nouveaux médicaments est évoqué.

    Cependant, en matière de malfaçon, le risque est majeur en matière de médicaments car c’est un choix entre la vie et la mort. La vie ne mérite-t-elle pas de payer un prix plus élevé pour disposer de médicaments sûrs ?

    Je parle ici de médicaments vitaux, pas des médicaments consommés abusivement voire inutilement comme le dénonce Sauveur Boukris dans son livre « Ces médicaments qui nous rendent malades » paru aux éditions Le Cherche Midi http://www.cherche-midi.com, présenté ici le 10 juin 2009 sous le titre "Arash Derambarsh et Sauveur Boukris au chevet des citoyens".

    Monsieur Bernagou rappelle qu’après la proposition de médicaments dits de confort sur le Net – de confort c’est-à-dire accessoires – on assiste depuis quelque temps à des propositions de médicaments, indispensables pour certains malades. L’attraction a lieu pour un produit moins cher au détriment de la sécurité. Toutefois un médicament n’est pas un produit comme un autre.

    La contrefaçon en matière de mode n’a pas les mêmes conséquences que la contrefaçon en matière de médicaments. La contrefaçon n’a rien de neuf. Les producteurs de produits contrefaits cherchant à imiter les vrais médicaments ont en tête le profit, pas forcément la mort des consommateurs. Qui, cependant, arrive.

    Aussi vendre des médicaments contrefaits n’est pas un délit mais un crime, qui produit des dizaines de milliers de morts en Asie, en Afrique. Et maintenant des morts en Europe où il serait bien que les sanctions soient harmonisées.

    A propos de l’héparine qui a causé des dégâts en milieu hospitalier il est précisé que l’ajout d’un ingrédient indésirable à l’héparine avait néanmoins permis de passer les tests de la pharmacopée pour valider le produit.

    Autrement dit si les contrefaçons sont présentes sur le Net pour 95 % des produits qui nécessitent une ordonnance en Europe, elles se faufilent aussi dans les circuits dits surveillés.

    La contrefaçon a 1.000 visages.

    Philippe Bernagou indique que 60 % des médicaments antipaludiques sont des contrefaçons. Grave problème pour les pays qui en ont besoin.

    La Fondation Chirac, en association avec la Fondation Pierre Fabre, assure le développement à Cotonou d’un Laboratoire National de contrôle de la qualité des médicaments qui, à terme, permettra un contrôle des médicaments au Bénin et pour des pays alentour. Ce Laboratoire National entrerait, à terme, dans les laboratoires référencés par l'Organisation Mondiale de la Santé, OMS.

    Vouloir des médicaments sûrs est avant tout une décision politique.

    Il est important de rendre au pharmacien sa compétence dans la chaîne du soin.

    Il est important d’éduquer, d’informer les consommateurs pour que leur choix ne soit pas dangereux.

    Quant à vous les jeunes, résistez aux propositions alléchantes de médicaments sur le Net. Vous risquez d’y laisser la vie. Alertez aussi les plus âgés que vous !

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr (23 février 2009 à gauche Philippe Bénargou à Cotonou avec un responsable du médicament)