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f. boisseau

  • " Voyage au bout d’un enfer ", suite, F. Boisseau

     Chers lecteurs et lectrices,

    Ayant plusieurs fois évoqué sur ce blog les injustices commises envers des enfants placés, souvent injustement, j’ai écrit un ouvrage actuellement en lecture chez plusieurs éditeurs. Et, en avant première, je continue à vous livrer quelques passages de ce texte.

    Voici le second extrait de « Voyage au bout d’un enfer. Le scandale de la « détention » des mineurs en foyer ou famille d’accueil. », le premier ayant été mis sur ce blog le 19 mars 2013.

    N’hésitez pas à me faire part de vos réactions et commentaires.

     

    « Les jeunes - non délinquants et non « en danger » - enfermés à tort, subissent des deuils qui risquent de leur coller longtemps à la peau. (…)

    Voici, en non exhaustif, ceux de Céline, placée en foyer suite au décès accidentel de ses parents alors qu’un accueil familial est possible. (…)

    Céline doit affronter des deuils multiples.

     

    Le deuil de sa liberté : elle est enfermée derrière des barreaux solides et n’a plus le droit d’aller et venir librement, même au collège en 5 ème où elle est guidée telle un toutou - il ne manque que la laisse - alors qu’elle allait seule à l’école depuis le CM 1, avant placement. Cette perte de mouvements est associée au deuil de ses copains et copines d’avant, de classe ou hors classe, interdits de visite.

     

    Le deuil de son affectivité : elle va être privée d'autorité de tout contact avec ceux qui lui restent et qu'elle aime. Céline subit ainsi le deuil de sa petite sœur, Suzanne, dont elle est séparée et réciproquement; le deuil des oncles, tantes et de la ribambelle de cousins et cousines appréciés; le deuil de « câlins » et, plus généralement, le deuil des paroles, des jeux, des rires, des fous rires, des petits gestes de tendresse qui tissent le cours des journées; le deuil de ses habitudes; le deuil des grasses matinées dont a besoin cette bonne dormeuse.

     

    Le deuil de sa culture générale qui s’acquiert sans souci dans un bain environnemental correct; qu’elle avait à disposition; qu’elle n’a plus car cette culture générale ne semble pas le penchant principal ni la priorité des éducateurs ou, quand ils seraient portés là-dessus, leurs modalités de travail ne se prêtant pas à cette transmission.

    Quant aux familles d’accueil - situation de sa petite sœur Suzanne - cet objectif n’est pas présent dans leur grille de recrutement.

     

    Le deuil de ses dons artistiques : cette musicienne n’aura plus droit à aucune musique; pas de piano ni de guitare dans les foyers de l’Aide Sociale à l’Enfance. Pas de partition non plus, ni d’harmonica, ni de flûte en raison des vols fréquents en ces lieux. Céline serait-elle en famille d’accueil, ces dernières ne sont pas là pour être encombrées par ce qui est considéré, à tort, comme du superflu !

     

    A ces privations artistiques drastiques s’associe le deuil de ses multiples centres d’intérêt littéraires. Pas de bibliothèque quand on est « placé » !

     

    Le deuil de ses loisirs : cette brunette aux cheveux courts, à la vivacité peu appréciée d’une majorité d’éducateurs, est priée d’arrêter de cultiver sa voix en chantant a capella. Elle se doit, pour son équilibre, de participer à des jeux collectifs avec les autres placés.

     

    Le deuil de ses relations d’avant avec interdiction de communiquer; en conséquence point de lettre, point de téléphone ni de SMS.

     

    Le deuil de la mer, son cœur de vie. La moiteur de draps où l'on transpire sous l’étreinte de l'été n'a rien à voir avec le vent du large, salé iodé  (…)

     

    Le système se moque de la vie d’avant, la nie, la déchire, la brûle, la détruit.

     

    Le deuil de son avenir professionnel : elle sera d’office, à l’issue d’une classe de 3 ème où elle obtiendra son brevet haut la main, expédiée en apprentissage de coiffure, un circuit manuel de hasard, sans le moindre stage préalable de huit jours pour se faire une petite idée, au minimum ! Si encore une école de graphisme avait été proposée, le mal aurait été limité. Céline excelle en tout cela (…) Hélas ! Nulle création en foyer ! Ni tubes de couleurs, ni papier Canson ! Voilà un talent piétiné.

     

    Le deuil de ses chères montagnes pyrénéennes où elle a vu le jour. Grands espaces où elle a vécu ses premières années, à ski dès qu’elle le pouvait. Sans bride. Sans frein. En union, quasi fusion avec une nature magnifique.

     

    Etc…

     

    Pire encore, le deuil d’elle-même. (…)

     

    Les deuils multiples imposés aux enfants « placés » sont le fruit de l’indifférence des promoteurs de l’enfermement. »  

    Extrait de « Voyage au bout d’un enfer. Le scandale de la « détention » des mineurs en foyer ou famille d’accueil. », Françoise Boisseau, à paraître.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr

     

  • "Voyage au bout d'un enfer" F. Boisseau

     

    Chers lecteurs et lectrices,

    A plusieurs reprises, j’ai évoqué sur ce blog les injustices commises envers des enfants placés, souvent injustement.

    Pour être plus efficace, j’ai écrit un livre actuellement en lecture chez plusieurs éditeurs. Et, en avant première, je vais vous livrer quelques extraits de cet ouvrage.

    Voici le premier extrait de « Voyage au bout d’un enfer. Le scandale de la « détention » des mineurs en foyer ou famille d’accueil. »

    N’hésitez pas à me faire part de vos réactions et commentaires divers aux quels je ne manquerai pas de répondre le plus utilement possible.

    « Avant tout suivi antérieur des services sociaux, il arrive que l’on place un nouveau-né. Tel le bébé de ce couple du Nord, joyeux de la venue de son premier enfant. La naissance a lieu, sans difficulté. Suivent quelques jours en maternité. Et là, le drame ! Une employée s’imagine que la maman étouffe sa petite en l’allaitant.

    Aux prises avec une imagination galopante - la « folle du logis » - cette jeune personne pense encore que la maman va noyer son bébé en le baignant. Rien n’est bon pour cette salariée.

     

    Un cercle infernal se met en place. L’employée signale. Sur la seule base de cette déclaration non vérifiée par ses supérieurs, la toute jeune Clémentine est enlevée à sa maman. EIle est emportée, confiée par la Justice et les Services sociaux - bras exécutif d’une justice indépendante - à une première famille agréée rémunérée pour ce travail, pour commencer. Puis à une autre.

     

    Choquant ! D’autant plus qu’aucun contrôle n’a lieu 24 heures sur 24 dans les familles qualifiées d’accueillantes où peut se passer le meilleur et le pire.

    S’il y a désastre pour les parents de l’enfant, c’est encore pire pour Clémentine privée avec brutalité du bénéfice d’un allaitement au sein. Tout aussi grave cette enfant est coupée, sans raison, de l’affection de sa famille, exilée de l’indispensable : les bras aimants de ses parents, tout spécialement l’odeur, la chaleur, le toucher de la peau de sa maman.

     

    Cela après neuf mois ininterrompus en contact intime avec elle, l’entendant parler, chanter, l’accompagnant dans ses déplacements, participant au moindre de ses mouvements, percevant ses humeurs. Une jeune maman heureuse et gaie de la venue de cette enfant. Clémentine connaît bien aussi les caresses de la main de son papa à travers le ventre de sa mère, bercée également par les paroles de cette voix au timbre plus grave.

     

    Dans les deuils qui sont imposés à Clémentine, celui de la non information est présente. Pas une parole pour expliquer ce qui arrive. Le mur du silence s’abat sur elle. L’accable d’effroi. Elle devient un enfant objet, en vie oui, mais censée être dépourvue d’émotion. Ce qui pourrait être applicable à tous les enfants placés.

     

    Violentée par cet enlèvement inexplicable et inexpliqué Clémentine va, dorénavant, être lavée, nourrie, blanchie, certes. Privée de l’essentiel : la sécurité et l’amour de son cocon familial.

     

    Au nom de quoi ? Serait-ce là une autre variété du principe de précaution alourdi du défaut, grave, d’entraver une vie qui commence ? De bloquer ce jaillissement naturel qui permet de bien grandir ?

     

    Il faudra des mois d’une procédure acharnée avec l’aide d’un avocat local qui a pris à cœur la cause de cette petite pour que les parents de Clémentine retrouvent leur fille. Avec des traces visibles et durables pour eux, constamment sur le qui vive depuis le retour à la maison. Quant au bébé personne - sauf ses parents et des amis - ne se préoccupe de ce qu’on lui a fait endurer par une négligence hâtive. Personne ne songe aux conséquences. Aucun des responsables fautifs ne présente la moindre excuse.

     

    Nul n’a pensé, au niveau des décideurs, que l’absence d’amour peut faire périr.

    Nul n’a pensé à la chance de ce bébé de démarrer sa vie avec ce qui ce fait de mieux pour un  nouveau-né d’homme : le lait de sa maman. Comme le lait de la vache convient à son petit veau. Celui de la chèvre à ses chevreaux.

     

    Le placement de Clémentine aurait pu s’appeler « tentative d’homicide par imprudence ». »

    Extrait de « Voyage au bout d’un enfer. Le scandale de la « détention » des mineurs en foyer ou famille d’accueil. », Françoise Boisseau, à paraître.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr