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emilien amaury

  • Guy Vadepied raconte Emilien Amaury

    amaury.jpgQuand Arash Derambarsh directeur du département politique et personnalités publiques aux éditions Le Cherche Midi, a mis ce pavé entre mes mains, malgré l’attraction du mythe Amaury j’ai craint de l’ennui.arash10.JPG

    Erreur ! Guy Vadepied a su en juin 2009 dans « Emilien Amaury. La véritable histoire d’un patron de presse du XX ème siècle » donner stature, chair et souffle à ce constructeur d’empire, pourtant parti de peu.

    Pourquoi cette réussite vertigineuse ?

    En raison de talents propres.

    Les siens, le jeune Amaury les met à l’œuvre assez vite et spontanément. Pour sortir d’une condition où il est à l’étroit et qui lui déplaît, il sait saisir l’occasion qui passe pour évoluer et se rendre indispensable par une habileté à trouver l’argent nécessaire aux cercles successifs où il évolue.

    Il sait encore se présenter, lier les bons contacts, progresser.

    La 1 ère partie du livre titrée « Du faubourg d’Etampes au château de Bierville » (15-101) décrypte la stratégie de démarrage d’Emilien Amaury.

    Une citation de Marc Sangnier l’inaugure : « Puis les difficultés commencèrent. On s’aperçut que ce n’était pas par tactique mais par conviction que nous nous réclamions démocrates et républicains. »

    Le coup de pouce de départ pour Emilien Amaury va dépendre de ce Marc Sangnier, ami de Léon Blum et d’Aristide Briand, qui va être « séduit pas son charme et son appétit de vie » (4ème de couverture).

    Lors de la 2 ème guerre mondiale Emilien se bat, est fait prisonnier, s’évade, gagne Paris puis Vichy.

    La seconde partie « La guerre » (105-237) m’a passionnée. Grâce au regard et aux connaissances de Guy Vadepied, fin connaisseur d’Emilien Amaury, il est offert de découvrir par le menu des années difficiles de guerre et de résistance. On voit dans le même temps Emilien Amaury disposer par Vichy du budget de la propagande pour la famille et éditer avec son groupe « la moitié de la presse clandestine ». (4 me de couverture)

    Après la genèse d’Ouest France – il y en a d’autres mais ce quotidien est toujours très actif – vient la 3 ème partie « Les Champs Elysées » (241-371) avec la naissance du groupe Amaury, puis la 4 ème « Jupiter dans la tempête » (397-487) où le conflit Amaury Lancry oppose le premier, dit Jupiter, au second habile conducteur du puissant Syndicat du Livre et refusant de s’en laisser conter.

    Emilien Amaury est décédé accidentellement à 67 ans en 1977 d’une chute de cheval un matin de gel de janvier. C’est par ce décès placé au Prologue en page 9 que débute le livre.

    L’Epilogue (489-504) indique la bonne santé du groupe Amaury lequel dispose en 2008 de 4 quotidiens très bien diffusés : La Croix, Les Echos, Le Parisien-Aujourd’hui en France, l’Equipe.

    J’attire l’attention sur une Note de l’auteur (505-512) dont je cite quelques extraits :

    « Pourquoi ai-je voulu faire revivre Emilien Amaury ? Tout simplement parce que je l’ai bien connu, qu’il m’a un temps fasciné, puis étonné, parfois révolté. Et que de nombreux hommes de son entourage ont influencé mon existence. Mon père l’avait rencontré pendant la guerre, au temps de la Résistance. Après la Libération, il invita son ami à venir chasser en Mayenne où ma famille demeurait. (…) C’est alors que je fis sa connaissance, ainsi que celle des amis qui l’accompagnaient. Tous, ou presque, appartenaient au Mouvement républicain populaire, le MRP. Comme lui, ils étaient d’anciens disciples du Sillon,, ce mouvement pacifique et progressiste fondé au début du siècle par Marc Sangnier, un homme qu’on m’apprenait alors à vénérer. » (505-506)

    «  Plus le temps passait, plus l’évolution des positions idéologiques d’Amaury m’éloignait de lui et de ses collaborateurs les plus proches. Je quittai son agence pour créer la mienne ». (507)

    « Au Courrier de l’Ouest, j’ai pu consulter la longue correspondance échangée pendant vingt-cinq ans entre Emilien Amaury et Albert Blanchoin, l’indéfectible ami qui, en 1968, quelques mois avant sa mort, traita pourtant Amaury de « fils infidèle de Marc Sangnier ». (507)

    « Mais la reconstitution du destin d’Emilien Amaury aurait été impossible sans les très longues confidences de Roger Lancry, son ennemi juré, ancien secrétaire général du syndicat du livre, chef d’orchestre de l’interminable grève de 1974, et dont certains n’hésitèrent pas à prétendre qu’il n’était pas étranger à l’accident de cheval qui fit disparaître son « ennemi de classe »… (509)

    Guy Vadepied, qui fut député socialiste de l’Oise, conseiller régional de Picardie, maire de Méru, conclut par cette question :

    « Comment cette fois « moderniser » face aux bouleversements des médias électroniques et des nouvelles structures mentales qu’ils façonnent, comment ne pas rater la marche et sauver les moyens d’information des fils de Gutenberg ? » (512)

    A ce stade le livre n’est pas fini. On dispose notamment d’une chronologie de 1909-1977 et d’un index abondant.

    Nous avons tous des talents, connus ou en jachère. On n’aura pas tous envie de parcours semblable à celui d’Emilien Amaury. Mais sa vie peut donner de bonnes idées, quoique l’on envisage de faire, les jeunes.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr (illustration : couverture du livre de Guy Vadepied; photo: Arash Derambarsh)