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divorce

  • Agathe et le divorce

    C’est une petite Agathe de 7 ans, peu loquace en paroles mais au visage très parlant en raison de la mobilité de ses expressions.

    Sa maman consulte vendredi 9 avril, en fin de journée, une personne diplômée et de confiance. Motif : rien ne va plus pour cette petite en raison du divorce récent de ses parents. « Pourtant » précise la maman, « je lui ai tout bien expliqué. »

    Comme si une séparation de ses 2 parents était ingérée sans souci par une jeune enfant, tout simplement parce que tout lui a été « bien expliqué », selon les règles du moment.

    Un enfant heureux du divorce de ses parents ? Plutôt rare.

    Au contraire, il est très naturel que cette petite fille de 7 ans souffre de la séparation des grands qui lui ont donné le jour.

    Mais l’époque est devenue permissive pour les grands et intolérante pour les vagues à l’âme des plus jeunes, sommés de s’adapter aux variations de cœur et d’humeurs de leurs aînés.

    Aussi ce que je nomme l’encerclement par le pire a commencé à se mettre en place autour d’Agathe laquelle, trahie par ses aînés parentaux, ose envoyer balader l’école.

    Crime impardonnable, évidemment, pour cette institution qui s’est permis quelle horreur ! ou plutôt quelle maltraitance psychologique d’appliquer la « sanction» suivante : faire régresser Agathe du Cours Préparatoire, où elle était normalement, en Grande Section de maternelle. Pense-t-on vraiment que cela va l’aider ? Et pourquoi cette sanction ? Agathe n’est pas responsable du divorce.

    En punition supplémentaire elle a été confiée l’école y contraint avec plus ou moins de forme car c’est la mode aux bons soins d’une orthophoniste qui ne sert à rien. Agathe s’ennuie avec elle et ne voit pas l’intérêt de ces séances à côté de la plaque.

    Il y a trois plus grands avant elle, deux frères et une sœur de 10 à 14 ans, nés d’un autre papa. Avec eux le courant passe mal. En effet, ces aînés ont la chance de voir leur papa dans un contexte de bonnes relations avec la maman.

    Ce dont ne bénéficie pas Agathe. Qui semble, d’ailleurs mais que se passe-t-il quand sont ensemble père et fille ? frémir d’appréhension à l’idée de devoir passer une semaine de vacances avec son géniteur. Un papa qui gagnerait bien sa vie mais qui ne donne pas un cent de pension alimentaire à la maman.

    Pendant l’entretien en tête-à-tête entre sa maman et la personne consultée, Agathe joue sur la pelouse avec l’une des ados de la maison portée sur les sciences et qui lui fait apprécier, par une main puis l’autre, des poids de densités différentes. Agathe apprécie ce moment de détente sur une herbe constellée de pâquerettes où paresse le soleil.

    Car, selon l’enchaînement habituel, face au désintérêt soutenu affiché par Agathe pour l’école ni la régression en maternelle ni l’orthophonie n’ont rien amélioré, on s’en serait douté la directrice a orienté vers une consultation en CMP.

    Ce que je dis être le commencement de la fin pour un certain nombre d’enfants, par erreur de jugement des adultes responsables.

    Je m’explique.

    Qu’est-ce qu’un CMP ou Centre Médico-Psychologique ?

    En clair, c’est un Centre de Santé Mentale. Il faut bien avoir cela à l’esprit. Ces CMP existent depuis 1960, année où chaque département en France a été découpé en « secteurs psychiatriques ». Chaque secteur psychiatrique correspond à une zone géographique de 60.000 à 100.000 habitants. Ces CMP sont les premiers interlocuteurs pour la population générale, pour monsieur et madame tout le monde, pour une demande de soins en santé mentale ou en psychiatrie.

    Sauf qu’ici, Agathe n’a besoin ni de soin en santé mentale et encore moins en psychiatrie. Il y a, visiblement, comme une erreur d’orientation.

    Ce qu’il faudrait à Agathe c’est seulement une oreille pour pleurer, pour se plaindre, pour gémir, pour être écoutée; et tout en même temps se sentir entendue, comprise, soutenue, réconfortée, encouragée, conseillée face à l’insoutenable de cette séparation injuste que seul le temps atténuera… comme tous les chagrins d’amour. Et, avouons-le, c’est un terrible et important chagrin d’amour que d’être séparée de parents auparavant unis.

    Mais la société n’a pas prévu les chagrins d’amour.

    Elle n’a prévu, par les CMP, que la maladie mentale et les soins. Or, un chagrin d’amour n’est pas une maladie mentale. Un chagrin d’amour ne relève pas du soin psychiatrique.

    Notre société marche sur la tête !

    Il est peu probable qu’en situation similaire de divorce les enfants ou petits-enfants de députés ou de sénateurs soient envoyés par un directeur ou une directrice d’école primaire vers un CMP.

    La maman de la jeune Agathe a déjà pris rendez-vous auprès du CMP de son secteur.

    La personne qu’elle consulte hier lui conseille d’arrêter tout de suite cette démarche. Car, à partir de l’entrée en CMP, c’est une étiquette constamment négative qui va être posée sur Agathe, dès ses 7 ans et pour souvent toujours. Avec des conséquences perverses du côté scolaire et du côté personnel. Du côté scolaire car être suivie en CMP équivaudra à être une sous-élève, au minimum une jeune à problèmes, un être en difficultés. Du côté personnel car elle aura droit Agathe si l’école grince un tant soit peu à une proposition ferme de mise en hôpital de jour, suivi parfois de psychiatrie avec médicaments par un enchaînement ordinaire. Elle ne serait ni la première ni la dernière à suivre ce parcours inadapté et terrible… quand on ne va pas si mal. Quand on n'a surtout pas besoin de ce traitement là !

    La maman écoute. Le CMP sera annulé. Rendez-vous est pris avec une aide sur mesure, adaptée, elle, au chagrin de la jeune Agathe causé par le divorce tumultueux de ses parents. L’oreille dont Agathe a besoin sera celle d’une psychologue privée, forte d’une expérience de 40 ans auprès des petits et des grands. Certes, elle n’annulera pas la secousse infligée, mais elle saura consoler, réconforter, guider, redonner courage et confiance, ramener le sourire, raisonner pour l’école.

    Agathe sera sauvée, elle.

    Mais les autres, comme elle ?

    Il est quand même dommage et dommageable que la France n’ait à proposer que du soin mental, a priori et systématiquement, là une formule plus légère serait de rigueur !

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr

  • Enfants et divorce : Leonetti copie l’Allemagne ?

    Rapport rendu. Ouf ! Pas de loi supplémentaire. Une réponse toutefois aux anxiétés de certains politiques, concernés en direct par le sujet, et qui désiraient très fort un statut de beaux-parents. Du lourd. De quoi asseoir leur autorité.

    C’est raté et tant mieux.

    Pas pour les raisons lancées par Christine Boutin et son parti.

    Simplement pour le bien des enfants. Qui dans cette affaire ont été regardés, une fois de plus, comme des demi-portions ou des dixièmes de portion par rapport aux adultes.

    La réflexion était simple.

    Ou bien le nouveau cadre proposé aux jeunes – qui n’étaient pour rien dans les alliances changées de leurs parents biologiques – leur convenait. Auquel cas aucune loi ni convention n’était nécessaire.

    Ou bien, pour des raisons multiples, cela n’allait pas et n’irait pas. Et ce n’est pas des lois qui peuvent prétendre modifier des rapports familiaux, déroulés au quotidien, derrière l’intimité d’une porte close. D’autant plus que les enfants grandissent, heure après heure, jusqu’au moment où ils ont toute latitude pour quitter les lieux sans risque, viatique des 18 ans en poche.

    J’espérais donc que monsieur Leonetti, chargé par Nicolas Sarkozy, Président de la République, d’établir un rapport avec propositions sur le sujet de l’autorité des beaux-parents serait bien inspiré.

    Je n’osais rêver mieux.

    Je n’ai pas vu ni lu le rapport. Je n’ai pas non plus cherché à avoir des échos.

    Ce qui a été lancé via les médias – si cela n’est pas erroné ni entaché d’inexactitude – m’a paru très vraisemblable.

    Aucune innovation. Mais, on le sait, quand une situation ou une découverte était dans l’air du temps, il est arrivé que plusieurs personnes – sans aucune connexion à l’époque de la nouvelle préhistoire d’avant le Net – posent le doigt sur une nouveauté majeure.

    Je ne pense pas que monsieur Leonetti ait reçu, pour la proposition concluant son rapport, une révélation personnelle. Car ce qu’il présente comme solution a déjà été mis en œuvre, spontanément, dans un land d’Allemagne par un juge observateur et promoteur. Pour être repris, assez vite, dans d’autres lands, sous le nom de « pratique de Cochem ».

    Ce qui m’avait paru à l’époque la diffusion naturelle d’une simple mesure de bon sens.

    Qu’avait proposé et réalisé Jürgen Rudolph, Juge de la Famille et des Tutelles au tribunal de première instance de Cochem ?

    Simplement, avant tout démarrage de divorce, de disposer d’un accord des parents pour la suite quant aux enfants.

    Pourquoi avant ?

    Parce qu’avant en général, comme dans toute négociation, tout est relativement facile, aisé. Toujours moins compliqué qu’après.

    Avant c’est une sorte d’état de grâce où les parties concernées baignent d’un climat particulier pour trouver un accord. Elles en ont tellement envie !

    On retrouve la même atmosphère lors de la transaction d’un bien immobilier, avant signature. Tout est possible alors pour arriver à conclure.

    Le concepteur allemand de l’accord avant divorce a raisonné comme pour une transaction.

    Que la France y vienne, si la conclusion Leonetti est prise en compte, sera mieux que d’imposer à des jeunes le poids moral d’un beau-père ou d’une belle-mère, nimbé d’un halo officiel de par la Loi, une pièce rapportée non choisie par les jeunes et qui peut être apprécié ou détesté. La proximité ou la répulsion sont aussi question d’affinités, celles des enfants n’étant pas forcément conformes à celles de leur père ou mère pour le nouveau venu ou la nouvelle venue qui vient bouleverser un cadre de vie établi.

    En réfléchissant un instant, ces parents qui se séparent aujourd’hui se sont estimés et goûtés au moins un minimum, le temps de fabriquer cet enfant qui, soudain, ne paraît plus leur priorité. Il y a là une certaine discordance.

    Reste encore à souligner quelques points.

    Le fait que cette convention passée devant le juge devrait être susceptible d’être revue chaque année, ou au moins à la demande d’un des enfants, la situation pouvant bouger. Et encore quand la situation établie change, en raison du rythme d’unions désunions où barbotent certains couples, la famille recomposée d’hier devenant la famille séparée de demain.

    Le fait que cette convention n’existera pas pour les couples non mariés. Reste alors à espérer que les adultes intéressés auront assez de jugeote pour être compatissant à la situation des enfants issus de leur union afin de leur infliger le moins de souffrance possible, un minimum de déchirements.

    J’ajouterais qu’aujourd’hui on en sait plus sur cette alchimie physiologique et amoureuse qui déclenche un élan tel entre les êtres humains que ceux-ci font des enfants. Que cette alchimie peut ne pas durer. Ne pas être soutenue.

    Le problème est qu’un petit d’homme a besoin de plus de temps pour arriver à son autonomie que la majorité des bébés animaux.

    Au niveau d’un couple – qu’il soit marié, pacsé ou sans aucun lien juridique - il serait raisonnable de prendre en compte cette donnée physiologique pour organiser un cadre stable d’élevage et d’éducation pour, disons, les dix à vingt ans à venir de ce nouveau-né.

    Quant aux nouvelles attractions possibles, plus ou moins durables, des adultes pour une autre personne que leur conjoint ou leur binôme de couple, à eux de les gérer sans déclencher des cataclysmes au niveau du petit déjà existant, déjà vivant.

    On est capable de prendre soin d’un bien immobilier.

    Ne peut-on pas faire de même pour un enfant, la chair de sa chair ?

    Le mariage - sur qui tout a été dit - avait un mérite : offrir un cadre stable pour un grandissement des enfants d’un couple dans des conditions les moins mauvaises possibles.

    Certes quand un mariage était loupé ce n’était pas idéal.

    En l’état actuel de la société française, plus que les mariages loupés, c’est une inconstance, une paresse générale qui fait passer de l’un à l’autre.

    La persévérance s’en est allée.

    On consomme du conjoint comme on surconsomme des objets en général.

    Pas tout le monde. Mais beaucoup quand même quand on observe la vague importante des enfants qui, lors de l’établissement de la fiche familiale à la rentrée scolaire, ne vivent qu’avec l’un de leurs deux parents biologiques.

    Un peu de sérieux, les adultes !

    Un des effets collatéraux positifs d’une convention établie devant juge, si cette proposition Leonetti voit le jour, devrait être d’en finir avec les enfants « placés » par le système justice ASE. Car, jusqu’ici, à l’occasion d’un divorce que ce système estime - selon lui seul et sur quels critères objectifs ? - trop conflictuel, on arrache à la famille, on vole à la mère le plus souvent son enfant pour le mettre à croupir loin de son indispensable affection. Ces placements impensables devraient donc cesser.

    Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, en cherchant sur le Net avec les mors clés : « cochem jurgen rodolph juge » on trouve toute l’information désirée.

    Un séminaire, tenu en Belgique à Namur le 5 juin 2009, propose un résumé qui synthétise assez bien, à mon avis, la bonne pratique du juge Rodolph :

    «Il est un exemple réussi de la mise en pratique du principe de « la coopération obligatoire ». Dans plus de 95% des cas de séparation, les différents intervenants purent trouver des solutions. Rapidité des décisions, responsabilisation des parents, abandon de la logique « gagnant-perdant », coopération obligatoire de tous (intervenants et parents). Bien-être de l’enfant en priorité ! Ces éléments sont à l’origine du succès du « modèle de Cochem ». Quasi tous les parents séparés continuent de s’occuper et de décider en commun de l’évolution de leurs enfants. »

    Ce séminaire avait pour titre : « Le modèle de Cochem ». Préserver l’enfant du conflit de la séparation ? Vaincre la manipulation parentale ?L

    On n’est pas obligé de s’aimer. On peut au moins se respecter. Dans les deux sens. Ce devoir de respect envers les enfants est un devoir primordial à observer, d’abord par des adultes, en principe responsables du bon exemple.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr