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culpabilité

  • L’intime conviction des juges

    Vous trouvez sur la page intitulée "index thèmes blog" les thèmes qui me paraissent les plus importants avec les jours où les trouvez . Merci.   16 septembre: 78 visites, 

    L’assise d’un juge est son intime conviction.  L’intime conviction est sa puissance. 

    Existe-t-il une autre profession où l’on trouve cela ? Je ne sais pas.

     

    L’intime conviction d’un juge quand il y a recherche de la vérité est peut-être moins gênante que dans d’autres situations où il n’y a pas cette exigence. Car dans cette recherche, tout sera mis en œuvre pour obtenir cette vérité. Bien qu’il subsiste encore possibilité d’erreurs judiciaires. Voir l’affaire Kaas et d’autres.

     

    Mais quand cette exigence de recherche de la vérité n’est pas présente, quand il s’agit simplement de décider du sort d’un enfant non délinquant, par exemple, alors les règles semblent devenir floues. De ce flou qui entraîne des décisions  disons au jugé. Au jugement de l’intime conviction. 

    Il se trouve qu’un homme de théâtre, par ailleurs auteur, metteur en scène, interprète, père de famille et grand-père heureux a écrit à ce sujet. Il s’agit de Victor Haïm. Homme de talent que certains d’entre vous connaissent sans doute, dont presque tous connaissent les enfan,ts, des comédiennes de talent. .

     

    Cet ami de longue date a été rencontré par Maurice Cury  - cité dans les lignes ci-dessous - qui approche on ne peut mieux la personne qu’est Victor, « sa gentillesse et sa courtoisie coutumières », sa nature d’ «écorché vif qui a subi douloureusement les aléas de son métier difficile d’auteur dramatique » toutefois avec « l’élégance de n’en rien laisser paraître; toujours souriant et aimable », évoquant ses incertitudes « avec humour et distance». Pour Maurice Cury  « Victor Haïm est un des plus importants auteurs dramatiques contemporains »… «Il est à mes yeux parent d’Audiberti, de Vitrac, de Shéhadé, de Vauthier ou de Ionesco».

    « Le théâtre de Victor Haïm est un théâtre de la cruauté »… « Il aborde les thèmes les plus graves:le chaos du monde, l’épouvante de la mort, le pouvoir, la violence, l’incompréhension, l’arbitraire, la justice ou l’injustice, la culpabilité, l’humiliation, la lâcheté et le courage, la vengeance, l’intolérance, l’intégrisme de la pensée, l’aliénation, la lutte des classes, les affres de la création. Ses thèmes sont à la fois sociaux et intimes, il radiographie la société et plonge au coeur de l’âme humaine ». J’approuve intégralement la présentation de Maurice quand il écrit des personnages de Victor qu’ils «sont des êtres de chair et de sang, d’amour et de haine, capables des pires bassesses et des plus grands sacrifices. Ce théâtre cruel, tourmenté, apparemment pessimiste, parfois cauchemardesque sous les dehors souvent de la farce ou de la comédie, est peut-être, au bout du compte, un cri d’amour.»

     

    Ce préambule pour situer un peu mieux les paroles de l’homme qu’est Victor Haïm «d’une lucidité et une  intelligence peu communes » quand il parle de la conviction intime des juges.

     

    Place maintenant à Victor quand il répond à son intervieweur :

    « Une dizaine d’années plus tard, » (après avoir vu le film de Bergman : le Rite) « à l’occasion d’une affaire criminelle où l’on parlait de la conviction du juge, je pris conscience que, depuis l’adolescence, j’étais obsédé par la difficulté de se faire une opinion sur la culpabilité. D’où venait mon obsession ? D’une aventure de jeunesse traumatisante. J’étais lycéen. A la suite d’une maladie sans gravité, je manquai la classe. J’avais laissé dans mon pupitre un livre de géographie où des vaches illustraient un chapitre sur l’agriculture. A mon retour, le directeur courroucé me montra mon livre où le nom de mes professeurs étaient inscrits sur les vaches. «Ne niez pas, nous avons reconnu votre écriture. » Je fus renvoyé. Finalement, le coupable se dénonça, je fus réintégré et lui renvoyé. Je suis constamment préoccupé par les problèmes des juges, plutôt par la fragilité de leur intime conviction. Il existe un concentré de facteurs qui parasitent leur jugement.»

    Et la phrase qui suit immédiatement peut s’appliquer tout autant aux juges qu’aux personnes qu’ils jugent avec leur intime conviction. Je vous la livre car elle est lourde de sens – pour les juges, les experts, les avocats, les éducateurs et tout responsable de mineurs : « Qu’est-ce qu’une personnalité sinon la résultante de ses inhibitions, de sa culture, de sa libido, des traumatismes de jeunesse ?» Et Victor développe et explicite avec sa pièce Qui a tué le général ? « une farce sur la mission d’un juge » … «genre destiné à exorciser ma culpabilité. » (pages 43 à 47 de Visite à Victor Haïm de Maurice Cury chez Caractères, 2005, le préambule mentionné plus haut étant présent aux pages 9 à 11).

     

    Voilà, les jeunes. Une idée à propos de l’intime conviction des juges ? Des juges pour enfants ? Quand il ne s'agit pas d'enfants délinquants. (en photo: Victor Haïm)

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr