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christ roi

  • Anniversaire et Christ Roi

    Cette année, le jour de ma naissance est aussi celui du Christ Roi, dimanche 23 novembre. J'ai eu la chance de naître à la maison, une tante sage-femme au fort caractère étant présente, ouvrant les yeux sur le Mont Gaillard où se déroula la bataille de Châtillon le 5 juillet 1793 entre le général François-Joseph Westermann et ses hommes et l'armée catholique et royale avec Henri de La Rochejaquelein. Ayant grandi, le jour du Christ Roi je portais, dans l'église, le pain donné par la famille pour la semaine, un très gros pain, au curé de la paroisse de La Trinité. Cette symbolique me paraissait alors très forte. Et elle l'est toujours.

    Pour ce dimanche 2014, voici le texte de l'évangile selon Matthieu, 25, 31-46 : «  Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! »
    Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu'à toi ? » Et le Roi leur répondra : « Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l'avez fait. » Alors il dira à ceux qui seront à gauche : « Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. » Alors ils répondront, eux aussi : « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim et soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ? «  Il leur répondra : « Amen, je vous le dis, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait. » Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle ».

    On saisit bien ceux qui donnent et ceux qui ne donnent pas, qui peuvent être d'ailleurs les mêmes personnes à différents moments. Le besoin de manger peut concerner le corps, mais aussi un besoin d'amitié, d'amour, de reconnaissance. Chaque besoin évoqué peut être un besoin physique, ou un besoin du cœur, ou un besoin de l'esprit, ou un besoin de l'âme. Quant à ce qui est écrit sur un possible châtiment éternel, les copistes ont-ils bien lu ce qui était écrit ? La question me semble personnellement secondaire. L'important est de faire au mieux de ce que l'on ressent, de donner si on ne peut faire plus ne serait-ce qu'un sourire, un regard, une poignée de main, une parole... ; car tous ces gestes peuvent faire la différence dans une vie vide de reconnaissance, vide de chaleur humaine, parfois vide de tout...

    Pour fêter avec vous cet anniversaire, je vous cite un texte que j'aime beaucoup de Charles Péguy, fauché le 5 septembre 1914 par une balle en plein front, laissant des enfants en bas âge. Mon père, lui, avait été blessé en août 1914 et se trouvait en soins avant de repartir au front.

    Ce texte de Charles Péguy est celui qui loue l'Espérance, une vertu cardinale à laquelle il conviendrait d'ajouter la Joie.

    « Ce qui m'étonne, dit Dieu, c'est l'espérance.

    Et je n'en reviens pas.

    Cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout.

    Cette petite fille espérance.

    Immortelle.

    Car mes trois vertus, dit Dieu.
    Les trois vertus mes créatures.
    Mes filles mes enfants.
    Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
    De la race des hommes.
    La Foi est une Épouse fidèle.
    La Charité est une Mère.
    Une mère ardente, pleine de cœur.
    Ou une sœur aînée qui est comme une mère.
    L'Espérance est une petite fille de rien du tout.
    Qui est venue au monde le jour de Noël de l'année dernière.
    Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
    Avec ses petits sapins en bois d'Allemagne couverts de givre peint.
    Et avec son bœuf et son âne en bois d'Allemagne.
    Peints.
    Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.
    Puisqu'elles sont en bois.
    C'est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
    Cette petite fille de rien du tout.
    Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.

    [...]

    Mais l'espérance ne va pas de soi.

    L'espérance ne
    va pas toute seule.

    Pour espérer, mon enfant,
    il faut être bien heureux,
    il faut avoir obtenu,
    reçu une grande grâce.

    [...]

    La petite espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs et on ne prend pas seulement garde à elle.
    Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses deux sœurs la petite espérance
    S'avance.
    Entre ses deux grandes sœurs.
    Celle qui est mariée.
    Et celle qui est mère.
    Et l'on n'a d'attention, le peuple chrétien n'a d'attention que pour les deux grandes sœurs.
    La première et la dernière.
    Qui vont au plus pressé.
    Au temps présent.
    À l'instant momentané qui passe.
    Le peuple chrétien ne voit que les deux grandes sœurs, n'a de regard que pour les deux grandes sœurs.
    Celle qui est à droite et celle qui est à gauche.
    Et il ne voit quasiment pas celle qui est au milieu.
    La petite, celle qui va encore à l'école.
    Et qui marche.
    Perdue entre les jupes de ses sœurs.
    Et il croit volontiers que ce sont les deux grandes qui traînent la petite par la main.
    Au milieu.
    Entre les deux.
    Pour lui faire faire ce chemin raboteux du salut.
    Les aveugles qui ne voient pas au contraire.
    Que c'est elle au milieu qui entraîne ses grandes sœurs.
    Et que sans elle elles ne seraient rien.
    Que deux femmes déjà âgées.
    Deux femmes d'un certain âge.
    Fripées par la vie.

    C'est elle, cette petite, qui entraîne tout.
    Car la Foi ne voit que ce qui est.
    Et elle elle voit ce qui sera.
    La Charité n'aime que ce qui est.
    Et elle elle aime ce qui sera.

    La Foi voit ce qui est.
    Dans le Temps et dans l'Éternité.
    L'Espérance voit ce qui sera.
    Dans le temps et dans l'éternité.
    Pour ainsi dire le futur de l'éternité même.

    La Charité aime ce qui est

    Dans le Temps et dans l'Éternité.
    Dieu et le prochain.
    Comme la Foi voit.
    Dieu et la création.
    Mais l'Espérance aime ce qui sera.
    Dans le temps et dans l'éternité.

    Pour ainsi dire dans le futur de l'éternité.

    L'Espérance voit ce qui n'est pas encore et qui sera.
    Elle aime ce qui n'est pas encore et qui sera
    Dans le futur du temps et de l'éternité.

    Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé.
    Sur la route montante.
    Traînée, pendue aux bras de ses deux grandes sœurs,
    Qui la tiennent pas la main,
    La petite espérance.
    S'avance.
    Et au milieu entre ses deux grandes sœurs elle a l'air de se laisser traîner.
    Comme une enfant qui n'aurait pas la force de marcher.
    Et qu'on traînerait sur cette route malgré elle.
    Et en réalité c'est elle qui fait marcher les deux autres.
    Et qui les traîne.
    Et qui fait marcher tout le monde.
    Et qui le traîne.
    Car on ne travaille jamais que pour les enfants.

    Et les deux grandes ne marchent que pour la petite. »

    Charles Péguy. Le Porche du mystère de la deuxième vertu 1912

    L'espérance est hors du temps, d'un temps qui serait tout au présent. La Joie est une compagne naturelle de l'espérance. En ce 23 novembre où le soleil brille habituellement là où je me trouve, je vous souhaite à tous, chers lecteurs et lectrices, de posséder et la Joie et l'Espérance pour illuminer et adoucir votre vie.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr