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charlotte valandrey

  • Charlotte Valandrey : L’amour dans le sang

    valandrey.jpgJe découvre n’avoir pas parlé encore du livre de Charlotte Valandrey, actrice talentueuse, acharnée à vivrearash10.JPG malgré sa séropositivité escortée par la suite d’une greffe de cœur réussie.

    Ce livre paru en 2005 aux éditions Le Cherche Midi
    http://www.cherche-midi.com a connu le succès. A tel point qu’un film a été produit pour France 3 par celui-là même qui avait découvert le potentiel d’Anne-Charlotte Pascal, lui permettant de débuter au cinéma dans Rouge Baiser, Dominique Besnehard. 

    J’ai apprécié le film, me plongeant après coup dans le livre recommandé, à juste titre, par Arash Derambarsh Directeur du département politique et personnalités publiques au Cherche Midi.

    Je suis sûre que vous êtes nombreux à avoir vu Charlotte soit au cinéma, soit au théâtre ou encore à la télévisison. 

    Le style de son livre, une autobiographie, est très vivant, avec du rythme, du présent, des étonnements… 

    Après un début unique – comme chaque enfance – qui n’aurait pas sucité a priori d’ouvrage, la vie de Charlotte bifurque en août 1984, à 15 ans. Cette jeune personne, d’une famille parisienne bourgeoise, accompagnée d’une petite sœur de 5 ans plus jeune, déroule une scolarité sans histoire escortée en Bretagne d’étés de rêve au Val-André : « mon aire de jeu, la plus belle des plages, celle de mon enfance ». (p.29)

    Cet été 1984 Anne-Charlotte Pascal devient l’héroîne du film Rouge Baiser sous le nom de Charlotte Valandrey (Val-André). Fin de la première partie du livre.

    La seconde partie nous plonge dans le tournage, la sortie, l’après sortie de ce film. Charlotte a maintenant 17 ans, vit dans un studio que lui ont acheté ses parents qu’elle voit quasiment tous les jours. « Je regrette de ne pas être restée chez mes parents plus longtemps. J’étais trop jeune, pas prête, pas construite, j’aurais été moins seule, plus heureuse. J’aurais peut-être eu mon bac ». (p.93)
    La « vie tourbillonne », ponctuée de rencontres dont celle de Johann : « Je suis amoureuse, je me donne corps et cœur pour la première fois ». (p.107)
    Un premier test quant au VIH/Sida donne un résuktat négatif. Il est conseillé de refaire un test ultérieurement. Plus tard …

    Rencontre sans suite avec Serge Gainsbourg : « Je ne le reverrai pas, ne le recontacterai pas. Je n’agirai jamais par opportunité, « pour ma carrière », je me laisserai porter par mes goùts, mes envies du moment ». (p.136)

    17 ans. Re-test VIH avec une copine. A coucher sans préservatif des risques ont été pris. Le résultat tombe, par courrier du laboratoire : « Sérologie VIH positive…
    Je suis paralysée (…) je sens que c’est grave. » (p.143)
    Et encore : « Pourquoi moi ? Pourquoi ça ? Pourquoi ? 
    Je crois qu’il n’y a pas de traitement, alors quoi faire ? J’aimerais faire marche arrière (…) J’ai été naïve, princesse immortelle comme toutes les filles de mon âge, peut être un peu plus. Je revois les baisers, les étreintes, mon corps pénétré, je n’ai fait que l’amour. (…) 
    Oublier, je n’ai pas le choix. Je vais vivre plus vite, instinctivement, je vais gagner du temps, je vais accélérer, m’étourdir, tournoyer jusqu’à tomber, ne plus penser à cette lettre, à ce truc dans mon sang que je ne sens pas, à celui qui sans le savoir m’a donné la vie fragile et l’amour contagieux. 
    Je ne saurai jamais qui. Cela me manquera, j’aurais voulu partager» (p.144-145)

    Les parents mis au courant sont qui effondrée – la maman, qui silencieux – le papa. Avec un mot d’ordre : « Le silence fut la consigne familiale (…) Je ne dirai rien, sauf à mes amoureux et à quelques personnes tendres qui pourront m’entendre ». (p.146)

    En février 1995, lors d’un contrôle, les globules blancs ont chuté. Les parents soutiennt. Le papa décroche un rendez-vous avec Willy Rozenbaum, un médecin qui a fait beaucoup et continue. Il prescrit les premières doses d’AZT et, après queles mois, les globules remontent et la charge virale diminue.

    Bonne nouvelle ! Charlotte est choisie pour la série des Cordier sur TF1. « Je réapparais dans la presse, quelques photos, quelques articles, quelques médaillons au hasard des pages télé que maman traque pour continuer ses albums ». (p.170)
    Une maman qui décède bientôt.

    Plus tard, voici Oscar ; un mariage avec celui qui offre à Charlotte une petite fille pour l’an 2000 : Tara, Anaïs. Aucune prise de risque pour l’enfant : Charlotte est sous trithérapie et, dans ce cas, pas de séropositivité connue du côté des enfants. Charlotte précise : « Mon désir d’enfant naîtra de ma volonté de survivre. Oscar veut être père, peut-être est-il mû par le même désir sans le dire. Notre enfant sera le fruit de la tendresse et de la vie. » (p.199)

    En 2001, Oscar « couve Tara » sa fille pendant que la maman travaille, jouant Les monologues du vagin qui affichent complet pendant les 6 mois de cette aventure. Puis, en février 2002, une douleur violente et subite surgit, passe. Cela recommence. Un cardiologue consulté parle d’infarctus. Traitement.
    Nouveau téléfilm en 2003 : Les Penn-Sardines. Avec l’été, le coeur flanche. Retour en urgence avec papa, en train, du Val-André à Paris. 

    La troisième partie débute mal : avec un reste de 10% en capacité cardiaque, 36 kilogs, ce sont les soins intensifs. « Mon mari a amené ma fille pour m’embrasser malgré l’interdit. Maman va peut-être partir, mon ange. (…) Je ne vais quand même pas finir là sur du fer-blanc et des draps synthétiques ! (…) Tout le monde entre sans frapper (…) ils rentrent et sortent. Il n’y a plus de femme dans cette chambre, plus de jolie vedette, je suis un patient, un malade, une chose que l’on doit guérir vite ». (p.211)

    Novembre 2003, greffon disponible. « Je nais une autre fois. J’ai une deuxième chance » (p.224)
    Après vient le traitement antirejet, sans oublier le passage en rééducation. Enfin un joyeux Noël ! chez une amie avec Tara et Oscar. En mai 2004, Oscar part, c’était prévu. Autre difficulté, financière celle-là.
    « Il faudrait que je retravaille, un téléfilm ou du doublage, je n’ai pas encore la force de faire du théâtre.
    Je tourne quelques jours. (…)
    Je reprends des forces, un peu de poids, je fais encore maigre, mais pas malade. » (p.237)

    Mais en vrai côté profession, ça ne va plus bien. « Rien n’est sûr, sauf ma coronarographie. Je suis une people sans travail, c’est assez fréquent. » (p.252) « Je n’existe plus. On ne me demande même pas comment je vais, tout le monde s’en fout. J’avais appelé (…) appris qu’elle préparait un téléfilm et je me demandais s’il n’y avait pas un petit rôle pour moi. Pas de réponse.
    Il semble que seuls le succès ou la possibilité de succès inréressent. Rien n’est gratuit. La générosité, la charité sont gardées pour le Sidaction. » (p.258)

    Si le travail n’est guère présent, si le téléphone reste désespérément trop silencieux, il demeure des rendez-vous obligatoires avec les médicaments. « Mes médocs sont mes bienfaiteurs et mes boulets miniatures. Pas le choix, ils me ramènent deux fois par jour à mon état.
    Je n’échappe pas au rappel quotidien que ma vie est fragile, que mon corps est dépendant. » (p.263)

    A l’avant dernier chapitre Charlotte se récapitule : « L’amour me manque.
    J’ai l’impression d’avoir attendu l’Amour toute ma vie. 
    Je suis impatiente. Je brûle le temps, je suis pressée d’arriver au rendez-vous de l’amour. L’amour c’est l’Autre, les autres, mon père, ma mère, ma fille, ma coiffeuse, le serveur qui ne voit que moi, mon voisin qui aime tant mon rire. 
    Je n’en ai jamais assez.
    Je veux qu’on m’aime, qu’on me le dise, le crie, le répète. 
    Que l’amour brille dans les yeux, danse dans un sourire, qu’on me caresse jusqu’au bout, jusqu’à m’user. » (p.266)
    « Le silence, la neutralité douce, les phrases monocordes et les comportements conventionnels de mes parents étaient comme un bandeau sur leur bouche. Un barrage au flot de l’amour, et je n’ai jamais vraiment su la vraie température de l’eau.
    Alors j’ai couru l’amour, comme on cherche un trésor, comme on se cherche, on n’existe pas avant « je t’aime ».
    Je cours encore. » (p.267)

    Elle conclut : « Je veux prendre ma deuxième chance, jouir de mon coeur nouveau. Je veux que ma fille soit fière de moi, je veux lui donner l’amour pour qu’elle ne le cherche pas. (..) J’aimerais embrasser mon père et le remercier de tout ce qu’il a fait, lui dire que je l’aime parce que je crois que je ne lui ai jamais dit. (…)
    J’aimerais voir crever le VIH. J’aimerais refaire l’actrice comme dans Antonin Artaud. 
    J’étais sa Colette, amante aux yeux rouges, fiévreuse, j’avais l’amour dans le sang.
    Mon meilleur rôle. » (p.269-270)

    Pour conclure à mon tour. People ou pas, la famille reste l’appui principal en cas de coup dur. Ce n’est pas Charlotte Valandrey qui dira le contraire. Du côté du VIH/Sida, une façon de le voir crever est de l’empêcher de se propager. Alors, moins de 18 ans – et plus aussi - par pitié pour vous, par pitié pour les autres, protégez-vous ! C’est une contrainte, je le sais. Mais pas d’autre moyen lors de rencontres imprévues. La bonne mine d’un ou d’une partenaire n’indique en rien son état sérologiques quant au VIH/Sida. Les premières fois aussi peuvent apporter une contamination qui sera définitive avec des traitements lourds aux effets secondaires pénibles. 

    Depuis ce livre témoignage et le film correspondant, Charlotte est marraine de la fondation Greffe de vie. Elle a aussi joué au théâtre dans Le siècle sera féminin ou ne sera pas. 
    Dans son livre, tout est dit.


    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr (illustrations : couverture de L’amour dans le sang; Arash Derambarsh, de sa collection personnelle)