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ch'tis

  • Dany BOON: les Ch'tis

    Dimanche, 0h 26, de retour du Cours Saint Emilion où à l'UGC je me suis régalée avec "Rendez-vous chez les Ch'tis". Tourné à Bergues.
    En vrac: des acteurs superbes - dont Dany BOON qui a proposé l'idée du film; des plans de personnages aussi précis que des photographies; des extérieurs tranquilles; un jeu  superbe de carillons de 50 cloches dans le beffroi avec Dany BOON  en carillonneur... Un dynamisme déluré  tout le temps de le projection.2061954548.jpg
    Surtout l'authenticité du quotidien. Une manière de camper des caractères par le moyen du film et avec le langage des ch'tis qui sont l'un et l'autre  des moyens directs de peindre des personnes à la façon de La Bruyère, sauf qu'ici les images du  film ne donnent jamais dans la moquerie mais sont au service d'un regard constamment bienveillant porté sur le jour  après jour  des humains. Tout spécialement des personnes sortie de leur routine habituelle par des circonstances imprévues.
    Aux moments où le rire fuse collectivement à l'écran lors de certaines scènes,  c'est vers la verve et le rythme de Rabelais que j'ai été transportée.
    Tout au long de cette histoire sortie tout droit de la réalité la salle bruissait des rires de spectateurs de tous âges, une telle variété n'étant pas usuelle. C'était d'ailleurs la séance, à guichet fermé, de 21h30 et j'avais téléphoné le samedi matin pour réserver ma place.
    Ce film ne fait pas recette sans raison. Outre les liens évoqués vers La Bruyère et Rabelais,  le salle adhérait d'autant plus à ce film génial de bonne humeur et de tendresse qu'il était  produit à la manière d'une pièce de théâtre. Avec unité de lieu de l'intrigue - ce village du Nord, unité de personnes - tous les protagonistes sont
    en place du début à la fin et quelque part unité de temps - la bulle des 3 ans d'affectation-sanction en plein nord pour ce  directeur de poste habitué du plein Sud. La musique du film lui-même est présente, juste ce qu'il faut.  

    L'intrigue ? Peut-on  vraiment  parler d'intrigue ?
    Oui, mis à part qu'elle est très simple, tenant dans le transfert d'une vie d'un lieu culturel connu  vers un autre espace culturel, inconnu et redouté.
    Un peu de piment doux - tel celui d'Espelette en cuisine !  - est apporté par Julia, l'épouse du directeur, présente juste ce qu'il faut pour amplifier (catalyser)  l'intrêt de ce qui  se déroule dans le Nord puisqu'elle a reste collée à son sol (rocher (!))  de Salon de Provence.

    Le succèe de ce film est compréhensible car il met en exergue un quotidien universel.  Il suffisait d'y penser. Dany BOON y a pensé pour faire valoir son Nord à travers le langage et les habitudes d'une commune du Pas de Calais.  On comprend que les USA envisagent un remake. 

    On est encore réjoui - lors du  déroulement des noms des "fabricants" à la fin du film - par la présentation  de quelques extraits de scène de tournage, non reprises dans le film. Des scènes drôles.

    Par hasard, à l'occasion d'une réunion autour des oeuvres écrites par Francis POULENC - musicien très joué dans le monde - j'ai été le témoin attentif d'un échange en parler Ch'tis entre Maître Georges Prêtre, chef d'orchestre que vous connaissez certainement, et un fonctionnaire en retraite venant faire dédicacer quelques vinyls  enregistrés autrefois  par ce chef  toujours talentueux. A cette occasion, Maître Georges Prêtre évoquait la motivation animant ceux qui voulaient acquérir les 1ères bases en musique. Pour débuter dans ce domaine artistique  il était obligatoire d'être présent avant le début du cour,  jour après jour donnée à une heure très matinale; sinon la  porte restait close pour le retardataire qui était  exclu de cet apprentissage - donné gratis par un musicien - après plusieurs retards ... par  non motivation suffisante.

    Il serait possible de donner ici le fil  du scénarion. Il me semble meilleur de voir le film.  De rire - de ce "rire médecin" de l'homme. Rabelais - qui avait appris et pratiqué la médecine - a d'ailleurs  écrit: "Parce que rire est le propre de l'homme".

    Comment vient le rire à  partir des phrases échangées dans le film ? Comment font vraiment rire les  incompréhensions générées par des différences de langage ou de culture? ou encore des manières d'être liées à des conditions de vie ?
    Quelques exemples:
    * A Philippe, directeur de Poste nommé à Bergues, qui s'étonne de l'absence de meuble dans son logement  de fonction  il est indiqué que "les meubles chez des chiens", ce qui exprime que "les meubles c'est les siens" (= ceux que le précédent occupant à emporté avec lui en partant).
    * le"chnord" (= le nord), "le chud" (=le sud)
    * "Pas une église. C'est not' beffroi."
    *"bilout; biloute"
    * "20 de dious !"
    * "ti; mi" (=toi, moi); "on était en train de parler d'ti"

    * par rapport au bon accueil dans le Nord de l'étranger: "On sert plus à rien si y'a personne pour être accueilli"
    * Quand étranger vient dans le nord i braie 2 fois: quand il arrive et quand il repart" (quand il arrive car il est pas content d'arriver là; quand il part parce qu'il regrette d'en partir) 

    * "mon gamin, il a encore oublié sa gamelle !" ( une gamin de 35 ans !)
     
    * à l'occasion d'un match: "C'étaient les corons.....C'était le charbon"

    * Outre la dégustation d'un fromage fort au petit déjeuner, le maroille, la chicorée est  mélangée au café; outre les propriétés de la chicorée, il faut avoir présent l'esprit que la chicorée étant moins chère à l'achat que le café cet ajout permet une boisson à un prix moindre.

    * Du côté du nettoyage des sols carrelés où la serpillère est un outil connu, dans le Nod elle prend le nom de wassingue.
    * On bénéficie d'un extrait de Jacques Brel avce le début  de : "Avec la mer du Nord...le coeur à marée basse" parfaitement placé dans le scénario.
    * Des échos aussi du "Clair de lune à Maubeuge"

    * Des chars à voile sur la plage

    *Et des scènes drôles à voir pour rire franchement

    Allez voir les Chtis ! vous les jeunes, les moins de 10 ans - il y en avait ce soir qui avaient bien assimilés le parler des Chtimis. Courez-y ! Vous allez kiffer ! A plusieurs niveaux.
    Enfin un film drôle et  plein de finesse, fait avec intelligence et sans prise de tête. Pas de complications sentimentales. Pas de questions de pouvoir en jeu.  Pas de question d'argent en ligne. Pas de maladie.  Pas de mort.  Pas de catastrophe ni de drame, enfin !
    Une présentation des imprévus, parfois des quipropos, qu'une affectation imprévue  peut entraîner, plus encore peut-être quand elle n'est pas désirée.
    La saveur du langage utilisé par les Chtis ajoute énormément à la sincérité et à la vérité du film.  Langage qui reprend, par l'idée de Dany BOON, ses lettres de noblesse. Et avec lui d'autres langues régionales reprennent du service.

    Je n'oublie pas qu'aujourd'hui la fête de Pâques chétienne est célébrée avec faste, au plan spirituel. Au plan temporel on déniche les oeufs en chocolat cachés ici et là  au son des cloches qui ont retrouvé leur voix. A cette occasion je souhaite un heureux anniversaire à tous ceux qui sont nés un dimanche de Pâques, comme une petite fille de 9 ans que je connais bien qui a débarqué les yeux grands ouverts sur la découverte de ce monde.
    A tous "Joyeuses Pâques ! "

    contact: francoiseboisseau@wanadoo.fr