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belle ile

  • Les Vauriens ou les enfants bagnards

     En préalable, vous trouvez sur la page intitulée "index thèmes blog" les thèmes qui me paraissent les plus importants avec les jours où les trouvez . Merci.   13 septembre: 43 visites, 

    Jeudi soir, 11 septembre, France 3  projetait « Les Vauriens » un téléfilm français de 2006 de Dominique Ladoge avec Jean Senejoux (Louis Delpierre dit Loulou).

     

    J’ai d’abord jeté un coup d’oeil car c’est une histoire des bagnes d’enfants qui semblait annoncée. Je craignais que cela porte sur le parcours d’Ana, la petite fille du vaurien concerné, juge des enfants.

    Il n’en était rien.

    C’est l’histoire d’un certain Louis Delpierre qui est en fait conté. Un Louis Delpierre qui n’a jamais rencontré sa petite fille et qui, pour y arriver, a fait croire à son décès.

    Au départ c’est sous le masque d’un vieil ami du grand-père, nouvellement décédé, que démarre cette histoire du bagne des enfants de Belle Ile.

     

    Alors je suis restée à regarder. Car cela relatait la jeunesse du grand-père, avant Belle Ile puis sur cette île. En expliquant le pourquoi de son arrivée en ce lieu en 1933. Là où un bagne d’enfants avait alerté Prévert lors d’un séjour sur cette île, entraînant l’écriture immédiate d’un poème  dur, réaliste et triste à ce sujet. Poème entendu lors d’une soirée musicale près de la Bastille..

     

    J’ignore quelles ont été les sources de Dominique Ladoge. Mais l’histoire n’est que trop vraie. Et se cale parfaitement avec ce que je connais sur ces sujets là.

     

    Le héros, d’ailleurs, se retrouve enfermé à tort. Il n’a rien volé. Il a eu le malheur de trouver un billet dans un bois… et le voilà qualifié d’office de voleur, malgré ses dénégations. Comme son père est décédé et que sa mère est incapable de s’en occuper – il a été mis dans une ferme où les conditions sont telles que le garçon, un jour, s’en va. Le voilà donc fugueur, doublé d’un voleur.

    On ne s’embarrasse pas, à l’époque, des ces enfants errants. La mère n’est d’ailleurs pas prévenue du lieu où est son fils ? Et le voilà embarqué dans un lieu, un « bagne pour enfants » même si ce n’est pas le nom officiel.

    Pour son information et l’inciter à filer doux, il passe sa 1 ère nuit – comme tous les nouveaux – dans la cellule 19. C’est la méthode. C’est un lieu où vont séjourner tous les punis, parfois en étant entravés en camisole, au contact direct avec le sol et des murs en pierre d’où suintent l’humidité et des rigoles d’eau, en intimité avec les souris qui accourent pour se nourrir du brouet proposé. Il en sort mouillé, sali, et dans l’état psychologique que l’on peut imaginer.  

     

    Evidement ses cheveux ont été coupés ras. La vie au quotidien se déroule en étroite proximité. C’est une vie de promiscuité avec des surveillants portés sur les coups, les sanctions au moindre écart. La pédérastie est normale, si j’ose dire, les gardiens laissant faire. Les mauvais traitements vont de soi. D’ailleurs à qui pourrait-on se plaindre ? Sous surveillance constante, il n’y a aucun interlocuteur possible. Un enfant décède. Puis un autre. Et encore un autre. La routine pour son directeur, ancien directeur de prison qui estime ne faire là que son devoir de chrétien, sous le regard d’une vierge de Lourdes.

     

    Il a d’ailleurs déclaré en accueillant Louis que ce dernier lui dirait « Merci » en quittant ce lieu quand il aura 21 ans, âge de la majorité à l’époque. Voilà l’ordinaire pour Louis et les autres garçons, un Louis qui se fait quand même quelques copains.

     

    Il tente de s’enfuir une première fois, arrive à se rendre chez sa mère ; mais il est repris par les gendarmes car l’amant de sa mère n’en veut pas. Les cris de Louis : « Maman ! Maman !  J’veux pas y aller ! J’veux pas y retourner ! Maman ! Maman ! » n’y font rien.

    Une autre mère, une vraie, qui a elle enfin trouvé où son fils était enfermé, arrive remplie d’espoir pour le voir mais trop tard : son garçon s’est pendu la semaine passée ! et elle n’en a pas été informée.

    Autre essai de fuite où l’on retrouve l’épisode auquel Prévert a assisté avec une chasse aux enfants acharnée, favorisée par la remise d’une prime aux touristes ou aux habitants par enfant retrouvé. 20 Francs par enfant capturé. Une somme.

     

    Les enfants travaillent, bien sûr. Et sont payés chichement comme on peur s’y attendre. L’institution s’enrichit sur le dos des jeunes. Et en cas d’évasion et de primes offertes l’argent  correspondant est prélevé sur leurs maigres gains.

     

    Les maladies pulmonaires font des ravages. Et bien d’autres choses.

     

    L’espoir se fait jour avec l’arrivée sur l’île d’un drôle de type, qui se dit ingénieur et chargé d’installer une usine pour laquelle il va embaucher des jeunes de la colonie. Le directeur à  cette occasion déclare : « Ces malheureux n’ont aucun sentiment ». Ce qui donne bien le ton.

    A l’occasion d’un dialogue entre cet homme et une femme de l’île qui franchit par fois les portes de la colonie pour y faire quelques livraisons, il apprend que « Tout le monde s’en moque. Les enfants se taisent : ils ont peur. » . Réponse de l’ingénieur : « Et si je pouvais les aider ? J’arrive jamais à leur parler seul à seul ».

    Aidée par cette insulaire, l’ingénieur arrive à obtenir des paroles de Louis, toute oreille écoutante étant éloignée et l’home ayant révélé et montré sa profession de journaliste.

     

    Un article a déjà été publié : L’espoir perdu des enfants de Belle Isle.

     

    Le faux ingénieur est démasqué par le directeur qui a pris des informations ailleurs. Le journaliste ne se démonte pas, au contraire. Et prédit l’éjection du directeur sous moins d’un mois.

    Le ministre en personne, qui craint que ce scandale ne lui coûte sa place, vient inspecter les lieux. C’est indigne de la République. Il a découvert les méthodes pratiquées : corruption, torture…Il  exige que la cellule 19 soit immédiatement murée. Les gens sont révoltés Le directeur l’ »assassin d’enfants » est rétrogradé.  

     

    La femme évoquée a décidé de garder Louis avec elle. Six années de pur bonheur.

     

    Au cours du récit l’homme, à la suite d’un malaise, révèle que c’est lui, le grand-père d’Ana. Tout va bien. Il reprend son récit.

     

    La guerre arrive. Louis a 17 ans, il part. Il rencontrera la maman d’Ana, sera heureux. Puis sur ce qu’il dit avoir été un coup de déprime, il en prend pour 15 ans ferme. Sorti ? il n’a revu ni sa femme ni Ana.

     

    Le film s’achève sur musique et chant : « La vie nous a foutu dehors. La vie nous a foutu en l’air. »

     

    « Tout ce qui est dans ce film est vrai, des scènes les plus dures à l’intervention du journaliste » a déclaré le réalisateur Dominique Ladoge dans un entretien à l’AFP. Toujours selon l’auteur de ce téléfilm, « si on avait mis dans le film tout ce qu’on a lu, cela aurait été insoutenable ».

    Dans le Journal Témoignages, de l’île de La Réunion, du mercredi 4 avril 2007, sous le titre Si di a zou un article très bien est rédigé. A un certain moment un paragraphe parle de l’ordonnance de 1945 comme suit : « « L’ordonnance de 1945 est le texte de loi qui mit fin au véritable scandale qu’ont été les bagnes pour enfants. C’est ce fameux texte dont il est question qu’il soit réformé et que tous les chantres de la répression brandissent comme un brûlot à chaque nouvelle poussée de fièvre. Avec le projet de loi sur la prévention de la délinquance, ne voyons- nous pas revenir le temps des enfants bagnards ! » http://pht974.blog-reunion.com/  

    Ceux qui connaissent un peu ce blog savent que je suis très branchée sur l’indicible souffrance  des enfants placés injustement. Et ce film m’a fait mal, quelque que part, en me jetant à la face des exemples actuels. Dont un frère et une sœur qui ne cessent pas, semaine après semaine,  de demander pourquoi ils ne repartent pas avec papa et maman.

      

    Les jeunes, faites très attention aux placements. On place beaucoup trop facilement.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr