Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

annecom

  • Réinsertion, punition, prison

    Annecom,Donner à voir autrement la prison, tel était l’objet du café d’Anne-Marie Engler, Annecom, le jeudi 27 septembre 2012 à 20h00 à Paris 4ème au Gai Moulin, 10 rue Saint Merri.

    Deux auteurs se sont exprimés lors de ce café.

    L’un, Karim, qui, après une jeunesse conduisant à la délinquance a réussi, après plusieurs années de prison, à se réinsérer, en aidant les autres, en vivant selon les règles d’une vie correcte en société. Sa biographie, aussi thérapie, a été écrite il y a peu, loin de sa sortie, comme suit : lui, contant et un binôme écrivant le texte. Elle paraît début novembre sous le titre Rédemption ou itinéraire d’un enfant cassé. Car, avant la prison, Karim a connu les foyers éducatifs. Il a cru que ces foyers allaient le réparer ; il a cru que la prison allait le réparer. Il n’en fut rien. Il décrit la prison comme non digne du pays des droits de l’homme. Il insiste beaucoup sur la reconstruction, la réinsertion après l’enfermement… ; il faudrait une préparation à cela avant la sortie. Et c’est là qu’il y a défaut étant donné qu’à l’intérieur c’est le règne de la violence, alors qu’à l’extérieur c’est l’inverse avec les règles du vivre ensemble en société. A l’intérieur c’est la punition. A l’extérieur c’est l’insertion. Aujourd’hui, Karim est devenu acteur d’insertion. Karim souligne qu’en prison il y a des innocents qui subissent les mêmes châtiments que les gens dangereux ou que les gens « normaux » qui ont un jour non respecté une règle. Karim a été mis en miettes ; il s’est relevé et estime de sa mission de dire ce qu’il a vécu et d’aider les autres. Karim note que ce livre l’a fait changer en étant un exutoire, un réceptacle de ses émotions, de ses sentiments. Il l’a fait pour donner la force à certains de s’accrocher et pour secouer notre société.

    Karim cible encore :

    * la non présomption d’innocence pour les personnes enfermées en maison d’arrêt en attendant un jugement ; de plus, en maison d’arrêt il y a pêle-mêle des innocents et des condamnés à de courtes peines de moins de 3 ans.

    * la mort sociale entraînée par l’enfermement avec souvent oubli de la dignité humaine et défaut de liberté d’expression.

    * la représentation en prison de toute la société, la pauvreté y conduisant toutefois plus souvent.

    * la génération de troubles psychiatriques par l’enfermement.

    Pour qui veut en savoir plus, l’association de bénévoles www.carceropolis.fr permet d’ouvrir les yeux en voyant la prison autrement. Karim est le porte parole de carceropolis ; il met aussi en contact des jeunes de 18 à 25 ans avec des entreprises pour trouver un travail.

    L’autre auteur, présent dans la salle, et qui intervient est Mara. Il s’est trouvé pris dans les événements de Villiers le Bel en 2007. Bien qu’innocent, il n’en a pas moins subi plus de 2 ans de prison. Il se décrit comme « un SDF enfermé ». Mara, à 18 ans, déployait l’énergie d’un jeune bien engagé dans une carrière de footballeur, avec des valeurs qu’il respectait. Enfermé, il s’est refusé de passer de l’état humain à celui d’animal. Sa famille l’a soutenu, des courriers et sa détermination. Dans la prison rouleau compresseur, il a observé durant un an. Puis il s’est mis à écrire sa vie au quotidien. D’où le livre actuel. Il était étiqueté Détenu Particulièrement Surveillé, DPS. Mara disposait de suffisamment de discernement et de perspicacité pour tenir bon. Même si au départ avec une peine de 15 ans requise par le procureur cela lui semblait équivaloir à de la perpétuité. Ecrire a été aussi une autothérapie. Il s’est demandé ce qu’il pouvait apporter à la République et ce que cette République pouvait lui apporter. Mara s’est assis pour écrire ce qu’il vivait et pensait avec d’abord : « On est des hommes ». Il a avancé, jour après jour, avec son sport, ses pompes, etc…Mara souligne encore la torture morale, la sensation d’être enterré vivant. Désireux de se reconstruire, il dit compliqué de se relancer même avec un casier judiciaire vierge : il faut rencontrer les bonnes personnes pour maintenant tracer sa route, trouver un travail. Son livre sort le 2 novembre sous le titre Préjugés coupables.

    Ces deux auteurs écrivent à la première personne.

    Quel futur en matière de prison ? La prison autrement ? Ou un monde sans prison ?

    Il semble que la majorité des présents ce soir là soient pour une prison autrement.

    Le mercredi 10 octobre au Gai Moulin à 20h00 il sera question des « corbeaux » ou anonymographie, un délit maintenant reconnu en criminologie.

    contact: francoiseboisseau@wanadoo.fr