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a.baraton

  • Paranormal

    En préalable, vous trouvez sur la page intitulée "index thèmes blog" les thèmes qui me paraissent les plus importants avec les jours où les trouvez, non classés pour l'instant en alphabétique         

                « L’histoire la plus étrange est sans doute celle advenue, le 10 août 1901, à miss Moberly et miss Jourdain. Alors en villégiature en France, ces deux Anglaises se piquent d’aller visiter Versailles. Avec pour tout cicerone l’inusable Baedeker, gage à ‘étranger, de respectabilité et de bonne condition, les deux dames s’engagent vers Trianon. Touts deux professeurs porteuses de chignons, de lunettes et de névroses. Charlotte Anne Elizabeth Moberly et Eleanor Frances Jourdain se réjouissent avec bienséance d’aller admirer le domaine de la reine défunte. Malgré leur Baedeker nos « deux bas-bleus » s’égarent entre le château et l’entrée de Trianon. Il est un peu plus de seize heures, et la température est chaude et moite sous les jupons amidonnés et les collerettes étroites de leurs costumes, Eléanor Jourdain et Charlotte Moberly étouffent en devisant de l’indiscipline de leurs élèves, et de l’effronterie des Français.  Les deux femmes, peu habituées à la marche, se félicitent d’avoir choisi cette journée un peu grise pour parcourir les longues allées de Versailles et s’interrogent ans leur for intérieur sur l’existence d’un salon de thé à Trianon : dix-sept heures ne vont pas tarder à sonner. Je connais bien ces journées du mois d’août, quand l’air est lourd et que le ciel, un peu voilé, forme une coque hermétique sur les choses. Ces journées peuvent être enivrantes, car les parfums de l’été s’y exhalent avec plus de vigueur, comme dans une pièce fermée, mais aussi angoissantes : bien qu’à l’air libre, on se sent prisonnier, verrouillé à l’extérieur par les éléments. La lumière, intense et blanche à cause des nuages, est particulièrement aveuglante. S’ajoutent à cela la multitude d’insectes bourdonnants, menaçants et prêts à se repaître de la moindre peau laiteuse, la sécheresse extrême de la terre et des pelouses jaunies, le parfum envahissant de certaines plantes, ainsi que l’agitation nerveuses des visiteurs excédés par la chaleur. Sous l’effet de leur trop grande affluence, de leur diversité et des multiples langues qu’ils emploient, les alentours immédiats du château évoquent tantôt la tour de Babel, tantôt la cour des Miracles, tantôt l’image confuse, mis déplaisante, que formerait leur réunion.

                         Il en faut davantage pour déclencher une crise de nerfs chez deux institutrices britanniques : elles discutent gaiement de leurs connaissances communes, sur la route du Petit Trianon. Devant elles, un embranchement. Miss Jourdain et miss Moberly  observe. Les voici à la croisée des chemins, cet endroit où, dans la littérature du moins, tout bascule. Sous le porche d’un bâtiment, une femme agite une nappe blanche. A la grande surprise de sa comparse, miss Jourdain ne demande pas sa route à l’angélique fermière, mais franchit « la large voie verte parfaitement déserte » et se dirige d’un pas décidé vers le sentier le plus obscur. Deux Anglaises pénètrent « de l’autre côté du miroir ».

                          Malheureusement, il n’est question ni de thé à prendre avec un chapelier, ni de partie de croquet à disputer avec des flamants roses et une reine des cartes irascible, dans le Versailles hanté. En lieu et place, un sentiment d’oppression envahit les deux femmes. Ce dernier est distrait par la vue de deux jardiniers, en livrée verte….et coiffés d’un tricorne ! Vêtus d’un long habit vert, les deux hommes tiennent à la main un objet que miss Moberly reconnaît pour être une bêche et miss Jourdain un bâton. Au moment de leur « vision » les deux femmes les prennent pour des jardiniers. Sous le règne de Louis XV, les jardiniers portent une livrée verte. Louis XVI, dans les semaines qui suivent son accession au trône, demande que les domestiques du Petit Trianon soient vêtus au costumes de la livrée du roi, qui est  - le sort est bien souvent ironique – bleu, blanc, rouge. Le tricorne quant  lui évoque une gravure de collection Parmentier où l’on voit le jardinier Richard escortant la reine et la princesse Elisabeth, et arborant le chapeau à trois pointes. Le détail le plus troublant est que l’homme tient dans sa main un bâton ! Nos deux Anglaises affirment ne s’être jamais particulièrement intéressées ni à Versailles, ni à la période. Si des doutes subsistent sur ce dernier point, il est avéré qu’elles n’eurent jamais accès aux Archives nationales avant leur visite, ni même à la collection Parmentier.

    Les deux femmes affirment alors avoir été en proie à une tristesse aussi soudaine qu’accablante et insistent toutes deux sur le malaise grandissant qu’elles éprouvent à mesure même que le spectacle auquel elles assistent leur semble de plus en plus intéressant. Miss Jourdain interroge les jardiniers sur la direction à suivre. Ils répondent avec une désinvolture qui déplaît à l’institutrice, de poursuivre tout droit. Comme souvent dans les rêves, les voix semblent ne pas correspondre avec les visages. Le voyage au pays des morts, dans les termes d’Eleanor Jourdain, se poursuit de la sorte :

    « Le sentier qu’on nous avait indiqué semblait conduire hors de l’endroit où nous imaginions trouver le Petit Trianon et il y régnait une atmosphère de tristesse et d’abandon. Je commençai à me sentir comme une somnambule et cette lourde impression d’irréalité était oppressante. Enfin nous arrivâmes à un sentier qui coupait le nôtre et vîmes un bâtiment en face de nous, formé de quelques colonnes couvertes d’un toit, en retrait des arbres. Assis sur les marches, il y avait un homme avec une grande lourde cape noire sur les épaules et un grand chapeau mou. »

    Je connais Versailles comme ma poche, et il me m’est gère difficile de visualiser l’itinéraire et les lieux. Or, à l’endroit indiqué par miss Jourdain, non loin du Temple de l’Amour, il n’y a pas d’édifice; le Temple se dresse sur une pelouse vide, au centre d’un îlot. Il n’y a pas d’édifice, mais il aurait dû u y en avoir un : des plans de 1774 nous apprennent qu’il était prévu d’élever un petit kiosque non loin du Jardin Français.

    L’homme au chapeau les regarde sans mot dire. Sa peau est sombre, comme recouverte de terre, et piquée de vérole : l’homme ne répond pas à leurs questions, arbore un sourire grimaçant, et se contente de les fixer avec des yeux décrits tantôt comme odieux tantôt comme méchants et vagues à la fois. Le flegme britannique ne suffit plus : les deux femmes sont terrifiées. Des pas retentissent derrière elles. C’est un homme à la peau mate et aux cheveux bouclés qui leur crie avec un accent étranger :

    - Mesdames, mesdames, il ne faut pas passer  par là !

    Suivant ses conseils, elles changent de direction et empruntent le petit pont, que je connais bien, qui mène à l’entrée de la grotte de Marie-Antoinette. Au milieu des herbes folles, une femme dessine. Elle tient dans ses mains soin ouvrage, et tend ses bras pour mieux juger de la toile, qui semble –mais peut-être est-ce l’effet de la distance, ou de la lumière ? – parfaitement vierge. Elle semble ne pas entendre les deux promeneuses, mais n’est pas surprise quand celles-ci passent à ôté d’elle. Elle tourne la tête et les observe, les yeux vagues et craintifs, comme si elle était éblouie ou ne les voyait pas. Son visage n’est plus très jeune, et surtout inexpressif. Elle porte un grand chapeau blanc qui surmonte d’épais cheveux blonds, rassemblés en un chignon bouffant. Sa robe, une légère mousseline d’été, est drapée sur les épaules, er largement décolletée, détail qui, même au tréfonds de l’effroi et du surnaturel, ne lasse pas de choquer nos pudibondes Anglaises. Un fichu d’étoffe verte transparente décore plus qu’il ne protège sa poitrine et son cou. Ni Charlotte Moberly, ni Eleanor Jourdain ne sont à proprement parler des coquettes, elles n’en ont plus ni l’âge, ni le goût, cependant toutes deux s’accordent pour trouver la dame blanche bien démodée. Miss Moberly imagine qu’il s’agit d’un touriste portant les vêtements étranges de quelque pays lointain. Leurs regards se croisent, et miss Moberly détourne vite la tête, pétrifiée par ce qu’elle voit et n’ose pas décrire.

    Plus loin, un laquais leur indique leur chemin, et la descente aux enfers s’achève : avec ce même sourire malin, qui orne tous ces visages rencontrés, le serviteur les guide jusqu’à la première allée, là où leur chemin avait bifurqué. Miss Moberly peste après les fonctionnaires français qui les ont, jusqu’ici, si mal renseignées, miss Jourdain déplore le manque de  signalisation dans le parc. Nos deux dames prennent le thé à l’hôtel des Réservoirs de Versailles. Il est temps de regagner Paris. Dans le wagon, le silence règne : elles sont épuisées et chacune croit que le fatigue de l’autre n’est due qu’à la marche. Le temps des confidences viendra plus tard.

    L’ »aventure » des deux Anglaises a fait couler beaucoup d’encre. Leur vie en fut bouleversée ; le succès de leur récit, d’abord dans leurs cerces d’amis, les encourage à faire des recherches, qui ne tardent pas à se transformer en véritable quête. Pour prouver qu’elles ont été les témoins d’un phénomène de rétrocognition, elles écument les Archives nationales, et trouvent une foule d’éléments corroborant leur vision, ainsi qu’une foule d’autres, encore plus grande, la contredisant. Il faut se méfier de la facilité à trouver ce que l’on désire…Erudits, scientifiques, psychologues et historiens y vont chacun de leur explication ou bien ont un élément à apporter, et nos deux Anglaises – qui en douterait ? – sont bien crédules. Les hypothèses et les polémiques vont bon train, et jusqu’à leur mort, les deux femmes défendent leur vision comme une vertu.

    L’histoire est sûrement fausse, mais elle est inquiétante et je ne résiste pas au  plaisir des frissons. L’aventure comporte trop d’incohérences et d’invraisemblances, même si la bonne foi des deux Anglaises n’est pas à mettre en doute. Il est impossible de se perdre à Trianon, surtout en ces journées d’août où, même en 1901, les visiteurs abondent. Ne pas reconnaître Marie-Antoinette est plus que douteux : miss Moberley assure ne s’être rendue compte de l’identité de la dessinatrice que bien plus tard, en se documentant sur Versailles. Elles ont visité le château, probablement avec un guide, consulté leur Baedeker, vu les tableaux sans même lever les yeux vers les représentations de la reine ? Je comprends que les mânes de Marie-Antoinette aient été outrées ! Soyons sérieux : quand bien même vous ne prêtez aucune attention pendant une visite, vous regardez toujours les témoignages concernant  le roi et la reine, surtout lorsqu’ils ont connu une fin aussi tragique que celle de Louis XVI et de son épouse. L’évocation de la reine relève à mes yeux de la supercherie : les deux promeneuses sont à même de décrire dans les moindres détails, jusqu’au mouvement que fait le fichu sur les épaules, les vêtements de la dessinatrice, mais, quant à l’apparence physique de cette dernière, restent on ne peut plus vagues. J’ai moi-même une excellente mémoire visuelle et je sais que, si je vois la couleur du liseré d’un foulard, je vois aussi les traits de sa propriétaire ! Néanmoins, la description des sensations semble sincère. Une paralysie des membres, une douleur de le langue, accompagnée de chaleur, de troubles de la vue et d’une accélération du rythme cardiaque, telles sont les impressions décrites par les deux femmes, et tels sont les symptômes de l’angoisse. Je sais que le parc peut être sinistre, je ne doute pas qu’il puisse provoquer une crise d’angoisse. Le seul fait extraordinaire est que celle-ci ait atteint miss Jourdain et sa compagne au même moment. Les hallucinations de deux femmes névropathes, c’est là tout ce que ma raison peut admettre.

    Toujours est-il que, grâce aux deux Anglaises, Trianon devint « hanté ». Les témoignages, comme souvent dans ce genre d’occasion, ne manquent pas d’affluer. Il s’avère que Marie-Antoinette apparaît à intervalles réguliers depuis la fin du XIXème siècle : en 1870 , un enfant voit passer une chasse à courre avec galons chamarrés et tricornes, menée par une élégante dame blonde. La vérité n’est-elle pas censée sortir de sa bouche ? En 1939 (…), en 1955 (…) Moi-même, j’ai eu l’immense privilège de déjeuner, plusieurs fois, avec la reine, dans les années quatre-vingt : la première fois elle était incarnée par Jane Seymour, ce qui me valut de faire la connaissance de la plus belle des duchesses de Polignac, Claudia Cardinale, la seconde, lorsque Emmanuelle Béart lui prêta son talent…. » (Le Jardinier de Versailles, p.290 à 299)

    Voilà, pour ceux qui n’ont pas eu accès au livre d’Alain Baraton, la façon dont il voit la « rencontre » des deux Anglaises avec Marie-Antoinette, leur traversée d’autre côté du miroir. A l’évidence, notre jardinier est imperméable à la seule idée de transferts dans le temps…. Même avec l’éclairage actuel sur l’espace temps.

    Il faut bien de tout pour faire un monde, les jeunes !

    contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr

  • Versailles ! par Alain Baraton !

    En préalable, vous trouvez sur la page intitulée "index thèmes blog" les thèmes qui me paraissent les plus importants avec les jours où les trouvez, non classés pour l'instant en alphabétique.                                                                     2 fois que je vous parle d’Alain Baraton et de son livre « Le jardinier de Versailles », paru chez Grasset et dont la 1ère édition est de mai 2007. Je vous propose d’aller plus loin avec cet amoureux de Versailles.                                               Car ce livre apporte une infinité de choses. La 4 ème de couverture nous indique d’emblée que ce livre « est le premier jamais écrit par un jardinier de Versailles. » Qui est quand même le Jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand Parc de Versailles où il travaille depuis plus de 30 ans. Un Super Jardinier arrivé là après avoir gravi tous les échelons en partant de la base.

    Les amoureux des plantes, les hommes à la main verte, ont ceci de très particulier qu’ils travaillent à l’échelon des siècles dès ors qu’il s’agit des arbres. Les forestiers voués aux  arbres des forêts - de celui qui manie la bêche à l’ingénieur en chef - oeuvrent tous dans la durée, sur des centaines d’années.                                                                                                                                                        Il y a ainsi dans la fréquentation du végétal une permanence apaisante continuité. Ceux qui sont des habitués des ballades en forêts domaniales ou privés de comprendront.

    Que nous raconte donc le Super Jardinier de Versailles, dans un style facile à lire ? nous promenant d’un siècle à un autre sans difficulté, restituant l’atmosphère propre à chaque lieu et en l’occurrence celle propre à Versailles au niveau de chacune de ses transformations ? En 12 chapitres, Alain Baraton nous dévoile un peu de ce Versailles qui s’est attaché ce serviteur de talent.

    Dès le début, nous sommes plongés dans la tempête du 26décembre 1999 et ses conséquences. A tel point  que des soldats sont sur place, en tenue de camouflage, aidés d’engins modernes pour évacuer plus de 18.000 arbres détruits ou arrachés ou trop endommagés pour être gardés. On apprend que depuis ce soir de décembre 1999 il a été planté davantage d’arbres qu’en 2 siècles.

    Après avoir découvert un peu de son enfance, l’auteur conte ses débuts et sa progression  pour déboucher sur l’origine de Versailles. C’est d’abord un bois giboyeux où Henri IV se plaît à venir chasser. Puis c’est au tour de Louis XIII qui acquiert des droits sur ce lieu et fait en sorte de disposer d’un modeste pied à terre constitué d’une maison agrémentée de 3 hectares. Louis XIV aborde Versailles en ayant dû subir La Fronde , ce qui lui a donné un certain dégoût de Paris. Ayant fait embastillé le surintendant Fouquet, le jeune roi peut utiliser toute l’équipe de Vaux-le-Vicomte. ? Les le Nôtre, Le Vau, Le Brun. Il établit d’abord un Versailles intime où Louis XIV fait retraite avec Louise de La Vallière , son délicieux amour. Puis le roi va concevoir et donner le jour au palais toujours actuel de 2008.

    « …tout le pays profite du  chantier: les marbres des Pyrénées, les tapisseries des Gobelins, les glaces des manufactures du Temple, tous les talents nationaux sont sollicité et culminent à Versailles. Depuis les cathédrales, la  France n’avait pas connu de tel chantier. Du point de vue économique, Versailles est déjà un succès.

    La politique ne tarde pas à suivre : le château devient peu à peu le lieu du pouvoir.»(ps.93- 94)

    « Le roi domine le monde car le monde est à Versailles : des quatre coins de la planète, on fait venir des plantes et des animaux rares. Nous sommes au siècle de la préciosité et de la galanterie : l’harmonie et la beauté guident les dessins de Le Nôtre et de ses aides. Quel meilleur moyen d’asservir la cour que de lui servir, justement, cette préciosité dont elle est friande ! La domination par l’esthétique, tel est sans doute une des plus grandes prouesses du règne de Louis XIV. » (ps.95)

    « Le parc est un excellent moyen d’exercer le pouvoir. Qui voudrait lever la voix dans ces jardins ? Tant de beauté impose le silence et le respect, d’autant que, Louis XIV, amoureux de son parc, le fait perpétuellement embellir. (p.97)

    « L’aura du roi semble tout emporter sur son passage, même le talent: l’illustre Racine abandonne  sa muse pour devenir historiographe du roi. En un siècle, le bourg de province est devenu le centre du monde ».(p.98)

    A la mort du roi en 1715, le palais se vide devenant une Belle au Bois  dormant. Il faut attendre la majorité de Louis XV pour que le roi à nouveau s’installe à Versailles avec la cour. Avec Louis XV le château « redevient le lieu de l’intime, comme en témoigne la construction du pavillon du Jardin Français, et bien sûr du Petit Trianon. » (p.99)

    Marie-Antoinette apporte aussi des modifications : une grotte, un hameau à la « simplicité champêtre » et  un temple dédié à l’amour. Quant à Louis XVI il fait « courageusement replanter le parc. «Après 1789, les lieux ne subiront pas de transformations majeures.

    Jusqu'à ce que Versailles devienne, sous Louis-Philippe, un musée, l’histoire a continué son ouvrage, » (p. 100)

    Et puis voilà la mémoire vivante du jardinier qui se rappelle une aubépine vue sur une gravure ! Connexion faite avec le puzzle dessiné sur le disque dur de sa mémoire, Alain Baraton évite, in extremis, que l’aubépine guettée par la tronçonneuse soit exécutée pour cause de développement envahissant ! Eh oui ! cette aubépine a vu Louis XV du haut de ses 250 ans ! Aubépine sauvée !

    Je suis à la page 121 qui  nous introduit à des Histoires de jardin, avec Louis XV et Marie-Antoinette, une « reine, toute prévenante » qui «vient au secours du peintre » (il s’agit de Mme Vigée-Lebrun) en ramassant elle-même les pinceaux tombés par terre: la reine se baisse devant sa servante enceinte » (p.136). Suit une histoire d’amour émouvante entre Marion et Jean de l’Eau.

    A mi-parcours, l’auteur se livre avec son: « Je suis un contemplatif. Pas une journée sans que je ne m’extasie devant une fleur sublime, un arbre majestueux ou une lumière douce qui colore à la fin du jour les sous-bois du Grand Parc.

    Souvent même, je converse avec mes arbres. » (p.147)

    « Les arbres sont témoins de tout ce qui se passe, de tout ce qui se dit et de tout ce qui se tait ». (p.148)

    « Ce sont les botanistes qui ont nommé les plantes. Derrière leurs noms, savants ou populaires ;, se cache souvent l’histoire d’un homme. Le magnolia rend hommage au directeur du jardin botanique de Montpellier. Pierre Magnol(…) Dahl ramène du Mexique le dahlia, et le jésuite Kamel, parti loin de France étudier la flore des Philippines, donne son nom aux romantiques camélias. L’épouse de François Ier apprécie les prunes qui mûrissent dans les vergers royaux. Elle encourage leur culture et pour la remercier, les producteurs baptisent ces fruits juteux et sucrés Reines-Claudes ».  » (p.149)

    « Les plantes, c’est prouvé, nous rendent meilleurs. La proximité des arbres calme et apaise les anxieux. » (p.152)

    « A l’entrée de Trianon, le tronc immobile du chêne de Marie-Antoinette garde en lui les moments forts et douloureux des jardins. Du haut de ses trente-cinq mètres, il voyait arriver dans le parc toutes les  essences qui aujourd’hui y vivent. Il entendait le roi discuter avec Le Nôtre ou pleurer une jeune reine condamnée trop jeune à ne mort injuste. Il s’interrogeait sur les cent pas d’un empereur qui s’ennuyait à Versailles. Il était né en 1681 et il mourut pendant la canicule de l’été 2003. 

    Fort heureusement, il reste caché non loin de Trianon un vénérable chêne. Le doyen du parc, né à la fin du XVII ème siècle, ne figure sur aucune carte et demeure totalement inconnu de ceux qui se nourrissent en parlant de Versailles et de ses jardins. Il vit discrètement loin des vandales et des rumeurs du château. Ce chêne sans nom est magnifique et sa santé est bonne. » (p.154)

    Vient le chapitre sur Le Nôtre et nous autres où j’ai puisé pour parler du Potager du Roi avec La Quintinie le 23.4.2008 puis la «révolution » technologique sous le titre Les feuilles mortes se ramassent à la pelle avec la fin des chevaux et l’installation des tracteurs, motoculteurs, moteurs, plastique, tondeuses, tronçonneuses… Le « vulgaire jardinier » est mué en « véritable technicien de surface ». Surtout je conseille aux jeunes amateurs de botanique ou désireux de rentrer dans cet artisanat noble des mains vertes de lire très attentivement tout ce chapitre.  Même conseil à tous les prestataires et décideurs éducatifs ! En page 226, il est question de l’égalité des chances, de l’uniformisation, des enseignements, de « l’égalité qui enfante la norme et le conformisme », et surtout de l’échec d’une formation basée sur les livres et les cédéroms !  Alain Baraton le constate : « Mes petits « bleus » connaissent sur le bout des doigts leurs manuels de botanique et sont incapables de reconnaître une plante quand elle est dans un bosquet » (p.226-227)

    Le chapitre qui suit s’intitule M. comme Molière, Malraux, Milos Forman, Mnouchkine, Mitterrand, Mallarmé, Musset, Madonna,  et même l’association Marie-Antoinette. Molière qui a osé, à Versailles, donner Tartuffe « devant une assemblée de dévots en cols noirs »! le scandale qui s’ensuivit entraîna l’interdiction de la pièce …«mais Molière n’en retira pas une ligne » ! (p.236)

    Après surgissent Les plaisirs et les jours, les fêtes de Versailles. Louis XIV aime la danse et danse. Les ballets Béjart dansent à Versailles ! Allez ! allez  dégustez ce chapitre !

    Le rouge, le noir et le rose. Ce chapitre là fait pénétrer dans les sensations, les émotions, les perceptions de Versailles le jour, la nuit, dans la brume, à n’importe quelle saison… C’est dans ce chapitre que l’auteur conte l’histoire advenue le 10août 1901 à 2 anglaises,

    histoire évoquée le 10.6.08 dans le billet Histoires extraordinaires ? Parnormal ?  Et il y en a bien d’autres, dont des réelles.

    Le Jardinier de Versailles achève son récit pas l’évocation de la saison qu’il préfère qu’il nomme Ma saison préférée. C’est l’automne. « Suivant les espèces et d’autres facteurs, trop nombreux pour que je les explique en quelques lignes, l’absence de chlorophylle, verte, comme chacun sait, fait apparaître les différents pigments de la feuille: à l’automne , en quelque sorte, c’est la vraie couleur du feuillage qui apparaît. Beaucoup l’ignorent: les arbres sont rouge et or. Ce sont deux couleurs royales, et quand arrive octobre, je m‘émerveille de leur règne retrouvé. Voici les rois et les reines véritables du parc, ceux qu’aucune révolution ne pourra, ni ne voudra, détrôner. » (p. 329-330)

    Petit détour vers un certain Pierre de Nolhac né à Ambert en 1859 et mort à Paris en 1936. Après des études brillantes il est nommé conservateur au musée de Versailles en 1892 puis directeur du musée Jacquemart-André en 1920 . Il est important pour le musée de Versailles car c’est lui qui reconstitue les collections - notamment le mobilier qui avait été dispersé pendant la Révolution française. Il a écrit sur Marie-Antoinette et le château de Versailles.

    Il a été élu membre de l’Académie Française en 1922 . Et un timbre a été émis à son effigie en 1960.

    Voilà, les jeunes, une histoire de Versailles vu par un connaisseur amoureux de ce domaine. Je n’ai aucune photo récente de Versailles à vous proposer. Je n’en mets donc pas. Mieux vaut que vous alliez sur place soit pour une 1ère fois, soit pour une nième fois. Amusant ! J’ai habité à Fontenay le Fleury (mitoyen de saint Cyr l’Ecole) au Parc Montaigne, avec une vue superbe, dégagée et tout  sur les feux d’artifices tirés au château de Versailles en été. Je les voyais le soir allongée tranquille sur un lit confortable ligne moderne dernier cri ! et c’était superbe ! Que vous dire de plus ?                                 Je vous conseille au choix et selon l’humeur :                                                                                                                                 - d’aller voir Versailles, le domaine, le jardin du Roi, le lieu de réunion des Etats Généraux , etc…                                          - de lire in extenso le Jardinier de Versailles et les autres écrits d’Alain Baraton.                                                                       - de voir Alain Baraton et de l’écouter quand il passe à la télé chaque semaine sur France Inter.                                            Et puis, les jeunes, si vous hésitez sur une vocation de jardinier, n’hésitez pas ! écrivez à Alain Baraton ; si c’est  nécessaire, il saura vous recevoir, vous écouter, vous conseiller. Ne craignez  rien ! Allez-y ! De ma part si vous soulez ! Il est prêt à parler avec un petit-fils de 14 ans « un amoureux des plantes » , «  un jeune homme à la main verte ». Bougez-vous ! Ayez foi en vous ! Quant aux jeunes parisiens ou jeunes habitants de l’Ile de France, il existe l’école du Breuil, près du Bois de Vincennes. Quant à la ville de Paris elle assure formation et travail pour l’entretien des multiples squares et jardins. Cool ! les jeunes ! Si besoin, vous disposez de mon adresse mail où vos parents peuvent me joindre si vous n’avez pas encore 18 ans. Sans vos parents si vous avez plus de 18 ans, qui ne sont pas excluent même avec 18 ans sonnés ! Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr

  • LA QUINTINIE:asperge,figue etc...

    Faire son marché à Versailles, aujourd'hui, en achetant les excellents produits frais et bien grandis du Potager du Roi c'est possible. Cela 2 fois par semaine, en se précipitant tôt matin.

    Une manière simple pour les Versaillais et les autres ayant fait le déplacement de se nourrir avec des légumes et des fruits de qualité, une manière facile de réapprendre à "manger bon et sain". Une façon pour les enseignants de proposer à leurs élèves une visite de ce site d'achat pour y découvrir des produits dotés de couleurs, d'odeurs, de saveurs, .... ces produits absents des grandes surfaces. Et qui d'ailleurs se sont raréfiés au fils des ans.

    Sauf au Potager du Roi, qui conserve vivantes et en état de production l'essentiel "basic" d'une alimentation variée, équilibrée et appétissante  en matière de fruits et légumes.

    Aucun miracle à cela. Beaucoup de travail, d'ingéniosité, de talent, de goût pour le beau allié naturel du bon.

    On connaît bien des choses de Versailles. On ignore souvent ce merveilleux potager du Roi créé par Jean-Baptiste LA QUINTINIE à partir d'une poignée d'hectares d'une terre marécageuse qu'il a su conquérir, amendée, domestiquée pour le plaisir humain d'un homme humain, le roi Louis XIV.

    Ce sont les hasards de la vie qui ont conduit LA QUINTINIE à découvrir sa passion: l'art du jardinage. Passion qui, jointe à des dons d'observation et la mise en oeuvres d'idées, va lui permettre de créer des jardins potagers et fruitiers en divers lieux, dont à Vaux le Vicomte chez le superintendant des Finances, Nicolas Fouquet. Après Vaux le Vicomte il se retrouve à Versailles, tout comme Le Nôtre qui lui bosse sur un autre registre.

    A Versailles, LA QUINTINIE va faire des merveilles avec le potager dont Louis XIV souhaire la réalisation. Comme l'écrit le très compétent et respectable ami Alain BARATON, LE Jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand Parc de Versailles, "Pourquoi un jardin potager ? D'abord il s'agit de la fonction traditionnelle du jardin: tous les jardins, même celui d'Eden, ont pour mission de nourrir les habitants." (p.181 de l'ouvrage "Le Jardinier de Versailles" par Alain BARATON, Chez Grasset, 2007).

    Les pages 179 à 193 de ce livre - intéressant sur bien d'autres chapitres que celui du potager - nous font un portrait concret de LA QUINTINIE. Parml les innovations de ce maître es jardins, ayant débuté dans la vie active comme avocat et maître des requêtes de la reine,  je cite la l'idée qu'il a de faire pousser sous châssis, avec si besoin l'aide de tapis de paille en hiver, les asperges que le roi Louis XIV aime tant à déguster. Grâce à la mise en oeuvre de cette mesure les asperges sont presque toute l'année proposées à la table du roi ! "Le primeur est né" écrit Alin Baraton en page 183. Autre idée du côté des figues, le fruit préféré de Louis XIV. LA QUINTINIE a l'idée d'installer les figuiers dans des bacs qui peuvent être rentrés en hiver. Ainsi les figuiers ne gèlent pas. D'autres figuiers sont palissés contre les murs. "Quelques années plus tard, ce sont plus de sept cents arbres qui produisent des figues Grosse-Jaune, Grosse-Blanche, Grosse-Violette, Verte ou Angélique. Dès la mi-juin, Louis XIV peut déguster son fruit favori." (pages 184-185). Les melons, les prunes, les poires, etc... les talent de LA QUINTINIE se déploient avec bonheur et il laisse une "Instruction pour les jardins fruitiers et potagers". 

    Je reprends le propos sur les figues de Jean-Paptiste LA QUINTINIE que place dans son livre Alain BARATON en page 185: "La bonne figue est donc celui de tous les fruits qui parmi nous mérite d'avoir la meilleure place en espalier (dans les pays chauds, elle en pourrait être incommodée), mais pour juger de son extérieur et de son mérite, et par conséquent de l'estime qui lui est due, il n'y a qu'à voir le mouvement des épaules et des sourcils de ceux qui en mangent, et voir aussi la quantité qu'on en peut manger sans aucun péril à l'égard de la santé."  

    LA QUINTINIE, encouragé par le roi, expérimente à son gré pour améliorer "l'aspect, le goût ou la précocité des productions royales. Il essaie différents types de taille et de traitements." (p. 184).

    Je termine avec ces mots d'Alain BARATON - très justes quant à la pratique réelle de tout bon jardinier : ..."le potager a quelque chose de beaucoup plus satisfaisant et sensuel que le parc. Pour moi, il fait appel autant à la sensation qu'à l'intelligence: la vue, l'odorat, le toucher et le goût, quel est le sens qui n'est pas éveillé tantôt par le parfum d'une pêche, tantôt par le bruit d'une abeille, tantôt par la forme conique d'un légume, tantôt par la douceur d'un fruit ?"

    Les jeunes: aller voir le potager du Roi ! vous ne serez pas déçus ! Peut être certains, comme LA QUINTINIE, se découvriront-ils une vocation de jardinier ?

    le potager du roi, 10 rue du Maréchal Foch, Versailles, tél: 0139246262; visites: tél: 0139246282

     

    contact:francoiseboisseau@wanadoo.fr