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J-F Chossy

  • S.& S. BONNAIRE

    LE FILM DE Sandrine BONNAIRE  à VOIR dans les salles de projection:  "Elle s'appelle Sabine".

    On a discutaillé sur les ondes sur l'autisme ou pas l'autisme.

    Que nous importe ! Il a fallu l'amour d'une soeur pour réaliser un film malheureusement  bouleversant d'actualité. Malheureusement car on ne devrait plus voir ça! La maltraitance thérapeutique. Parce qu'on ignore, parce qu'on ne cherche pas à savoir, parce qu'on s'en moque !

    La question n'est pas nouvelle ! Et les réalisations faites au fil du temps par l'un ou l'autre pour arriver à désenchaîner des malades attachés. Cela bien avant l'arrivée du Largactil.

    Il faut continuer à s'acharner pour que ceux qui ont pu naître autrement, bien malgré eux, ne soient plus traités comme on ne traiterait pas son chien ! Maltraités de façon durable car ils ne sont pas affamés mais maintenus en vie !

    Qu'il s'agisse d'autisme ou d'autres attteintes psychiatriques - avec ou sans erreur de diagnostic ! - toute un population continue à croupir dans des lieux pas possibles. Indignes de la dignité humaine ! En France, pays des droits de l'homme !

    Sandrine BONNAIRE a pour elle le talent, la reconnaissance populaire, un pouvoir dû à sa situation de "people". Le Président, Nicolas SARKOZY, l'a reçue à propos du film consacré au cas de Sabine sa soeur tendrement aimée. Car ce film relate un exemple vrai.

    Il a fallu la douleur d'un père, Lino VENTURA, pour créer Perce Neige.

    Un autre père s'est battu 4 ans durant pour obtenir une loi permettant la prise en charge des autistes. Et je salue ici l'humanité et la compassion pour qui en a besoin de Jean-Françoise CHOSSY,député de La Loire, qui a mené ce combat et d'autres pour la prise en charge des handicapés. Et d'autres encore. J'y reviendrai.

    L'interview de Sandrine  BONNAIRE (=S.B.) faite par "Psychologies Magazine"(= P.) vient de paraître en février 2008. En  voici le texte:

    Psychologies: Vivre avec une soeur autiste, était-ce difficile quand vous étiez enfants ?

    Sandrine Bonnaire: A la maison nous étions habitués à sa différence, cela ne nous empêchait pas de partager les mêmes jeux. Mais, à l'école, le regard des autres était lourd à porter. Elle avait une espèce de vitalité anormale, elle parlait vite, elle répétait souvent les mêmes choses, alors les autres élèves se moquaient d'elle, l'appelaient Sabine la folle. Elle se mettait à hurler dans la cour, à se mordre, à se déshabiller...Ce n'était pas facile d'être la soeur de la folle: à 12 ou 13 ans, on n'a pas envie d'être différent des autres. nous avions honte de Sabine.

    P.: Pourtant, très jeune, vous filmiez déjà beaucoup votre soeur. Pourqoi?

    S.B.: J'étais fascinée par sa beauté, sa grâce, elle avait quelque chose de très direct, de très sauvage. Elle était différente de moi et, en même temps, il y avait des similitudes... Nous n'avons qu'un an d'écart. Et puis, à une époque, elle venait quasiment tous les week-ends chez moi, alors il fallait l'occuper. Elle adorait être filmée, elle était très joueuse. Je lui faisais lire des textes, faire de l'impro...Je trouvais qu'elle avait un potentiel d'actrice, je voulais la pousser à s'ouvrir, à donner des choses, à faire des progrès. C'était presque thérapeutique. La caméra était notre lien, notre jeu. Je pensais qu'un jour ces films permettraient de mesurer ses progrès, malheureusement, c'est l'inverse qui s'est produit...

    P.: Vous êtes-vous déjà sentie coupable ?

    S.B.: J'ai ressenti de la culpabilité en revoyant les images du voyage que nous avions fait aux Antilles avec une autre de mes soeur, une amie et Sabine, il y a une vingtaine d'années. Trois semaines avec quelqu'un qui vous répète sans cesse les mêmes choses, c'est long... Nous n'étions pas patientes, souvent, nous l'envoyions bouler. On voulait se retrouver entre nous, un peu comme on laisse les enfants à l'écart pour restre entre adultes.

    P.:Votre rôle auprès d'elle se rapprochait-il parfois de celui d'une mère ?

    S.B.: Sabine est restée seule avec notre mère jusqu'à l'âge de 27-28 ans, puis elle a commencé à devenir violente avec elle. Leur rapport était trop fusionnel, trop passionnel; il a fallu couper le cordon de manière radicale. Elles ne se sont pas revues pendant des années...Pendant les cinq ans où Sabine est restée en hôpital psychiatrique, mes soeurs et moi avons voulu épargner notre mère, et c'est vrai que nous avons un peu pris sa place. Nous ne voulions pas qu'elle voie sa fille comme ça. C'était très dur. Il y avait toutes ces portes fermées à double tour comme dans une prison, sa chambre et ses besoins par terre, que nous devions nettoyer parce qu'on ne lui ouvrait même pas la porte pour aller aux toilettes...A l'époque, nous n'avions pas d'autre solution, nous étions obligées de la laisser là.

    P.: Avec vos soeurs, vous avez finalement trouvé une solution?

    S.B.: Nous avons trouvé l'association et les fonds pour créer ce foyer d'accueil en Charente où Sabine vit actuellement. Avec mes soeurs, nous sommes toujours restées solidaires. Aujourd'hui Sabine est bien là où elle est, alors nous pouvons arrêter de la protéger, redevenir ses soeurs. Ce film était pour moi une manière de retrouver notre complicité, de repartir en voyage ensemble.

    P.: Ce film peut-il aider Sabine ?

    S.B.: Il aide déjà les éducateurs qui s'occupent d'elle. Ils n'en revenaient pas de voir à quel point elle avait basculé depuis son passage par l'hôpital psychiatrique. Cela les motive pour l'aider à retrouver certaines de ses capacités. Quant à Sabine, elle regarde très souvent le DVD; pourtant, cela faisait bien longtemps qu'elle n'était pas restée concentrée pendant une heure et demie ! Etre filmée, c'est aussi un moyen pour elle de se sentir utile. L'autre jour, elle m'a dit: "C'est notre film." Elle a raison.

    Si vous lisez cela, les très jeunes ou les plus grands, soyez attentifs à ce que vient de dire Sandrine BONNAIRE dans ce dernier paragraphe, quand elle parle de la concentration de Sabine pendant une heure et demie. C'est très important ce passage et il n'y a pas de mystère: Sabine est attentive car elle est concernée au premier chef. Ce film sur elle c'est  elle, sa vie tissée de trop de douleurs et c'est toute sa sphère affective - peu ou non considérée en général dans les hôpitaux psychiatriques et autres circuits psy - qui fait savoir ses droits à exister, à vivre. Et cela se traduit par la concentration qu'elle permet à Sabine d'avoir.

    Cet affectif si dénigré, y compris dans les foyers et familles d'accueil d'enfants placés par la Justice-ASE. Ctte négation, cette chape de plomb posé sur l'affectif - constituant essentiel de l'humain. Cet affectif banni et enseveli qui conduit tant de jeunes et de moins jeunes à devenir S.D.F. (=Sans Domicile Fixe) ou à se réfugier dans la violence.

    Du manque de respect basique à la négation de l'être humain et de ses sentiments, du manque de respect à la non estime et au mépris des moins de 18 ans et ensuite de ceux qui se retrouvent non conformes au modèle approuvé par la société, on fabrique avec ardeur des Sabine abîmées, avec tous les degrés possibles entre la normalité et l'oubli au fond d'un hôpital psychiatrique !

    La France s'est désolée sur des enfants en cage ou maltraités du côté des pays de l'Est.

    Il faut aussi, d'abord, regarder chez nous où il est, en principe, plus facile d'agir.

    A la condition de disposer, en plus des volontaires humains de bonne volonté, des structures physiques adaptées, d'espace, de bâtiments... donc d'argent. Ce qu'exprime très bien la comédienne à l'avant-dernier paragraphe, quand elle indique avoir "trouvé l'association et les fonds pour créer ce foyer d'accueil en Charente où Sabine vit actuellement." En clair si Sabine bénéficie enfin d'un accueil adapté avec les stimulations indispensables pour lui faire retrouver des capacités tombées dans l'oubli, c'est uniquement par ce que sa soeur, Sandrine BONNAIRE, a pu grâce à sa renommée d'actrice trouver l'argent nécessaire ainsi qu'une association adaptée.

    A partir du cas de sa soeur, Sandrine BONNAIRE a levé un voile sur des dysfonctionnements, inhumains quelque part. Des dysfonctionnements où ne résident aucunement les mots de "Liberté, égalité, fraternité."

    Que vous en semble ?

    contact: francoiseboisseau@wanadoo.fr