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poésie

  • Enfants bagnards! Prévert

    En préalable, vous trouvez sur la page intitulée "index thèmes blog" les thèmes qui me paraissent les plus importants avec les jours où les trouvez, non classés pour l'instant en alphabétique          

    Vendredi 4 juillet 2008, avant minuit, j’ai savouré à l’OPA, lieu très chouette de concerts au  9 rue Biscornet à  Paris, 12ème, à 2 pas de La Bastille - le génie et l’Opéra - une façon toute neuve pour moi de toucher la poésie de Jacques Prévert.

    Grâce à Basile et Nash ! présents ce soir là. Sachant que l’OPA fonctionne en entrée libre de 20h30 à 6h00 du matin.

    Je découvre donc Basile, Nash et 2 autres musiciens avec eux.OPA 4 juillet 08 012.jpg

    Ils démarrent la soirée avec Cosy Corner, une histoire de faim et d’amour :

    Ô vous qui connaissez l'Angleterre
    Vous n'avez pas connu Cosy Corner
    Cosy Corner
    Un soir derrière une palissade
    Un soir d'été, je t'ai aimée
    Au milieu des tessons de bouteilles
    Tes cheveux roux brillaient comme le soleil
    Un gros pasteur qui titubait
    Tout doucement dans le brouillard
    Avec un grand geste insensé
    Nous a mariés sans le savoir
    OPA 4 juillet 08 009.jpg
    {Refrain:}
    Mangez vos sandwiches, hommes riches
    Buvez votre bière,
    Mangez vos sandwiches, hommes riches
    Et payez vos verres
    Ouvrez la porte et sortez
    Celle que j'aimais est morte
    J'en ai assez
    Elle s'est jetée dans la rivière
    La plus belle fille de l'Angleterre
    Elle s'est jetée dans l'eau glacée
    Disparaissez

    Ô vous, qui connaissez l'Angleterre
    Avez-vous jamais connu la misère ?
    Cosy Corner
    Tu t'es jetée dans la Tamise
    Un soir d'hiver
    A dix-sept ans
    Tu n'avais pas même une chemise
    Toutes les nuits, tu dormais sur les bancs
    Et tu ne mangeais pas souvent
    Un beau jour, tu en as eu marre
    Cosy Corner, je te comprends
    C'était un trop beau jour vraiment

    {au Refrain}

    La tempête souffle sur l'Angleterre
    Le roi, la reine et tous les dignitaires
    Sont décoiffés
    La couronne est tombée par terre
    Elle a roulé,
    Roulé, roulé
    Et sur les côtes, la mer est démontée
    Elle écume, elle est en colère
    Elle engueule le roi d'Angleterre
    A cause de la mort d'une enfant
    Cosy noyée à dix-sept ans

    {au Refrain}

    Ils continueront avec d’autres œuvres de Prévert. J’écoute tout bien, étonnée et ravie, surprise avec une particulière attention pour La grasse matinée, vous savez bien en cette époque où les émeutes de la faim existent, ce poème qui démarre ainsi :

    « Il est terrible
    Le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain
    Il est terrible ce bruit
    Quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim … »
    Il y a Barbara.

    Et surtout, Chasse à l’enfant  poème offert vers la fin, qui est poignant et me ramène …aux enfants injustement placés qui là, c’est sûr, n’ont rien fait.

    Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! Au-dessus de l'île
    On voit des oiseaux
    Tout autour de l'île
    Il y a de l'eau
    Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !OPA 4 juillet 08 003.jpg
    Qu'est-ce que c'est que ces hurlements ?
    Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
    C'est la meute des honnêtes gens
    Qui fait la chasse à l'enfant
    Il avait dit j'en ai assez de la maison de redressement
    Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents

    Et puis ils l'avaient laissé étendu sur le ciment
    Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
    Maintenant il s'est sauvé
    Et comme une bête traquée
    Il galope dans la nuit
    Et tous galopent après lui
    Les gendarmes les touristes
    Les rentiers les artistes
    Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
    C'est la meute des honnêtes gens
    Qui fait la chasse à l'enfant
    Pour chasser l'enfant, pas besoin de permis
    Tous le braves gens s'y sont mis
    Qui est-ce qui nage dans la nuit ?
    Quels sont ces éclairs ces bruits ?
    C'est un enfant qui s'enfuit
    On tire sur lui à coups de fusil
    Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
    Tous ces messieurs sur le rivage
    Sont bredouilles et verts de rage
    Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
    Rejoindras-tu le continent ?
    Rejoindras-tu le continent ?
    Au-dessus de l'île
    On voit des oiseaux
    Tout autour de l'île
    Il y a de l'eau
    Extrait de Paroles, Éditions Gallimard.

    Pourquoi ce texte ? Facile ! Il relate un fait divers déroulé à Belle-Ile, la Belle-Ile en mer de Laurent Voulzy, cela fin août 1934. Ces années là sévit un bagne d’enfants sur cette île effectivement belle. Un bagne d’enfants... Qu’est-ce à dire pour l’époque ? Je l’ignore mais je suis choquée ! Bagne ! Enfant ! Comment cela peut-il être ? Toujours est-il qu’une trentaine de jeunes «bouclés» là-bas sont sortis - oui, se sont évadés, là ! de «la maison de redressement locale afin d’échapper aux mauvais traitements, à une nourriture infecte et aux coups des gardiens. Ne pouvant quitter l’île les pauvres gamins furent repris un à un par les gendarmes (…) Une fois ramenés au pénitencier, les malheureux gosses furent tabassés et mis au pain sec et à l’eau pour de nombreuses semaines. » Pour faciliter la capture, si les têtes ne sont pas mises à prix, on offre une prime de 20 francs par enfant à quiconque - habitant ou touriste - aidera à les capturer ! Au vu de ce qui existe encore en Europe là où des gamins sont enfermés – les sources sont exactes et viennent tout droit des constats faits par DEI France  (www.dei-france.org  et billet du 3.7.)– on est libre d’imaginer les horreurs non dites et subies alors par ces jeunes ! Témoin au premier rang, Prévert écrit d’un trait de plume la Chasse à l’enfant, écoeuré de ce qu’il a vu !  OPA 4 juillet 08 005.jpg

    Je n’irai plus à Belle Ile, je n’entendrai plus la chanson de Voulzy sans penser à ces gosses là, récupérés en quel état ! 

    Suite à la manifestation nationale de la Nuit solidaire pour le logement du 21 février 2008 à Paris, Alerte PACA  a relayé cette action par une Mobilisation Solidaire pour le Logement à Marseille le lundi 3 mars 2008 de 18h30 à 19h30. Basile et Nash y ont participé.Ils sont qualifiés à cette occasion d’inventeurs du slam électro/a capella. Ce à quoi on peu adhérer car le slam on y pense dès le début de l’écoute. La musique électro et quelle musique : OK ! A capella ? pourquoi pas d’une certaine façon, bien que le « a capella » de base soit une voix sans musique.

    La présentation de la soirée à l’OPA était rédigée ainsi : «21h30 : Basile et Nash - Basile et Nash offrent une leçon remarquable de justesse et d'humour noir sur les plus beaux textes de Prévert. Un lyrisme façonné sur des sonorités électroniques qui puise dans les jeux de mots toute l'énergie de leur pouvoir d'invention et de destruction. »

    ARNAUD VIVIANT (les inrock) parle avec talent et élégance de Basile et Nash : «La poésie et la chanson se touchent. Avec la langue. S'agacent l'une et l'autre le bouton. Bien sûr, ce discours-là était plus audible dans les années 70 qu'aujourd'hui. Je me souviens par exemple de la collection « Poètes d'aujourd'hui » chez Seghers, où l'on publiait ceux qu'on appelait, par ailleurs, des chanteurs. Charlebois, je ne sais plus s'ils ont osé, mais Félix Leclerc, j'en suis sûr. Pour moi, Basile & Nash s'inscrit dans cette tradition, j'allais dire ce temps, où l'on
    mélangeait plus volontiers les serviettes et les torchons, surtout à l'office, où poésie et chansons s'abouchaient facilement, se goussaient sans complexe, sans domination. Ce temps, j'allais dire cette tradition, où les écrivains les plus prosaïques, par ailleurs, écrivaient aussi des chansons. Sartre, parce qu'il voulait sauter Greco qui lui préférait, sans doute à juste titre, Miles Davis. Hardellet qui, à ma connaissance, ne voulait pas sauter Béart, mais on ne sait pas tout.
    Pour en revenir à Basile & Nash, il faut parler de Prévert. De ce poète-là. Mal aimé, maintenant. Scolarisé à outrance. Pauvre. Communiste, de surcroît, dans ce qui semblerait presque un pléonasme à certains. Prévert, poète ? Allons, donc. Presque un chansonnier, ma bonne dame, un vague cartomancien du réel… Mais en s'emparant de certaines  
    pièces longues de Prévert, comme le Petit bruit de l'--uf dur, pour moi une de leurs plus grandes réussites, Basile & Nash (mais surtout, Basile, en l'occurrence) montre que Prévert travaillait une seule langue, peut-être, mais sur plusieurs territoires savamment entre : celui de la poésie, de la chanson et du théâtre. A ce titre, il n’est pas dit que l'on ne puisse pas désormais parler de Prévert comme d'un des inventeurs du slam, après tant d'autres. Le slam est ce qu'on appelait, toujours dans les seventies, une performance. Le sport qui détourne tout à son avantage, la compétition qui se niche maintenant dans tous les recoins de la vie, nous cache le sens artistique de ce mot, qui vient de l'anglais, et semble y être resté. Avec Nash, dont les boucles tissent des trempolines saisissants, avec la guitare funky de Nathalie, ce groupe donne moins des concerts qu'il ne propose un spectacle dont on n'a pas encore tout à fait trouvé le nom. »www.myspace.com/basileetnash

    Vous les amoureux de Prévert pouvez vous en approcher physiquement en visitant sa maison à Omonville, près de Cherbourg. Le jardin est un plaisir, le bureau où il travaillait inchangé. Vous pouvez même allez dire l’un de ses poèmes là où il repose, bercé par la mer. Si vous passez près de là, les jeunes, demandez à vos parents ou à vos accompagnateurs un détour, pour aller voir.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr

  • Le Cancre, Jacques Prévert (4.2.1900 -11.4.1977)

    Elisa propose ce poème de Jacques Prévert qu'elle aime bien. Il s'agit du Cancre ou du moins d'un élève étiqueté tel. Car un cancre c'est selon Le Larousse "un écolier paresseux" et selon Le Robert "un écolier paresseux et nul". Ce cancre c'est un peu, voire beaucoup, Jacques Prévert lui-même qui étouffe à l'intérieur d'une salle de classe alors qu'il se passe tant de choses passionnantes à l'extérieur: les oiseaux, les bois, les champs...

    Lison ou relisons Jacques Prévert.44ae6ed0b4df7120f3f495d681c34b15.jpg

    Le Cancre

    Il dit non avec la tête

    mais il dit oui avec le cœur

    il dit oui à ce qu'il aime

    il dit non au professeur

    il est debout

    on le questionne

    et tous les problèmes sont posés

    soudain le fou rire le prend

    et il efface tout

    les chiffres et les mots

    les dates et les noms

    les phrases et les pièges

    et malgré les menaces du maître

    sous les huées des enfants prodiges

    avec des craies de toutes les couleurs

    sur le tableau noir du malheur

    il dessine le visage du bonheur.

    Cet élève nous rappelle-t-il quelqu'un ?

    Elisa nous propose de réfléchir:

    "Et si le cancre de Prévert c'était tout simplement l'enfant

    différent qui raisonne de manière différente avec son

    hémisphère droit et son hémisphère gauche, celui qui a

    une hypersensibilité, une émotivité extrême et qui perd

    ses moyens quand on l'interroge avec la peur de mal faire,

    la peur de donner une réponse ridicule...combien sont-ils

    et combien sont-elles à l'école primaire à avoir cette

    attitude ??? Cette attitude qui les fait passer dans la

    "mauvaise case" celle des cancres malgré eux...

    simplement parce qu'ils sont différents.

    Cher jeune qui lit ces lignes ou toi l'adulte qui

    travaille ou toi le grand père ou la grand mère qui lit

    ces lignes tu as des souvenirs d'école qui reviennent à

    ta mémoire et tu te souviens de cette situation que tu as

    vécue ou tu te souviens du copain, de la copine d'école

    qui était dans ce cas là..."

    contact: francoiseboisseau@wanadoo.fr