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  • Benoît Raphaël : utile le Web !

    BenoitRaphael.jpgCe soir sur Arte à partir de 20H35 un documentaire à propos des…dangers du Web. Voici à ce sujet un article de Benoît Raphael, rédacteur en chef du Post (le post.fr). Benoît, dans un vie antérieure, a été cadre de la Presse Quotidienne Régionale. (LePost.fr is a subsidiary website of Le Monde, and is dedicated to the pro-am 'building' of news in the digital age.)

    « Dans la série "Internet est une poubelle qu'il faut contrôler", Arte diffuse ce mardi soir un nouveau documentaire consacré aux... dangers du web: "Les effroyables imposteurs". Coïncidence: cette diffusion intervient la veille du débat sur la loi Loppsi2 qui vise à instaurer des nouvelles techniques de contrôle des contenus sur le Net (lire aussi ici).

    A travers une compilation un peu fouillis sur les conspirationnistes de tous bords, l'auteur du documentaire nous ressert le discours du "Web-poubelle-de-l'info", peuplé de dangereux "non-professionnels" qui font circuler les pires rumeurs.

    On connait la chanson. En ces temps de médiapocalypse, elle sonne comme la vaine tentative d'un système figé de sortir d'un lectorat/électorat qui lui échappe.

    La rengaine ressurgit de temps à autre chez quelques représentants encore vaillants de cette vieille presse (pour preuve ce débat hallucinant de non-experts sur le web, chez Franz Olivier Giesbert), comme chez les politiques (voir la polémique, tout aussi hallucinante, autour de l'affaire Hortefeux).

    Etrange miroir, d'un monde se contemple du haut de ses vieilles tours sans comprendre cette révolution qui a inondé ses terres.

    Dans le docu d'Arte, le journaliste conclut son propos en s'attaquant évidemment au web participatif.

    Pour appuyer sa thèse, il a déniché un article publié sur la page personnelle d'un internaute sur LePost.fr (dont je suis le co-fondateur) qui avait échappé à l'équipe de modération.

    Je passe sur la méthode (le journaliste me contacte en me mentant sur l'objet de son reportage)

    L'article détecté a naturellement été modéré à la suite de l'interview. Fin de l'histoire.

    Comme de nombreux sites d'infos (Le Monde, Le Nouvel Obs, 20 Minutes etc), Le Post permet aux internautes de se créer un blog sur leur page personnelle. Et comme pour toute plateforme de blogs, le site ne censure pas a priori des contenus publiés sur ces pages personnelles.

    Il ne le fait pas parce qu'il n'est pas éditeur de ces contenus amateurs, mais hébergeur. La modération se fait a posteriori, sur alerte des internautes ((Sur LePost.fr, comme sur LeMonde.fr, nous allons cependant plus loin: les contenus sont 24h/24 par une société de modération, qui supprime les posts contraires à leur charte).

    C'est la loi. Qui défend par là même la liberté d'expression. Les blogueurs sont responsables de leurs contenus et peuvent être évidemment poursuivis si leurs propos sont diffamatoires ou portent atteinte à la vie privée. Mais la loi n'impose pas aux hébergeurs un contrôle a priori des contenus. Pourquoi ?

    Parce que, premièrement, c'est techniquement impossible. La France compte plusieurs millions de blogs. Sans compter les twitter et Facebook dont le nombre de membres a explosé ces derniers mois.

    Imposer un contrôle a priori reviendrait à obliger ces médias sociaux à mettre la clef sous la porte.

    Deuxièmement, vouloir imposer un contrôle a priori sur tous les contenus diffusés sur la toile, c'est commencer à mettre un verrou sur l'expression citoyenne. Un verrou imposé par le seul hébergeur (sur ordre de qui?) sur ce fameux "contenu généré par l'utilisateur" qui fait si peur aux politiques et à un certain nombre de mes confrères.

    En témoigne l'article surprenant de Xavier Ternisien, dans le Monde daté du dimanche 7 et lundi 8 février, à propos de ce documentaire. Pour ce journaliste, régulièrement attaqué par la blogosphère (ou par ses confrères du web), aucun article rédigé par un non-professionnel ne doit être mis en ligne "sans avoir été validé par un journaliste".

    Les journalistes ne se trompent jamais, c'est bien connu

    De quoi ont-ils peur ?

    D'une remise en question ?

    Car de cette "poubelle" qu'est Internet, de cette poubelle que serait finalement la blogosphère (parce que c'est bien la blogosphère dans son ensemble qui est attaquée dans ce docu), émergent de vrais talents, des analystes pertinents, des militants féroces. On y trouve même des "amateurs" qui, parfois, enquêtent et dénoncent les erreurs des journalistes professionnels. Inconcevable!

    De cette poubelle émergent des Maître Eloas... Quand cet avocat-blogueur, qui refuse d'être assimilé à un journaliste, commente, analyse l'actualité du droit, fait témoigner des professionnels de la justice, et sort de temps à autre des infos exclusives, il concurrence effectivement les journalistes dans leur coeur de métier.

    Il est rigoureux, il vérifie ses informations. Il participe à l'effort d'information du citoyen.

    L'information, ce maillon fragile entre le citoyen et la démocratie.

    De cette poubelle émergent des opinions qui dérangent, des vidéos que l'on aurait préférées laisser sous le sceau du "off", des infos qui ne passent jamais au 20h, des remises en question des médias traditionnels qui, pendant longtemps, ont vécu dans le confort du surveillant jamais surveillé...

    Evidemment, tous ces nouveaux contenus ne sont pas de qualité. Certains sont mêmes illégaux. Mais ils n'échappent pas ni à la loi, ni à la vigilance des communautés sur Internet, qui savent aussi s'organiser pour débusquer les fausses informations.

    Surtout: toutes ces masses d'"effroyables" amateurs qui se passent des infos, les commentent, les éclairent, les détournent, échappent non seulement au filtre des médias et des politiques, mais ils remettent également en cause modèle économique. Crime ultime !

    C'est le nerf de la guerre de la loi Hadopi, poussée par des lobbies du disque en mal d'esprit d'entreprise: on préfère aller contre les usages pour punir et contrôler. Aberration économique.

    C'est l'argument massue de la prochaine loi Loppsi2: on exploite la peur du pédophile ou du nazi pour justifier un contrôle d'Internet.

    Oui, il y a n'importe quoi sur le Net.

    Oui, il y a de très belles choses aussi.

    Oui, il y a des contenus et des auteurs devenus aujourd'hui indispensables.

    Et cet indispensable n'aurait jamais émergé dans cet environnement contrôlé a priori par les médias traditionnels.

    Les journalistes seraient plus inspirés de trouver leur place dans ce nouvel écosystème plutôt que de faire perdre l'argent à la télévision publique à tenter de démontrer avec des ficelles aussi grosses que des gazoducs que le web est dangereux.

    Ils devraient la jouer "Journalistes+amateurs" plutôt que "journalistes contre amateurs".

    Se battre contre l'effroyable amateur en brandissant le sceau divin de sa carte de presse, ce n'est pas à l'honneur d'une profession qui, au fil du temps, a toujours sur prouver qu'elle était capable de s'adapter au bouleversement permanent du monde et des usages. »

    L'article de Benoît Raphaël pointe une réalité : les temps ont changé. Et ce n'est que le début. Les petits, les sans grades ont maintenant la parole...grâce au Web. J'en use !

    Lisez Benoît Raphaël, les jeunes. Réfléchissez ! Regardez si vous pouvez l'émission de ce soir sur Arte.

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr (illustration Benoït Raphaël)

  • Mineurs et Policiers

    Envoyé Spécial sur la 2 le jeudi 4 février a diffusé dès 20H35 un documentaire excellent « Policiers délits mineurs » donnant bien la tendance actuelle qui vise à regarder les jeunes comme des adultes, à armes égales en quelque sorte. Ce qui n’est pas le cas ne serait-ce qu’au niveau du développement physique dans la majorité des cas.

    Des représentants des forces de l’ordre ont accepté de parler. Ils avaient mal vécu la médiatisation de certaines affaires et voulait donner leur point de vue, leur version, mettant en avant leur bon droit en application directe des textes de lois.

    La 1 ère histoire présentée s’est déroulée en zone rurale au collège de Marcillac en octobre 2008. Les enseignants et les collégiens ont très mal vécu alors l’arrivée de la police – implantée juste en face de l’établissement, de l’autre côté de la rue – avec le chien renifleur de drogue. Les élèves avaient été tenus au courant du passage des policiers quelques jours avant et aucune drogue n’a été trouvée. Quelques cartables ont été reniflés et une jeune fille a été fouillée. De trop près à son goût - normalement selon la policière - et la collégienne a conté sur le Net cet acte traumatisant pour elle.

    Les enseignants ayant été aussi stupéfaits que les élèves, il a semblé après réflexion qu’il avait eu confusion entre une action d’information/prévention et une action de contrôle. Une sévère observation a été faite aux forces de l’ordre.

    Dans ce pays petit où tout le monde se connaît et se côtoie au quotidien, bien obligé de passer l’éponge.

    La 2 ème histoire a eu lieu à l’école Louis Aragon à Floirac. Un garçon de 6 ans est interpellé à la sortie de l’école par les gendarmes pour un vol de vélo, ainsi qu’un autre de 10 ans. Pour celui de 10 ans, c’est une erreur : le vélo est bien à lui.

    Celui de 6 ans a effectivement volé un vélo dans le jardin d’une adulte qui identifie le 2 roues une semaine plus tard. Elle en fait la remarque à l’enfant qui prétend n’avoir rien pris. Elle décide de ne pas contacter les parents choisissant de porter plainte. Pour elle, à 6 ans, il a volé, il va grandir. On suit sa pensée. Est organisé ensuite un rendez-vous entre elle et les forces de l’ordre où il est décidé d’interpeller le garçon en public à la sortie de l’école. Entre temps le responsable de l’ordre a récupéré le numéro de téléphone des parents et peut les joindre. Ce qu’il ne fait pas. Le voleur de 6 ans est conduit au poste. Ses parents viendront l’y récupérer par la suite.

    La 3 ème histoire concerne un garçon de 9 ans en CM1 dans le 18 ème arrondissement de Paris quartier de La Goutte d’Or. Lors d’une bousculade à l’école une fillette a eu le visage marqué par ce voisin. La mère porte plainte. Le garçon est entendu seul, sans les parents. Puis on lui fait visiter une cellule de garde à vue. La Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité estime mauvaise cette initiative dont la conséquence peut être soit d’effrayer, de traumatiser, soit tout à l’inverse d’engendrer une révolte avec hostilité ensuite envers les forces de sécurité. Il semblerait au final que ce garçon n’aurait pas été interpellé mais reçu une invitation à suivre les policiers. Le garçon pouvait-il légalement dire oui ? ou tout aussi légalement dire non ? Quelque chose a dû déraper puisque le policier responsable a eu un blâme.

    Un procureur rappelle que lorsqu’un mineur est pris en flagrant délit il doit être interpelé et conduit au poste de police ou à la gendarmerie pour y être entendu. Il ne pourra quitter ce lieu que quand ses parents vendront le récupérer. Le procureur ajoute qu’un enfant en danger est aussi emmené par les forces de l’ordre.

    La responsable de ce documentaire, réalisé sans parti pris, indique que la médiatisation de ce genre d’affaires - policiers-mineurs - a dérangé les forces de l’ordre.

    Certes les policiers font leur travail en appliquent la loi : quand il y a dépôt de plainte, ils doivent intervenir.

    La question qui se pose est : cette action est-elle toujours adaptée ?

    Cela se discute tant pour le 18 ème avec le blâme que pour Marcillac avec des observations qui ont été faites au service.

    Je ne discuterai pas la plainte déposée dans le 18 ème puisqu’il y avait eu violence à la personne. Celle pour vol de 2 roues me gêne davantage.

    On l’a bien compris, les policiers interviennent sur dépôt de plaintes suite à des violences volontaires faites à une personne ou plusieurs – dont il nous est dit qu’elles sont fortement en hausse chez les grands adultes, ainsi que sur dépôt de plainte suite à des vols ou une situation de flagrant délit.

    A l’heure où j’écris ceci, lors du Journal Télévisé de la 5 de 13H00 de ce mercredi 10 février, j’apprends qu’une collégienne de 14 ans du 20 ème arrondissement parisien a été placée en garde à vue durant 9 heures, d’une manière que son avocat Maître Halimi dénonce. Motif dit par la 5 de cette garde à vue : des coups administrés en réunion. Cette collégienne, libérée, aura à s’expliquer devant le juge. A ce stade que s’est-il passé exactement ? Quelqu’un a dû porter plainte. Qui ? Affaire médiatisée à suivre.

    Vouloir parler de la violence des jeunes ? Je veux bien à condition de ne pas oublier, d’abord, la violence croissante des adultes. En théorie modèle des mineurs.

    Faites attention les jeunes ! Pou vous préférer la violence 0, même pas verbale !

    contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr

  • Cannabis : dépendance ?

     

    tassin.jpgAvec le Cannabis, dépendance ? ou pas ?

    Le Centre Emergence à Paris, rattaché à l’Institut Mutualiste Montsouris, apporte son aide à des jeunes devenus dépendants à l’alcool, au tabac, aux jeux vidéo et au cannabis.

    Si en moyenne la consommation ou l’essai de cannabis – drogue non licite je le rappelle – démarre autour de 15 ans, elle peut avoir lieu parfois dès 11 ans.

    Le cannabis a fait couler beaucoup d’encre.

    Actuellement, les études continuent et on semble en être arrivé à ce qui va suivre.

    On est tous quelque part des individus uniques, par un patrimoine génétique particulier, d’une part – on ne s’attarde pas sur les jumeaux homozygotes, et par l’environnement unique aussi dans lequel ce patrimoine génétique se développe. Part de l’inné. Part de l’acquis.

    En raison de ces variations de fait entre personnes, le cannabis consommé par certains peut leur donner des sensations de ne pas se sentir bien. Il faut stopper, c’est la sagesse. Inutile de déclencher des problèmes pouvant conduire aux rives de la psychiatrie !

    Des expériences menées en Espagne avec des souris montrent qu’elles ont plaisir à consommer du cannabis, sans la moindre pression sociale ou environnementale.

    Jean-Pol Tassin, Directeur de Recherches au Collège de France, a creusé la question avec ses collaborateurs.

    La satisfaction est différente de la dépendance.

    La dopamine qui permet le plaisir ne suffit pas pour créer la dépendance.

    Par contre il existe au niveau cérébral deux systèmes, l’un concernant la noradrénaline, l’autre relatif à la sérotonine, le couplage des deux permettant que cela se passe aussi bien que possible du côté du fonctionnement cérébral. La noradrénaline est le neurotransmetteur de choix pour l’attention, l’émotion, l’apprentissage. La sérotonine régule le sommeil, l’appétit et d’autres fonctions dont la régulation de la production de noradrénaline.

    Quand ce couple dysfonctionne, tout se gâte, le découplage engendrant la dépendance. Les travaux de Jean-Pol Tassin, publiés en 2006, ont montré les liens étroits entre dopamine, noradrénaline et sérotonine.

    La prise de drogues en général empêcherait la régulation souhaitable. Le cannabis pourrait causer des dégâts importants tout particulièrement à l’époque où le corps grandit, mettant en place sa stature achevée d’adulte. En ces jeunes années le cerveau, en construction biologique évolutive, est sensible à ce qui pourrait nuire à sa bonne croissance, dont une intrusion mal venue du cannabis. Ce qui produirait une dépendance par rupture de l’équilibre entre dopamine, noradrénaline et sérotonine, notamment en cassant le couplage noradrénaline-sérotonine. Alors qu’une consommation identique de cannabis par un adulte à la maturation cérébrale avancée donnerait des conséquences biologiques bien plus minimes.

    Du côté du tabac, la nicotine seule ne produirait pas ce découplage. Mais les fumeurs de tabac ingèrent en même temps que la nicotine une foule de produits annexes dont certains causeraient ce découplage. ’

    Le tabac est le produit qui engendre la plus forte dépendance. Suivi en seconde position par la cocaïne, en trois par l’héroïne, en quatre par l’alcool, en dernier par le cannabis.

    Evidemment ce billet ne vise pas à encourager la consommation de produits illicites, quel que soit l’âge.

    Simplement à éclairer un peu sur l’état actuel des connaissances quant aux circuits de plaisir et de dépendance.

    Les intéressés par ces questions en apprendront davantage en allant consulter les publications de Jean-Pol Tassin. En suivant ensuite l’évolution des connaissances.

    Jean-Pol Tassin offre sur le Net un Quizz cannabis en 15 questions aux réponses claires. C’est sympathique et vite réalisé. Un outil, aussi, pour tester à l’occasion les connaissances des adultes à ce sujet.

    Pour une fois une consigne d’abstinence : pas de cannabis les moins de 18 ans !

    Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr (illustration ; Jean-Pol Tassin)