31.10.2009

Crise et toyotisme

Peu stimulant ce menu. A chacun cependant d’espérer en découvrant et scrutant ses moyens personnels pour faire face à un monde qui se complexifie.

La crise d’aujourd’hui peut être revue à la lumière de celle de 1929.

Un documentaire diffusé le mercredi 28 octobre sur Arte à 20h45 a déroulé ce grave et durable événement. Son démarrage est semblable à celui de la crise actuelle.

Sauf qu’en 1929 la crise est locale, aux USA. Elle va être exportée en Allemagne en exigeant de ce pays vaincu de l’argent à rembourser. Puis, de là, à la France.

Face à une misère qui touche des millions d’américains Théodore Roosevelt, éclairé par sa femme qui va sur le terrain de la pauvreté, se présente à la présidence. Elu, il lance le « new deal » pour redonner du travail, des salaires, et faire ainsi reprendre la consommation, ce qui remet en marche les usines. C’est l’époque de la création de grandes routes. Chacun retrouve son utilité et sa dignité par son travail.

Il nous est dit que cette crise a facilité l’extrême droite, la montée du facisme, du nazisme, avec des réunions pro Hitler en Amérique même.

C’est seulement avec la décision de fabriquer des armes de guerre en quantité, la guerre étant venue outre Atlantique, que la sortie totale de la grande dépression se fera.

Alors, avec cette fois une crise mondiale d’emblée, quelles perspectives ?

Avec ou sans crise, quelles solutions pour un milliard d’affamés ?

Cela alors que l’on va débattre à Copenhague à un tout autre niveau.

Il y aurait là un chantier à l’échelle du monde.

Le toyotisme est le dernier « must » pour travailler. La dernière mode pour « se réaliser »

Qu’est-ce donc ?

Pour moi une forme d’esclavage moderne pour exécuter un travail enrubanné du superlatif d’excellence.

Un boulot pour robot, sans le moindre temps mort, avec un seul objectif : augmenter toujours e profit cela en traquant, sur les chaînes de travail manuel tous les temps ou gestes dits improductifs. L’exemple pour illustrer cette tendance est celui d’un atelier de montage Fenwick. Ce travail sans pause, sans respiration, sous pression constante entraîne, indique le reportage, un nombre croissant et important d’Accidents du Travail.

Du côté du versant des commerciaux de Fenwick, même situation. A grands coups de consultants, de coachs, de confrontation, de récupération des manières des meilleurs vendeurs, la stratégie constante est d’éliminer les maillons les plus faibles, à tous les niveaux.

Pourquoi ?

D’un côté il est observé un possesseur d’usines et autres qui pousse au profit encore et encore, de l’autre des exécutants, leurs employés – manuels ou vendeurs en col blanc. Entre ces deux rives, un gouffre.

Le gouffre qui sépare ceux qui profitent de ceux qui mènent au quotidien une vie de travail dans la logique des Leverage By Out, LBO. Autrement dit : Reprise avec Effet de Levier.

La logique de la LBO est simpliste : acheter des usines ou des sociétés avec seulement 20 % de capitaux propres et – c’est le plus important – 80 % de prêts. Après quoi le tout est revendu 3 à 5 ans plus tard avec profit, ces quelques années ayant été mises à profit pour rembourser les 80 % de dettes. Pas par miracle mais par un travail des employés qui doit se faire à flux de plus en plus tendu. Travail sous pression et accompagné, au passage, de réductions d’effectifs.

On est à des années lumière du capitalisme à l’ancienne où le profit n’était qu’un outil de développement parmi d’autres.

Les commentateurs - psychiatre, sociologue, économiste…. – expliquent les mécanismes de cette prise d’otages volontaires. L’un d’eux explique que ce qui est exigé est à la limite de ce qui est requis d’un sportif de haut niveau. A la différence qu’un tel sportif est encadré, surveillé, materné,

toyota.jpgUn livre est cité : « Toyota, l’usine du désespoir » publié en 1973, œuvre de Satoshi Kamata, journaliste japonais infiltré en usine Toyota durant 6 mois. Il se trouve toujours. Aujourd’hui, rien de changé. La pression physique est toujours là conduisant à la pression morale et à cette mise en laisse assez fantastique de la personne par elle-même. En effet, le travailleur participe et aggrave, par ses suggestions personnelles, son enfermement.

A un bout de la chaîne, un multimillionnaire qui achète et revend.

A l’autre bout, des centaines de milliers de travailleurs au service du profit.

C’est ce qui est ressorti de cette émission de mercredi 28 octobre 2009 à 23h05 sur France 3.

Aucune envie de vous voir, moins de 18 ans, sombrer avec la crise d’aujourd’hui. Aucune envie non plus de vous voir vous attarder – sauf si vous le supporter bien – dans un système de travail vouant au toyotisme. Juste un question toutefois : avec la mondialisation, jusqu’à quel point pourrons-nous continuer à faire des choix ? Affaire à suivre !

Contact : francoiseboisseau@wanadoo.fr (illustration: livre Toyota, l'usine du désespoir)

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