14.11.2008

suite Jean-Luc Romero: ELCS à l'île Maurice

Vous trouvez sur la page intitulée "index thèmes blog" les thèmes qui me paraissent les plus importants avec les jours où les trouver. Merci.  Le 14 novembre 2008 : 126 visites avec 350 pages consultées

Voici la suite du discours de l’ami Jean-Luc Romero jlr_sarko_sheila_internet_3.jpgà l’île Maurice (début le 13, conclusion le 15). Le meilleur texte actuel sur la situation des séropositifs et de leur liberté de circuler.  

Les discriminations justifiées par la protection de la santé publique ? La justification liée à la santé publique. C’est incontestablement une des missions de l’Etat que d’assurer la sécurité et la santé de ses ressortissants. Il est clair également que la gestion de l’immigration ressort de la prérogative nationale et du pouvoir souverain des Etats. Ainsi, dans le cadre d’épidémies par exemple de choléra, de grippe aviaire ou de fièvre jaune, les restrictions à la liberté de circulation des personnes atteintes sont justifiées car ces maladies ont une courte période d’incubation, des signes cliniques apparents et surtout elles sont fortement contagieuses. Ce raisonnement assez simple ne peut s’appliquer au sida, maladie complexe avec des répercussions sociales évidentes et surtout maladie non-contagieuse. Ainsi, mettre en place des restrictions à la liberté de circulation des personnes touchées est une grave erreur au regard des répercussions tant individuelles que collectives.

Les répercussions individuelles des restrictions à la liberté de circulation : Intéressons nous tout d’abord aux répercussions individuelles de telles restrictions, aussi bien pour une personne qui ne se savait pas séropositive que pour le cas d’une personne qui se sait touchée par le VIH/sida.

Dans le premier cas, si un test est imposé à l’entrée sur le territoire, le voyageur, qu’il soit immigrant, refugié, simple touriste ou étudiant, peut apprendre simultanément qu’il est séropositif et qu’il ne sera pas autorisé à entrer ou à rester sur le territoire. Sans compter que son statut sérologique risque sûrement d’être connu de son employeur, de sa famille, peut-être même des autorités… Imaginez le traumatisme ! Alors, a-t-on le droit de traiter une personne de la sorte ? Qu’en est-il du respect des pratiques élémentaires de l’annonce du statut sérologique ? On oublie tout, on bafoue les principes les plus élémentaires du councelling, de l’anonymat ! Quels conseils cette personne recevra ? Aucun. Rencontrera-t-elle un médecin ? Imaginons une famille qui fuit les persécutions : a-t-on le droit de séparer une famille dont l’un des membres découvre sa séropositivité ? Ne serait-ce pas là une pratique d’un autre temps ? Assurément si. Dans le cadre d’un long séjour : si la séropositivité d’une personne qui vit dans un autre pays que son pays d’origine est découverte, elle court le risque d’être expulsée sans protection légale appropriée, ni protection au niveau de la confidentialité. Là, le secret médial n’existe plus. Dans ces conditions, il est tentant de cacher ou de nier son propre statut sérologique et de ne surtout pas se soigner, au risque de ne pas avoir accès à des médicaments, pourtant nécessaires à la survie.

Les répercussions individuelles de telles restrictions sont tout aussi terribles pour les personnes touchées quant à leur santé et à la pleine reconnaissance de leurs droits. Déjà, très concrètement, arriver dans un pays qui refuse l’entrée aux personnes séropositives oblige aux mensonges et souvent à se priver de ses médicaments avec le risque que l’on connait : perte de médicaments, pause dans les traitements, et à terme résistance aux traitements voire échec. Globalement, refuser l’admission ou l’installation d’une personne séropositive au seul motif de son statut sérologique renvoie à une vision totalement perverse du malade : le séropositif comme vecteur de maladie. L’exclusion des personnes non nationales séropositives alourdit encore l’atmosphère de stigmatisation et de discrimination à l’encontre des personnes vivant avec le VIH et peut ainsi, au niveau des individus, décourager tant les nationaux que les étrangers d’avoir recours aux services de prévention, de dépistage et de prise en charge du VIH.

Les répercussions collectives des restrictions à la liberté de circulation : Au-delà des conséquences individuelles, la mise en place de telles restrictions a bien évidemment des conséquences collectives fortes sur la politique de santé publique et plus précisément concernant la lutte contre le VIH/sida. On peut affirmer que les justifications de ces restrictions liées à la protection de la santé publique ne tiennent pas et on peut même considérer qu’elles sont inefficaces, discriminatoires, dangereuses et incontestablement basées sur un préjugé d’un autre âge selon lequel le sida serait la maladie de l’étranger.

D’une part, rappelons-le, le sida n’est pas une maladie contagieuse et les nationaux ont la possibilité de se protéger par eux-mêmes. Faudrait-il rappeler cette évidence plus de 25 ans après la découverte du virus ? En est-on à ce point dans le recul des connaissances ? Pour certains peut-être : ainsi, la loi qui, aux Etats-Unis, fondait l’interdiction d’entrée des séropositifs - Immigration and nationality act - assimile le sida à une maladie contagieuse : « Communicable disease of public health significance, which shall include infection with the etiologic agent for acquired immune deficiency syndrome ». Faut-il le rappeler, le VIH se transmet principalement par relations sexuelles non protégées, la transmission mère-enfant ou via le partage de matériel d’injection. Les nationaux peuvent donc se protéger par eux-mêmes. L’entrée de personnes vivant avec le VIH/sida ne crée donc aucun risque direct et inévitable pour la santé du grand public et la présence du malade, en elle-même, n’est donc évidemment pas une menace pour la santé publique. Dans le même ordre d’idée, il faut rappeler que la prévention du VIH/sida ne repose pas uniquement sur les personnes touchées mais également bel et bien sur les personnes séronégatives. Dans le cadre d’une relation sexuelle, les deux acteurs ont tout autant le devoir de se protéger, c’est ce qu’on appelle la notion de responsabilité partagée, notion que les associations défendent, notamment le Conseil national du sida français auquel j’appartiens et que préside le professeur Rozenbaum. Il faut l’affirmer haut et fort : les personnes séronégatives comme séropositives sont responsables de leur propre prévention.

D’autre part, l’exclusion systématique des séropositifs de l’admission ou de l’installation, en réalité, ne prévient pas la propagation du VIH et repose sur un mythe selon lequel les États pourraient de cette façon éviter tout risque de propagation du virus. Evidemment cela est complètement faux et impossible. Pourquoi ?

- Premièrement, le sida est présent partout dans le monde, aucun territoire n’est épargné par le virus. Ainsi, aux Etats-Unis, 1,2 million de citoyens américains sont porteurs du VIH/sida.

- Deuxièmement, les pays n’imposent pas de tests à leurs ressortissants revenant de voyage. Comment garantir alors que le sida ne pénètre pas dans leur pays ?

- Troisièmement, dans le cas d’une infection récente, il y a une fenêtre pendant laquelle le virus ne peut être détecté, ce qui montre d’ailleurs bien l’inutilité des tests faits à l’entrée de certains pays.

On le voit bien, la mise en place de telles restrictions est inefficace, elle peut même se révéler contre-productive et être la cause d’une baisse de la vigilance, d’un effort de prévention moins important et donc de pratiques à risques en hausse. Je m’explique. Tout simplement en créant un sentiment de fausse sécurité, en laissant à penser que le sida est une maladie d’étrangers et que le VIH vient de l’extérieur. Ainsi, on peut laisser s’installer l’impression que la bonne solution serait donc de fermer totalement les frontières ! Ca y est, on aurait trouvé un remède miracle… Ce raisonnement, totalement absurde, peut mettre à mal des années de politique de prévention basées sur la connaissance de la maladie, l’éducation, la responsabilisation individuelle et collective. En effet, il est toujours beaucoup plus aisé d’imaginer que si l’autre n’est plus là, le problème est réglé. Imaginer que le sida c’est le problème de l’autre revient à dire aux nationaux : ne vous dépistez pas, vous êtes immunisé ! Pas la peine, ce sont les autres ! Quand on sait la difficulté de mobiliser sur le thème du VIH/sida et la rapide démobilisation qui peut être constatée quand les efforts sont moindres, alors il est clair que ces restrictions ne vont pas dans le sens d’une meilleure protection de la santé publique. C’est même tout le contraire !

Lutter contre le sida en luttant contre les malades et non contre la maladie est une erreur fatale qui met en péril la politique de lutte contre le sida et conduit  clairement à une moins bonne protection de la santé publique. Ce combat pour la vie ne peut passer que par une politique d’information et de prévention pragmatique, non idéologique et basée sur la non-discrimination.

Les discriminations justifiées par un argument économique ? Second type de justification après la protection de la santé publique : l’argument économique. Ce cas de figure ne concerne que les moyens et longs séjours des personnes infectées par le VIH/sida puisque il est peu probable que le touriste ait besoin de recourir au système de soin du pays en question et dans la plupart des cas, il est assuré dans son pays d’origine. L’idée est la suivante : les Etats mettent en place des restrictions car la présence des personnes vivant avec le VIH/sida pèserait trop lourdement sur les services sociaux et le système de santé dans sa globalité.

Cet argument n’est pas recevable D’abord, il est insupportable au regard de la vision que cela révèle de la personne touchée par le VIH/sida : malade = charge financière. Ensuite il est faux dans ce sens où la personne séropositive est aussi un acteur de la société qui contribue à sa richesse en travaillant et en payant des impôts. Sa venue permettra souvent de pallier un manque de mains d’œuvre ou un manque de personnel dans tel ou tel secteur de l’économie. De plus compte tenu de l’allongement de l’espérance de vie des personnes touchées sous traitement, il est impossible d’affirmer que les séropositifs coûteront davantage qu’ils n’apporteront de bénéfices au cours de leur séjour.

Outre que cet argument économique est faux, il manque de cohérence : pourquoi laisser séjourner sans obstacles juridiques des personnes cancéreuses et pas les séropositifs ? Pourquoi également, ne pas apprécier la situation économique au cas par cas du migrant. Tout ceci ne fait que souligner, je reprends les mots de Peter Piot, l’exceptionnalisme du sida. Globalement, cet argument économique ne peut permettre de justifier ces restrictions à la liberté de circulation et d’installation. Il est en effet impossible de faire des généralités et donc de justifier une interdiction de principe.

Les justifications liées à la protection de la santé publique et à l’argument économique ne sont pas tenables et sont même dangereuses, Elles sont idéologiques, uniquement basées sur les préjugés selon lesquels le sida serait une maladie d’étranger et le malade, plus un être humain, mais une charge. Etablir des restrictions à la liberté de circulation des personnes touchées par le VIH/sida revient à lutter contre les malades et non contre la maladie !

Actions d’information et de lobbying mises en place par ELCS :  Alors après avoir présenté, analysé et tenté de déconstruire les justifications à l’entrave à la liberté de circulation des personnes touchées, je vais vous présenter les actions mises en place par Elus Locaux Contre le Sida, actions d’information, de sensibilisation et de lobbying auprès des politiques.

ELCS a, depuis plusieurs années, interpellé sans relâche les instances nationales, européennes et internationales. Des contacts ont été établis avec les autorités nationales, les instances européennes, les responsables des grandes organisations internationales (OMS, ONU, Fonds mondial de lutte contre le sida, IAS…). J’ai notamment rencontré Xavier Bertrand, à l’époque ministre français de la santé, qui a porté cette question auprès des 27 pays de l’Union européenne, l’actuelle ministre de la santé, Roselyne Bachelot, la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, Rama Yade, Louis-Charles Viossat, ambassadeur français chargé de la lutte contre de VIH/sida et les maladies transmissibles. Au niveau européen, j’ai été reçu par le directeur de cabinet du président de la Cour européenne des Droits de l'Homme. Au niveau international, j’ai également rencontré bon nombre de responsables politiques et institutionnels de premier plan : j’ai ainsi obtenu le soutien dans ce combat d’André Boisclair, ancien président du Parti Québécois, de Bill Graham, ancien ministre des affaires étrangères, député du Canada, de Narain Chaudhary, président de l’assemblée du Bihar (Etat indien), de Claude Janiak, président du Conseil national suisse, du professeur Michel Kazatchkine directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida etc. Je m’arrête, mon but n’étant pas de faire une liste exhaustive !

Nous avons également organisé une intense communication médiatique autour des grands événements: lancement d’UNITAID, lettre ouverte au président américain George W. Bush, élection du nouveau secrétaire général de l’ONU qui ne l’oublions pas, était le ministre des affaires étrangères de Corée du Sud, pays qui interdit toujours son territoire aux personnes séropositives, les journées mondiales de lutte contre le sida, sessions de l’ONU.

ELCS a pris soin de mettre en place des outils d’information à destination du grand public pour le mobiliser et d’autres pour aider les personnes vivant avec le sida. Ainsi, la version française du guide sur les restrictions à la liberté de circulation des séropositifs dans le monde, document initialement écrit par l’association AIDS Deutsche-Hilfe, a été publiée conjointement par ELCS et par AIDES. Ce document, qui recense les législations de 170 pays à travers le monde, est librement consultable et téléchargeable sur les sites  d’ELCS (www.elcs.fr) et de AIDES www.aides.org). A l’occasion de la conférence internationale de Mexico, ELCS a également édité un dossier d’information en trois langues, disponible sur le site ELCS.

Nous avons également mis en place une mobilisation internet : un site my space a été créé en août 2006 - www.myspace.com/eluslocauxcontrelesida - afin de créer un réseau d’associations et de contacts individuels le plus important possible, en dehors des associations classiques de lutte contre le sida – réseau capable de relayer les informations et donc de faire pression sur les pouvoirs publics. A terme ce site devrait être consultable en trois langues (français – anglais – espagnol). En novembre 2007, un groupe « Avec Jean-Luc Romero contre l’interdiction de circuler des personnes séropositives » et une cause « Contre les interdictions de circuler des séropos / against the entry ban for people with AIDS » ont été créés sur Facebook – www.aids-sida-discriminations.fr. Un an après sa création, près de 4.000 personnes ont rejoint le groupe et près de 6.600 la cause.

Si besoin les moins de 18 ans, contactez ELCS pour des renseignements que vous souhaiteriez. Quant aux jeunes élus de 18 ans et un peu plus, n’oubliez pas de rejoindre ELCS ! Etre aux côtés de Sheila Présidente dHonneur d'ELCS, pas si mal !

Contact: francoiseboisseau@wanadoo.fr (photo d'ELCS:de gauche à droite Jean-Luc Romero,Nicolas Sarkozy, Sheila)

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